Je n'aurais jamais dû l'apprendre. Je l'ai découvert par hasard. Comme souvent dans ce genre de situations, c'est arrivé au mauvais moment, au mauvais endroit : une phrase laissée en suspens et un écran resté ouvert par mégarde. Et te voilà avec une information que tu n'avais pas demandée, mais que tu ne peux plus effacer de ta tête.
Ma première réaction n'a pas été la colère. Plutôt une sorte d'engourdissement étrange et sourd. Comme quand quelqu'un te frappe au visage : la première seconde, ça ne fait même pas mal, tu es juste stupéfaite que ça vienne vraiment de se produire. J'ai essayé de me convaincre que j'avais sûrement mal compris, que ça ne pouvait pas être tout à fait vrai. Mais c'était vrai.
Ce qui vient après
On s'imagine que, dans une telle situation, le premier sentiment est la jalousie. Ce n'est pas ça. Le premier sentiment, c'est la honte, totalement irrationnelle, mais bien réelle. On se met aussitôt à s'interroger soi-même : qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Pourquoi ce n'est pas moi ? Pourquoi je n'ai pas demandé plus ?
Puis vient le retour en arrière. Tu commences à recomposer les derniers mois, les dernières années. Toutes les heures supplémentaires, tous les projets que tu as acceptés. Toutes les fois où tu as dit « pas de souci, je m'en occupe », parce que tu étais consciencieuse, parce que tu ne voulais pas poser de problème, parce que quelque part, tu croyais dur comme fer que le bon travail se remarque et se récompense.
Il ne se remarque pas. Ou il se remarque, mais il ne se paie pas. Et cette prise de conscience ne fait pas simplement mal : elle met carrément en colère, dès l'instant où tu te laisses assez aller pour la ressentir.
Ma collègue n'est pas le problème
C'est la chose la plus importante que j'ai dû clarifier en moi, et ça n'a pas été simple. Parce que la première impulsion, c'est de lui en vouloir. De se dire qu'elle triche, qu'elle manipule, qu'elle a réussi à berner le système.
Mais en réalité, elle savait simplement ce que je ne savais pas : ton salaire n'est généralement pas proportionnel à ce que tu fais, mais à ce que tu demandes.
Que la loyauté au travail est rarement récompensée automatiquement. Que celui qui ne parle pas de sa propre valeur laisse les autres la fixer à sa place, et en général vers le bas. Elle n'a rien fait de mal. Le système a fonctionné comme il fonctionne toujours. Et moi, je l'ai laissé faire. S'il fallait en vouloir à quelqu'un, ce n'était pas à elle, mais à cette conviction que je traînais depuis des années : que le sérieux suffisait à lui seul.
Ce qu'on ne nous apprend jamais
Personne ne te dit qu'au travail, le silence coûte plus cher que la demande.
On nous apprend à travailler dur, à être fiable, à attendre patiemment, et la reconnaissance finira par arriver. C'est un récit très agréable et très faux. La réalité, c'est qu'une augmentation de salaire ne se donne pas : elle se négocie.
Que celle qui demande n'est pas cupide : elle connaît simplement les règles. Que la stratégie du « ils verront bien tout ce que je fais » ne profite le plus souvent à personne, sauf à l'employeur. Et je le constate encore et encore, tout particulièrement chez les femmes.
Ce que j'ai fait ensuite
Je n'ai pas fait de scène dramatique. Je me suis assise et, pour la première fois de ma vie, j'ai sérieusement fait le compte de ce que j'apportais à l'entreprise : concrètement, en chiffres, en résultats. Pas pour prouver quoi que ce soit, mais parce que je venais de réaliser que je n'en avais aucune idée. J'avais toujours travaillé, sans jamais rien mesurer.
Ensuite, j'ai demandé un entretien et j'ai dit ce que je pensais. La peur au ventre, mais je l'ai dit. Je n'ai pas fait allusion à ma collègue, je ne me suis pas plainte : j'ai simplement énuméré ce que j'apportais, puis j'ai annoncé combien je voulais recevoir en retour.
Le cœur de cette histoire n'est pas qu'on m'ait dit oui immédiatement. Ce qui compte bien davantage, c'est ceci : personne ne te donnera jamais plus que ce que tu oses toi-même demander.
Faut-il en vouloir à une collègue qui gagne plus ?
Non. Elle n'a rien fait de mal : elle connaissait simplement une règle que beaucoup ignorent, à savoir que le salaire dépend souvent de ce que l'on demande, pas seulement de ce que l'on fait.
Pourquoi le travail sérieux ne suffit-il pas à obtenir une augmentation ?
Parce que la loyauté et le sérieux sont rarement récompensés automatiquement. Une augmentation ne se donne généralement pas d'elle-même : elle se négocie.
Comment se préparer à demander une augmentation ?
En faisant d'abord le point, concrètement et en chiffres, sur ce que l'on apporte réellement à l'entreprise. On peut ensuite demander un entretien, énumérer ses résultats et annoncer clairement le montant souhaité, sans se plaindre ni se comparer aux autres.











