Article d'opinion — Barbara Dubois
Pendant plus d'un an, la salle de sport faisait partie de ma vie comme une évidence. J'avais commencé le sport tardivement, à l'âge adulte, mais une fois que j'y avais pris goût, j'y allais plusieurs fois par semaine avec plaisir. J'avais mon rythme, ma progression, et surtout cette certitude tranquille que c'était simplement une partie de moi. Pas une contrainte, pas un compromis — une base qui rendait mes journées meilleures.
Quelques jours devenus quatre mois
Et puis est arrivé décembre. Les fêtes, l'agitation, les voyages, les horaires bouleversés. Au début, c'était juste quelques jours de pause. Rien d'alarmant : les vacances, le repos, et je reprendrais en janvier. Sauf que quelques jours sont devenus quelques semaines, et quelques semaines sont devenus près de quatre mois. Pas une grande décision, mais une accumulation de petites capitulations : « pas aujourd'hui », « demain peut-être », « je n'ai pas envie de recommencer maintenant ».
Et pendant ce temps, j'ai commencé à remarquer les changements. D'abord des détails. Mes épaules moins fermes. Puis ce mal de dos qui revenait. Des gestes du quotidien qui demandaient plus d'effort. Une fatigue là où il n'y en avait pas avant. Et le pire : je voyais disparaître ce sur quoi j'avais travaillé. Ce constat est devenu un cercle vicieux.
Plus je me sentais perdre en forme, plus il m'était difficile d'imaginer reprendre. Parce que je n'étais plus là où j'avais arrêté. Et l'idée de « recommencer presque à zéro » pesait bien plus lourd que l'entraînement lui-même ne l'avait jamais fait. Ce n'était pas l'effort physique qui me faisait peur, c'était le sentiment d'avoir reculé.
Un jeudi après-midi, sans prévenir
C'est une décision impulsive qui a tout changé. Un jeudi après-midi, je n'ai pas attendu le lundi, le mois prochain, ni « le bon moment ». J'ai simplement attrapé mon sac de sport posé près de la porte, et je suis partie à la salle. Pas portée par une vague de motivation — plutôt par une résignation un peu lasse : je ne voulais pas attendre encore quatre mois en espérant me sentir « prête ».
Et avec le recul, c'était déjà la partie la plus difficile. Oui, j'étais plus faible. Les charges avec lesquelles je travaillais avant semblaient trop lourdes. Moins de répétitions, plus d'essoufflement. Sur le papier, la régression était évidente.
Mais mes muscles, eux, se souvenaient. Les mouvements étaient familiers, il n'y avait rien à réapprendre de zéro. Pas cette incertitude totale des débuts. C'était plutôt comme retrouver une vieille routine un peu rouillée — mais toujours là, quelque part.
Ce n'était pas mes muscles qui me manquaient, c'était la sensation
Dès la séance, j'ai senti quelque chose se remettre en place. Mon corps était plus léger, plus souple, moins « bloqué ». Je me sentais mieux à l'intérieur. Non pas parce que la performance était au rendez-vous — elle ne l'était clairement pas. Mais parce que le mouvement, en lui-même, me donnait quelque chose qui m'avait manqué sans que je m'en rende vraiment compte.
Ce retour immédiat que rien d'autre ne peut offrir — ni un miroir, ni une balance.
La dopamine, l'énergie, cette satisfaction calme et étrange qui arrive à la fin d'un entraînement. Indépendamment du poids soulevé ou du niveau de forme. C'est ça qui était revenu dès la première séance.
J'ai compris pendant cet entraînement que la vraie perte, ce n'était pas les muscles perdus ni la force en moins. C'était cette sensation que j'avais perdue — et dont j'avais oublié à quel point elle me manquait.
Reprendre, ce n'était pas « retrouver mon ancienne forme ». Ça viendra, avec le temps. C'était surtout renouer avec ce que le sport m'apporte — et ça, ça a fonctionné dès la première haltère reprise en main.











