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Puis-je me réjouir ouvertement si mon bonheur blesse les autres ?

Élise Durand4 min de lecture
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Puis-je me réjouir ouvertement si mon bonheur blesse les autres ? — Mode de vie
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Ces dernières années, je me suis souvent demandé pourquoi il m’est si difficile de savourer pleinement mon bonheur, même en sachant tout le chemin parcouru. J’ai encore parfois l’impression que les bons moments ont une « date d’expiration » invisible, et que quelque chose peut me les enlever à tout instant. Oui, c’est un travail sur moi-même à poursuivre. Surtout que je me surprends souvent à me retenir de « montrer » ma joie. Est-ce que cela ne dérange pas les autres que je sois si heureuse en ce moment ?

Pour reprendre les mots de ma thérapeute préférée, avec ma « tête bien faite », je sais très bien que chacun est responsable de ses émotions, pensées et actions. Mais dans la pratique, quand il s’agit de ma propre vie, je rencontre parfois des blocages. Mon bonheur s’accompagne souvent d’une culpabilité, comme s’il n’était pas « poli » de se réjouir bruyamment, visiblement, ou simplement pleinement quand d’autres traversent des difficultés.

Il y aura toujours des personnes qui traversent des épreuves

Mon bonheur n’est pas une question de chance, mais de travail. Et même si c’était le fruit du hasard, ce serait une erreur de l’ignorer. Derrière, il y a un long chemin d’introspection, de choix et de renoncements. J’ai appris à dire non, à poser des limites, à lâcher prise, à recommencer, à demander, tout en respectant et aimant qui je suis.

C’est pourquoi je trouve important de valoriser ce que j’ai accompli – pas par vanité, mais par respect et amour pour moi-même et pour la vie en général.

Je peux facilement me réjouir avec les autres, peu importe à quel point je les connais. Pourtant, quand il s’agit de mon propre bonheur, c’est comme si quelque chose me retenait parfois. Peut-être parce qu’on nous a trop souvent dit enfant : ne te vante pas, ne fais pas de bruit, ne cherche pas à attirer l’attention, ne suscite pas l’envie.

Mais qui décide où est la limite ? Y en a-t-il une ? Si le bonheur que je partage est sincère, sans arrière-pensée, pourquoi cela serait-il un problème ? Et si c’est une compensation, n’est-ce pas plutôt une personne qui mérite compassion plutôt qu’envie ?

Jeune femme caucasienne assise sur une clôture devant les Tre Cime di Lavaredo en hiver

Un de mes meilleurs exemples : mon compte Instagram

Mon compte est privé, moins de 300 proches y ont accès, et pourtant je doute souvent avant de publier. Un voyage, un beau moment, un matin paisible. Je me demande souvent : « Est-ce que ça ne va pas blesser un ami qui traverse une période difficile ? »

Pour moi, Instagram n’est pas une vitrine, mais un album de souvenirs moderne, où je peux organiser mes expériences. Je ne dévoile pas ma vie privée et je ne publie rien que je ne pourrais assumer devant le monde entier. Mais mes voyages, les beautés naturelles qui m’émerveillent, mes instants de bonheur, mes petits signes de gratitude y sont bien là.

En triant photos et vidéos, en parcourant mes résumés, je revis ces bons moments. Pour moi, c’est gratitude et bonheur – mais est-ce le cas pour tout le monde ? Et est-ce que ça doit l’être ?

J’étais plongée dans cette réflexion quand une connaissance plus éloignée m’a demandé comment s’était passée notre dernière escapade. Elle a dit trouver inspirant que je partage nos expériences, qu’elle aime regarder mes publications car quand elle prépare un voyage, elle regarde souvent où nous sommes allés. Ce n’est pas un catalogue touristique pour elle, mais un vrai récit d’expérience. Elle m’a même demandé si elle pouvait m’envoyer un message privé avec quelques questions sur une de nos randonnées.

Mon bonheur ne va pas contre les autres, mais pour la vie

Alors, j’ai fini par comprendre que montrer mon bonheur n’est pas de la vantardise, mais une opportunité. Une chance d’éveiller chez quelqu’un d’autre l’espoir, le désir ou la volonté. Je ne sais pas si mes partages suscitent envie ou inspiration, mais je sais que ma mission n’est pas de me retenir, mais d’être authentiquement moi.

J’ai longtemps cru que mon bonheur pouvait blesser les autres. Aujourd’hui, je pense que je peux me réjouir ouvertement. Le bonheur n’est pas comme un gâteau : si j’en prends plus, il en reste moins pour les autres. Mon bien-être ne prive personne de la possibilité d’être heureux aussi. Au contraire, parfois le plus beau cadeau que l’on puisse offrir est d’oser briller, de montrer que la vie peut être belle – même après les périodes difficiles.

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