C’était en été, un jour où ma tête était déjà pleine, avec beaucoup de choses à faire. Je pensais avoir tout planifié, tout organisé, il ne me restait plus qu’à suivre mes plans pour que, à la fin de la journée, tout soit réglé, chaque tâche cochée, et ma liste bien vidée.
Alors que je rentrais chez moi après avoir terminé une tâche, le ciel devenait suspectement sombre, mais je pensais être plus rapide que l’orage.
Petit spoiler : je ne l’étais pas. Quelques minutes plus tard, le ciel s’est déchaîné, et avant même que je réalise, l’eau coulait en torrents sur moi, mes chaussures faisaient "ploc ploc", mes cheveux collaient à mon visage. Bien sûr, je n’avais pas pris de parapluie, car il ne pleuvait pas quand je suis partie, et je ne pensais pas qu’il y aurait un problème sur ces quelques centaines de mètres. Mais c’était ce genre de pluie qui vous trempe jusqu’aux os en à peine 20 mètres.
Ma première réaction a été de commencer à détester le monde, persuadée qu’il s’était ligué contre moi pour gâcher mes plans. Impossible de commencer ma prochaine tâche en rentrant, il faudrait d’abord que je prenne une douche et que je me sèche les cheveux. Et puis, où est-ce que j’en suis ? Je vais devoir passer les trois prochaines minutes à traîner en chaussettes mouillées, je déteste tout ça, cette ville, la pluie, et même les gens, surtout ceux qui ont un parapluie, même si leurs chaussures sont sûrement trempées aussi. Au moins.
Alors que je bougonnais, j’ai marché dans une flaque d’eau fraîchement formée, et j’étais sur le point de jurer quand j’ai réalisé que ça ne changeait rien : mon pied était déjà tellement mouillé que s’enfoncer dans une flaque jusqu’à la cheville ne pouvait pas l’aggraver.
Et là, j’ai éclaté de rire.
La situation était tellement absurde que je ne pouvais que rire de ma propre malchance. Et tant qu’à faire, j’ai aussi ri de moi-même, d’avoir cru quelques instants plus tôt que la pluie tombait forcément pour rendre ma journée plus difficile. Parce que le monde tourne autour de moi, non ?
J’ai dû admettre que la pluie n’était pas contre moi, et que je ne pouvais rien y changer.
Et dans cette prise de conscience, il y avait une étrange libération. Si je ne contrôle pas la situation, pourquoi m’angoisser ?
J’ai ralenti le pas. Je me suis arrêtée un instant, observant les gouttes glisser le long de mon bras. J’écoutais la pluie taper de façon monotone sur le bitume. J’avais l’impression que la nature faisait simplement son travail – et que je pouvais soit m’accorder à ce rythme, soit lutter contre, mais cette lutte serait perdue d’avance.
Chez moi, en me séchant les cheveux, j’ai réfléchi à ce réflexe automatique que nous avons souvent : quand quelque chose tourne mal, on le prend immédiatement comme une attaque personnelle. Comme si le monde se moquait de nous, et que chaque obstacle était là pour nous embêter. Pourtant, la plupart du temps, personne et rien ne sont contre nous. La pluie ne tombe pas pour gâcher nos cheveux, les embouteillages ne se forment pas pour nous retarder, et rater le bus n’est pas une déclaration de guerre personnelle.
Mais si on vit chaque petit tracas comme si le monde "nous en voulait", on ne fait que se nuire à nous-mêmes. On s’enferme dans l’auto-apitoiement, on lutte constamment contre la réalité au lieu d’apprendre à simplement y exister.
Cette fameuse averse m’a appris qu’il faut parfois lâcher prise. Ce n’est pas une faiblesse, mais une sagesse que de reconnaître que tout ne dépend pas de nous. Il est bien plus utile d’économiser l’énergie qu’on dépenserait à râler, et de simplement se permettre d’être dans la situation.
Depuis, j’essaie de garder cette attitude avec moi, et c’est pour cette leçon que je suis reconnaissante à cette averse. Une chance de voir les choses autrement, et de réaliser que la paix commence souvent là où s’arrête la lutte acharnée.











