On entend souvent des femmes dire qu'elles ont l'impression de ne pas vivre avec un partenaire, mais avec un « enfant devenu grand ». Et bien que dans les conversations entre amies cette phrase soit généralement suivie d'un rire complice, ces derniers temps, je réfléchis de plus en plus à la question : pourquoi avons-nous accepté cette situation ?
L'ancien modèle : maman s'occupe, papa se débrouille
Dans la génération de nos mères, tout cela était bien sûr tout à fait habituel. « Papa travaille, maman s'occupe de tout » – c'était le scénario classique, même si maman travaillait aussi. La gestion du ménage, des enfants, de la famille incombait naturellement à la mère, tandis que souvent l'homme ne savait même pas où était la serviette ou ce que l'enfant voulait pour le goûter. On ne l'attendait pas non plus de lui.
Cette dynamique est aujourd'hui étrangère à la plupart des femmes – du moins en théorie. La génération adulte actuelle est beaucoup plus consciente : on parle d'égalité, de travail en couple, de décisions prises ensemble.
En pratique, cependant, beaucoup de femmes se retrouvent encore dans une situation où elles sont celles qui gardent tout en tête, font le travail émotionnel et pensent aussi pour leur partenaire.
Le travail intérieur n'est pas seulement la tâche d'une seule personne
Beaucoup de femmes vont en thérapie, participent à des groupes de développement personnel, lisent des livres sur comment être un meilleur partenaire – tandis que leur compagnon continue de se laisser porter. Beaucoup tolèrent que leur partenaire « ne soit pas bon en communication », qu'il ne sache pas exprimer ses sentiments, ou qu'il se retire parfois complètement de l'espace émotionnel commun. Pire encore : elles essaient souvent de « l'aider », d'interpréter ses émotions à sa place, d'expliquer son comportement, d'apaiser les conflits.
Jusqu'à un certain point, cela est compréhensible. Les stéréotypes de genre sont encore très présents, et les femmes ont eu beaucoup plus d'occasions d'exprimer leurs émotions, de comprendre leurs propres faiblesses, tandis que beaucoup d'hommes ont grandi en apprenant qu'ils ne pouvaient pas parler de leurs sentiments. Autrement dit, il est compréhensible qu'ils partent avec un handicap. Ce qui est moins compréhensible, c'est qu'ils ne fassent rien pour surmonter ce handicap à l'âge adulte.
Cette dynamique – où la femme essaie de mettre le travail émotionnel dans la relation à la place de l'homme – peut à long terme mener à l'épuisement. L'un donne, fait attention, s'adapte constamment, tandis que l'autre n'a pas besoin de changer. Or, une relation ne peut pas durer si un seul partenaire évolue.

Pourquoi les femmes maternent-elles ?
C'est en partie un comportement appris : les filles apprennent souvent dès leur plus jeune âge qu'elles doivent prendre soin, aider, « remettre de l'ordre » autour d'elles. C'est aussi une forme de défense – si je contrôle les choses, la relation fonctionnera sûrement. Mais ainsi, le partenaire ne participe pas en tant qu'adulte, mais comme un enfant.
Il est aussi fréquent que la femme sente que son partenaire a des difficultés, mais au lieu d'attendre de lui un développement personnel, elle prend plutôt le fardeau sur ses épaules. La compréhension est bien sûr importante, mais si la compassion devient un renoncement – si la femme n'ose pas demander, exiger, poser des limites –, alors le maternage n'est plus de la gentillesse, mais un abandon de soi.
Mais où est la limite ?
Il est bien sûr difficile de dire de l'extérieur jusqu'où une relation est saine et à partir de quand elle devient exploiteuse. Je pense que la clé réside dans l'équilibre. Dans une relation, il est naturel que l'un donne plus de temps en temps, surtout si l'autre traverse une période difficile, mais à long terme, c'est la responsabilité des deux partenaires de travailler sur eux-mêmes, de progresser et d'être des participants actifs à la vie commune. Si l'un « entretient » toujours l'autre tandis qu'il mène seul ses combats personnels, ce n'est pas un partenariat, mais une inégalité émotionnelle.
Les femmes – souvent plus sensibles aux besoins émotionnels – ont le droit non seulement de donner, mais aussi de recevoir. De ne pas être la mère de leur partenaire, mais son égale. Et elles ont aussi le droit de dire : « Je t'aime, mais je ne suis pas ta thérapeute, ni ton assistante personnelle, ni ta mère. »
La véritable égalité commence quand les deux sont capables de prendre des responsabilités – non seulement pour la relation, mais aussi pour eux-mêmes. Et c'est ce que nous pouvons désormais attendre.











