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Ce que la manosphère dit sur les femmes n'est pas toujours faux, et c'est troublant

Szőke Angéla5 min de lecture
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Ce que la manosphère dit sur les femmes n'est pas toujours faux, et c'est troublant — Relation
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La manosphère véhicule des idées souvent misogynes, parfois haineuses. Pourtant, si l'on gratte un peu sous la surface de ce discours dérangeant, on tombe sur quelques observations qui, aussi inconfortables soient-elles, ne sont pas totalement fausses. Et c'est précisément ce qui les rend troublantes.

La pilule rouge

Les figures les plus connues de la manosphère et de la masculinité toxique aiment évoquer la « pilule rouge », en référence au film Matrix. Choisir la pilule bleue, c'est rester dans l'illusion. Choisir la rouge, c'est se réveiller face à une réalité prétendument brutale.

Ces influenceurs prônent l'idée que tout homme doit « comprendre » comment fonctionne réellement la dynamique amoureuse et sociale. Le message martelé à leur audience : les relations traditionnelles seraient désavantageuses pour les hommes, qui ne devraient donc jamais « se soumettre » aux femmes.

Les membres de ce mouvement nourrissent envers les femmes une méfiance, une hostilité, parfois une véritable haine, et cherchent à contaminer leur public avec cette vision. Ils font l'apologie de l'hypergamie (ne t'attache à aucune femme, accumule les conquêtes) et désignent le féminisme comme la source de tous les maux. Leur promesse ? Grâce à eux, l'homme sortira du rôle de « loser » pour devenir riche, sûr de lui, et capable de séduire n'importe quelle femme.

Le discours est séduisant. Pas étonnant qu'il touche autant de jeunes hommes en manque de repères et de confiance. Cette vision du monde est exagérée et déformée. Et pourtant, certains de ses arguments sont difficiles à balayer d'un revers de main.

Une fois la pilule rouge avalée, l'homme croit avoir tout compris : la séduction ne serait qu'un marché où les femmes vendent beauté et jeunesse en échange des ressources des hommes, argent ou statut.

Selon eux, le féminisme est responsable de tout, et ce sont désormais les hommes qui se font exploiter. Mais les « mâles alpha » proposent une méthode pour « pirater le système » : apprends les règles, gagne beaucoup d'argent (souvent via une arnaque crypto qu'ils recommandent au passage), soulève de la fonte pour te muscler, et une fois tout cela acquis, il ne te reste plus qu'à tirer profit des femmes à ton tour.

Là où ils ont raison : les femmes ont des avantages innés

Dans notre jeunesse, nous sommes désirables aux yeux des hommes, et capables de donner la vie. Ces atouts nous sont donnés sans effort particulier. Les hommes, eux, partent de zéro : ils doivent travailler dur pour bâtir un corps, une carrière, un statut. Nous pouvons nous permettre une certaine vulnérabilité ; eux doivent en permanence dégager assurance et force pour seulement attirer l'attention.

Nous connaissons toutes une femme qui, en dehors de son physique avantageux, n'a pas grand-chose à faire valoir, et qui pourtant s'en sort très bien dans la vie. Cette asymétrie est réelle : sur ce plan, les femmes bénéficient d'un avantage biologique. C'est aussi pour cela que ce sont elles qui choisissent avec qui elles feront des enfants, et quels gènes se transmettront. Tout le monde élabore une stratégie : les femmes se mettent en valeur, les hommes s'optimisent, et chacun cherche à devenir un « produit » plus recherché.

Cette lecture du désir et de la valeur sur le marché relationnel mérite qu'on la regarde en face, même quand elle dérange.

Il suffit à une femme d'être séduisante pour trouver un homme prêt à subvenir à ses besoins. À un homme, en revanche, il ne suffit pas d'être beau : il lui faut aussi un « background ». Et s'il n'est pas beau, alors il lui faudra beaucoup, beaucoup d'argent…

Une femme peut monnayer son corps assez facilement, via OnlyFans par exemple. Un homme, lui, ne vivra presque jamais de son seul physique. Les deux sexes attendent quelque chose de l'autre et jouent le même jeu. Quand une femme se sert de son apparence, on la dit « manipulatrice ». Quand un homme n'atteint pas ce que le « système » exige, on le juge « inadéquat ».

Absorbés par cette compétition permanente, hommes et femmes ne voient pas l'essentiel : ce système ne sert vraiment aucun des deux camps. Sur ce point, je rejoins la manosphère : oui, le système est déréglé, corrompu, défaillant. Mais la solution n'est pas de troquer une vision du monde déformée contre une autre, tout aussi tordue et discriminatoire.

Qu'est-ce que la « pilule rouge » dans la manosphère ?

C'est une métaphore empruntée au film Matrix. Selon ce discours, avaler la pilule rouge signifie « se réveiller » et voir la séduction comme un marché où les femmes échangent beauté et jeunesse contre les ressources des hommes.

Pourquoi ce discours attire-t-il autant de jeunes hommes ?

Parce qu'il est rassurant et flatteur. Il promet aux hommes en manque de confiance de sortir du rôle de « loser » pour devenir riches, sûrs d'eux et capables de séduire, ce qui séduit un public vulnérable.

Quel est l'avantage biologique évoqué par la manosphère ?

L'idée que les femmes seraient jeunes désirables et capables de donner la vie sans effort particulier, tandis que les hommes devraient bâtir statut, corps et ressources. Cette asymétrie existe, mais elle ne justifie pas une vision discriminatoire.

Faut-il pour autant donner raison à la manosphère ?

Non. On peut reconnaître que le « système » relationnel est déréglé et injuste sans adhérer à une vision haineuse. Remplacer une pensée déformée par une autre, tout aussi tordue, ne règle rien.

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