Tribune libre : Schuszter Borka
On aime penser à notre relation comme un lien romantique, à l’abri des préoccupations matérielles comme l’argent. Pourtant, que ça nous plaise ou non, cet argent fait bien partie de notre vie. Et même si chacun garde idéalement son espace de décision, quand nos vies s’entrelacent, il faut décider ensemble. Que peut-on se permettre ? Partir en vacances ou rénover la cuisine ? Choisir le canapé qui me plaît ou celui qui te plaît ? Et surtout : quand on doit payer quelque chose, quelle importance a le fait que l’un de nous contribue plus au budget commun ?
En théorie, la réponse est simple : aucune. Une relation n’est pas une hiérarchie, c’est une alliance. Ce n’est pas une entreprise où un salaire plus élevé donne plus de pouvoir. En pratique, c’est souvent plus complexe.
Ce n’est facile pour personne
Quand l’un gagne nettement plus, cela s’accompagne souvent d’une augmentation – parfois tacite – de son poids dans les décisions. Pas forcément parce qu’il l’exige, mais parce que l’autre lui accorde plus de légitimité. « Après tout, c’est lui qui paie la plus grosse part » – même si ce n’est pas dit, cette idée s’installe dans nos têtes. Et l’équilibre bouge.
J’ai été des deux côtés : j’ai eu une relation où c’était clairement moi qui maintenais notre niveau de vie, et une autre où je ne pouvais participer aux sorties communes ni réaliser nos projets qu’en acceptant que mon partenaire m’aide financièrement.
Je sais donc que ce n’est facile pour personne. Celui qui gagne plus ne cherche pas forcément le pouvoir, mais la sécurité. Il peut ressentir plus de responsabilités, plus de pression, et vouloir mieux suivre les décisions financières. Ce n’est pas du contrôle, mais une façon de gérer l’anxiété. Moi, par exemple, je n’ai jamais eu de problème à payer plus pour nos sorties – je voulais profiter de mon argent avec mon partenaire, ne rien manquer. Je voulais qu’il se sente bien aussi et ose exprimer ses besoins. Mais je sais aussi que de l’autre côté, je me suis sentie mal à l’aise d’intervenir dans les décisions quand je ne pouvais pas autant contribuer.

Les difficultés sont donc des deux côtés, mais je crois que le vrai problème commence quand on ne le dit pas. Quand la dynamique autour de l’argent transforme la relation sans qu’on le voie. Quand l’un se retient et que l’autre ne remarque pas qu’il prend plus de place.
À mon avis, la question n’est pas de savoir si ça compte qui gagne plus, mais comment on gère cette différence. Si on en fait un tabou, oui, ça comptera – et ça risque de faire du mal. Mais si on en parle, ça peut devenir une force.
Chez nous, ça a commencé à aller mieux quand on a arrêté de compter « qui met combien » et qu’on s’est demandé ce qui est important pour chacun, et comment concilier tout ça.
Parfois, c’est l’un qui payait plus, parfois l’autre qui apportait plus de travail invisible dans la relation. Et on ne peut pas toujours mesurer ces apports avec la même règle.
L’argent n’est jamais que de l’argent. Il porte aussi l’estime de soi, la liberté, la sécurité, le contrôle. Quand on décide à ce sujet, on décide en fait de tout ça. Et si ces décisions ne sont pas prises ensemble, ça empoisonne presque toujours la relation.











