Récemment, en discutant avec une amie d’un futur lointain mais pas impossible, je lui ai demandé : tu sais qu’à ce moment-là, nous aurons presque 50 ans ? Ses yeux se sont écarquillés, puis après un court silence, elle m’a demandé : « Ça ne te fait pas peur ? » « Non », ai-je répondu. « Ce qui me ferait peur, c’est que rien ne se passe d’ici là. »
Depuis un moment déjà, et encore plus depuis que j’ai un enfant, je ressens à quel point les jours passent sans qu’on s’en aperçoive, comme mon café qui refroidit le matin. Je prends une gorgée et je me demande : comment est-ce possible ? C’est ça qui peut m’effrayer. Les jours glissent entre nos doigts, et sans qu’on y prête attention, les feuilles de l’arbre sous la fenêtre jaunissent à nouveau, et on ne sait plus où est passé l’été. Aucun souvenir à emporter, seulement nos cellules qui vieillissent, le temps qu’on sent dans nos os, mais pas dans notre cœur.
Je sais depuis longtemps que notre temps sur Terre est limité, et je crois avoir eu le temps d’accepter cette idée. À 37 ans, je pense aussi que sans cette limite, la vie ne serait pas aussi précieuse : si on ne savait pas qu’elle a une fin, nos choix, nos amours, nos actions n’auraient pas autant de poids, car on pourrait vivre mille vies et tout recommencer à tout moment.
Mais notre temps est compté, et nous ne vivons qu’une seule vie. Le pire serait de ne pas la vivre pleinement.
Ne pas se lancer dans l’aventure parce qu’on croit avoir encore du temps. Ne pas savourer un jour de pluie parce qu’on attend le soleil. Ne pas serrer nos proches comme si nos minutes avec eux étaient comptées – alors qu’elles le sont bel et bien.
Je ne veux pas balancer de clichés ni de citations motivantes creuses. Je sais que la vie n’est pas toujours belle, parfois même cruellement dure. Il y a des jours qui font mal, et même quand on fait tout parfaitement, on peut se prendre une claque énorme, car le destin n’est jamais juste.
C’est aussi ça la vie. C’est mieux que de ne pas la vivre du tout.
Je ne crains pas de vieillir. Au contraire, vieillir est un privilège que tout le monde n’a pas la chance d’avoir. Suis-je heureuse de voir mes rides s’approfondir ou mes premiers cheveux gris ? Disons que je ne saute pas de joie devant le miroir. Mais je m’efforce de rester ouverte et curieuse. J’essaie d’apprécier ce que la vie m’a donné et peut encore m’offrir, et de profiter de chaque jour. Car ce qui me fait le plus peur, ce n’est pas de vieillir, c’est que la vie me file entre les doigts. Je veux vieillir si j’ai eu une raison – et c’est à nous de faire en sorte qu’il y en ait une.











