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La meilleure chose que je puisse faire : me permettre d'être en colère

Barbara Dubois5 min de lecture
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La meilleure chose que je puisse faire : me permettre d'être en colère — Mode de vie

Assez tôt dans ma vie d'adulte, j'ai appris que la colère est mauvaise conseillère. Les décisions prises sous le coup de la rage sont rarement bonnes. On dit des choses qu'on regrette, on abîme des relations sans raison, ou on retourne cette énergie contre soi-même. La plupart d'entre nous en font l'expérience un jour ou l'autre.

Alors j'ai appris, assez vite, à tenir ma colère en laisse. Sauf qu'à un moment, je suis passée à l'excès inverse. À force de vouloir être calme, posée, « émotionnellement mature », j'ai commencé à me convaincre de ne pas être en colère même quand c'était tout à fait légitime. Comme si la colère était, en elle-même, quelque chose de honteux. Comme si le summum de l'évolution personnelle, c'était de ne plus être touchée par rien. Et je crois que beaucoup de femmes tombent dans ce piège.

Quand une femme est en colère, elle est « hystérique »

On nous apprend dès le départ que les émotions négatives ne nous vont pas. Un homme en colère est déterminé. Une femme en colère est hystérique, difficile, trop sensible, agressive ou « toxique ».

Dès l'enfance, on nous enseigne à être douces, souriantes, accommodantes, faciles à vivre. À ne pas faire de scènes. À lâcher prise. À être magnanimes.

Et par-dessus tout ça vient se greffer la spiritualité de réseaux sociaux et la culture mindfulness édulcorée qui inonde nos fils d'actualité. Ce contenu « zen », « haute vibration » et « go with the flow » parle des émotions comme si la pire chose qui puisse nous arriver, c'est de ressentir quelque chose de négatif. Comme si la réponse à tous les problèmes était : respire profondément, lâche prise, choisis la paix, ne vibre pas bas.

Attention, je ne dis pas qu'il y a un problème à méditer, à vivre plus consciemment ou à éviter de réagir à chaud. Le problème commence quand ces idées — à l'origine bien plus nuancées — se transforment en autocensure sucrée optimisée pour Instagram. Quand l'objectif n'est plus d'avoir une relation saine avec ses émotions, mais de se débarrasser le plus vite possible de tout ce qui est inconfortable.

On se retrouve alors dans des situations où notre colère serait tout à fait justifiée, et pourtant on s'empresse de l'étouffer. Pire : on culpabilise de l'avoir ressentie. Parce qu'on n'a pas réussi à « passer à autre chose » immédiatement après que le collègue moins compétent mais mieux pistonné a eu la promotion. Parce qu'on a demandé quatre fois à notre partenaire de vider le lave-vaisselle et qu'on se retrouve encore à faire tremper la poêle à omelette. Parce que quelqu'un nous a expliqué avec assurance un sujet qu'on maîtrise manifestement bien mieux que lui.

Dans ces moments-là, beaucoup de femmes ne ressentent pas seulement de la colère — elles culpabilisent immédiatement de l'avoir ressentie. « Je ne devrais pas m'énerver autant. » « Je surréagis sûrement. » « Pourquoi je n'arrive pas à lâcher prise ? » Parfois, oui, il faut laisser aller. Mais il y a une énorme différence entre lâcher prise parce qu'on a vraiment digéré quelque chose, et avaler ses émotions par réflexe conditionné.

La colère n'est pas une émotion agréable. Je n'aime pas être en colère. Vivre dans cet état en permanence est épuisant, et la rage chronique peut empoisonner une vie. Mais cela ne signifie pas que la colère est illégitime. Au contraire : je crois qu'il existe des milliers de situations dans notre monde actuel où la colère est la seule réponse émotionnelle honnête. Être en colère quand on est traité injustement. Être en colère quand on se fait exploiter. Être en colère quand quelqu'un franchit nos limites. Ce ne sont pas des défauts. Ce sont des signaux.

Je ne veux plus l'étouffer

Ces derniers temps, j'ai pris une décision consciente : je ne veux plus écraser automatiquement ces signaux. Je ne veux plus les recouvrir de citations inspirantes au moment précis où ils me transmettent une information importante sur ce qui ne fonctionne pas dans ma vie. Parce que j'ai compris que si j'essaie de comprendre ma colère plutôt que de la mettre sous cloche, elle se transforme en quelque chose d'entièrement différent. Elle n'est plus une force destructrice — elle devient de l'énergie. De la motivation. Quelque chose capable de me mettre en mouvement.

Ma colère m'appartient. C'est moi qui décide quoi en faire. Je peux la laisser empoisonner ma vie. Je peux tenter de la nier et de la faire disparaître. Ou je peux la traverser, en explorer les racines, et m'en servir pour changer ce qui doit changer. Quand je fais ça, des ressources insoupçonnées se libèrent.

Ce n'est peut-être pas un hasard si, tout au long de l'histoire, la colère des femmes a toujours fait si peur. Autrefois, on brûlait nos ancêtres sur des bûchers pour ça. Aujourd'hui, la méthode est plus raffinée : on essaie simplement de nous vendre l'idée que la femme « évoluée » ne ressent plus ce genre de chose. Eh bien, ça, ça me met en colère. Et je crois que c'est tout à fait normal.

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