Récemment, j’ai partagé un avis sur mes réseaux sociaux. Il portait sur la responsabilité du gouvernement face au sort des nouveau-nés laissés seuls à l’hôpital. Dans une société, la responsabilité des dirigeants ne s’arrête pas aux budgets ou aux conférences de presse : elle inclut aussi la protection des plus vulnérables, leur défense, et tout mettre en œuvre pour leur bien-être et leur sécurité. Des personnes sans voix, sans choix, sans possibilité de partir ailleurs.
Après ce partage, j’ai reçu plusieurs messages. Aucun ne niait l’importance du sujet ni ne contestait qu’il s’agisse d’un vrai problème. Mais beaucoup m’ont écrit : « s’il te plaît, ne politise pas ». Des amis, des connaissances, ou simplement des abonnés disaient être fatigués par la politique, saturés par ce flot constant, et ne plus vouloir en entendre parler.
Et je comprends vraiment. Sincèrement.
Je comprends que c’est épuisant émotionnellement. Que l’on finit par s’engourdir, submergé par trop de mauvaises nouvelles, trop peu de solutions, et souvent ce sentiment paralysant : ce n’est pas à moi de changer les choses. Je comprends aussi qu’on cherche souvent à fuir ces conflits permanents. Que ça fait du bien de regarder des recettes, des photos de voyage, ou des vidéos drôles, et de croire que le monde continue sans nous.
Mais je ne crois pas que nous puissions nous offrir ce luxe.
Parce que pendant que des nouveau-nés abandonnés pleurent seuls dans les lits d’hôpital, comment pourrions-nous ne pas nous lever pour eux, simplement parce qu’il est plus agréable de faire défiler du contenu joyeux sur Instagram ? Comment penser que nous avons ce droit ? Que notre confort passe avant la vie et la sécurité de ceux qui dépendent littéralement de nous ?
Je ne dis pas qu’il faut vivre dans une culpabilité constante. Je ne pense pas qu’il faille parler uniquement de politique. Je ne crois pas que chaque publication doive être un manifeste. Mais je crois que ne pas politiser – surtout dans ces situations – est un privilège. Un privilège que seuls ceux qui ne sont pas directement touchés par les décisions peuvent s’offrir. Et je ne crois pas que l’un d’entre nous soit dans ce cas, car nous faisons tous partie d’une communauté – ce qui affecte l’un, affecte aussi l’autre.

Vivre en démocratie n’est pas qu’un droit. C’est aussi une responsabilité. Cela signifie que nous sommes tous à cette table, même si nous ne prenons pas toutes les décisions. Cela signifie que ce que nous laissons passer sans rien dire, nous y contribuons en silence. Le silence n’est donc pas neutre, c’est une prise de position.
Je n’aime pas ça non plus. Ce n’est pas mon sujet préféré. Ce serait tellement plus simple de ne pas s’impliquer, de ne pas débattre, de ne pas risquer des conversations ou des messages désagréables. Mais si nous vivons en démocratie – et c’est le cas –, nous avons tous la responsabilité de l’orientation de notre pays. De qui nous laissons seuls, et pour qui nous sommes prêts à élever la voix.
Ce peut être fatiguant. Ce peut être inconfortable. Mais parfois, le prix du silence est bien plus lourd que celui de la parole. Et je ne veux pas vivre dans une société où l’on se bouche les oreilles juste pour ne plus entendre les pleurs des enfants.











