Ces derniers mois, j'ai dû prendre des décisions qui vont marquer profondément ma vie et mon avenir. Des choix lourds, sur lesquels il fallait trancher. Et même entourée de gens qui me soutiennent, j'ai toujours dû me poser seule la vraie question : suis-je prête à assumer une responsabilité qui, au bout du compte, n'appartient qu'à moi ?
Quand on est de nature anxieuse, la moindre difficulté pèse déjà des tonnes. Alors imaginez ce que représente l'achat d'un appartement ou une décision qui engage toute une carrière.
Un vrai casse-tête
Il y a quelques personnes dont j'aime demander l'avis, et pendant cette période, j'en ai eu terriblement besoin. D'autant plus que les conditions changeaient parfois toutes les deux heures : des obstacles juridiques, financiers ou autres me plongeaient dans le doute, mais de nouvelles opportunités surgissaient aussi, bouleversant tout ce qui semblait acquis jusque-là.
J'ai la chance de compter pour beaucoup de monde, et nombreux étaient ceux qui prenaient de mes nouvelles. Mais il se passait tellement de choses en une demi-journée que je n'avais ni l'énergie, ni le temps, ni les nerfs pour expliquer sans cesse à chacun où j'en étais, ni pour détailler toute la complexité de la situation. Résultat : personne ne savait vraiment pourquoi, par exemple, ma recherche d'appartement s'était réduite à un quartier, une commune ou un type de bien bien précis.
« Mais tu vas habiter où ? »
En revanche, tout le monde tenait à me donner son avis, en traitant comme des évidences le fait que je « refusais » la banlieue, les immeubles anciens, le neuf ou certains types de propriété. Ceux qui me connaissent savent que je me renseigne sur tout, presque de façon maladive. À cela s'ajoutent des préférences et des contraintes personnelles que je n'ai pas à justifier un million de fois.
Si les rôles étaient inversés, il ne me viendrait jamais à l'esprit de remettre en cause les choix d'un autre. Elle sait pourquoi ça lui convient, et ce que j'en pense n'a aucune importance. Je crois que tout le monde partait d'une bonne intention, mais dans une situation déjà tendue, cela a mis mon système nerveux à rude épreuve. Impossible de rester calme.
« Je vais te sauver »
Et puis il y a ceux qui estiment avoir le droit de s'immiscer dans ma vie… alors que nous n'avions plus eu le moindre contact depuis des mois. Un beau jour, ils débarquent dans une conversation, in medias res, la solution miracle en poche. Sans jamais se demander si, avant de jouer les sauveurs, il ne faudrait pas d'abord comprendre mon point de vue et mes émotions. Et pourquoi pas choisir un autre canal qu'un message balancé à la va-vite sur Messenger.
« Et maintenant, me voilà »
Une question m'est aussi venue à l'esprit : ceux qui se transforment soudain en experts de ma vie, où étaient-ils quand j'ai demandé de l'aide ? Quand tout allait vraiment mal. Quand leur seule réponse était de préférer rester à l'écart d'une situation délicate, ou de douter que je disais même la vérité.
Alors merci, mais celui qui ne s'est pas tenu à mes côtés dans mes moments les plus sombres n'a pas à réclamer le droit de resurgir du jour au lendemain en se présentant comme mon sauveur.
« Je sais mieux que toi »
J'ai autrefois étudié la psychologie, et je me suis replongée un peu dans le sujet, car je ne crois pas que la mauvaise volonté guide mes proches. J'avais envie de comprendre ce qui se joue en profondeur.
C'est fascinant de voir comment se construit en nous l'illusion du « je sais mieux », et cela ne relève pas toujours d'un besoin de contrôle. Souvent, ce qui se cache derrière, c'est que nous projetons nos propres valeurs sur l'autre : nous supposons que ce qui marcherait pour nous serait forcément bon pour lui.
Une autre explication tient justement au besoin de contrôle. Nous aspirons naturellement à la prévisibilité, et lorsque quelqu'un de notre entourage prend une décision qui ne correspond pas à nos idées, une tension naît en nous. Pour l'apaiser, on prodigue des conseils, on cherche à convaincre, voire à diriger l'autre. Et ce faisant, c'est notre propre sentiment de sécurité que l'on renforce.
Le réalisme naïf peut aussi jouer un rôle : cette tendance à croire que, nous, nous voyons la réalité telle qu'elle est, tandis que les autres seraient biaisés ou mal informés.
« Tu me limites »
Et pourquoi accueillons-nous si mal les conseils en tout genre ? La théorie de la réactance apporte une piste : dès que nous avons le sentiment que quelqu'un limite notre liberté de choix, une résistance naturelle s'installe. Voilà pourquoi un conseil non sollicité peut nous blesser, même quand il serait, au fond, parfaitement utile.
Pourquoi donne-t-on des conseils que personne n'a demandés ?
Souvent par bonne intention, mais aussi parce que nous projetons nos propres valeurs sur les autres, en supposant que ce qui nous convient leur conviendra aussi. Le besoin de contrôle et de prévisibilité joue également un rôle important.
Pourquoi un conseil non sollicité agace-t-il autant, même quand il est utile ?
À cause de ce que la psychologie appelle la théorie de la réactance : quand nous sentons que notre liberté de décision est menacée, une résistance naturelle apparaît, indépendamment de la pertinence du conseil.
Qu'est-ce que le réalisme naïf ?
C'est notre tendance à penser que nous percevons la réalité de façon objective, tandis que les autres seraient forcément biaisés ou moins bien informés que nous.
Comment réagir face à quelqu'un qui veut « me sauver » sans y avoir été invité ?
Rappelez-vous que la responsabilité de vos choix vous appartient. Vous n'avez pas à justifier chaque décision, et quelqu'un qui n'était pas présent dans vos moments difficiles n'a pas à s'ériger en sauveur du jour au lendemain.











