Dans notre groupe d'amis, je suis « la féministe hystérique » et mon mari « le pauvre soumis ». Le motif de ce jugement ? Tout simplement le fait que mon mari participe aux tâches ménagères et s'occupe des enfants. C'est tout. Rien de plus.
Notre société est tellement aveugle que dès qu'un homme assure le strict minimum comme mari et comme père, on le traite de « soumis » qui vit sous le joug de sa femme.
Le mari « dominé »
Dans notre bande, les autres maris s'attendent à ce que lorsqu'on part en vacances ensemble, la femme fasse absolument tout. Ce sont les épouses qui habillent, couchent et nourrissent les enfants, qui jouent avec eux. Ce sont elles qui préparent le sac chaque jour, qui étalent la crème solaire sur ces messieurs pour qu'ils ne brûlent pas, et qui leur rappellent de ne pas aller nager après la sixième bière.
Un jour, en vacances, j'ai fait la remarque au plus grande gueule de la bande. Sa défense ? Il ne sait pas préparer un sac aussi bien que sa femme. Il m'a sorti :
« Écoute, on ne peut pas demander à un homme de penser à tout. La crème solaire, la tétine, les jouets, le livre, la bouée, le goûter, les pansements, les lingettes, le matelas gonflable… Il n'y a que les femmes qui ont un cerveau pour ça, parce que c'est leur rôle, pas celui des hommes. »
J'aurais voulu lui balancer mon cocktail à la figure. À la place, je me suis contentée de répondre que sa femme non plus n'était pas née en sachant tout faire : elle a simplement été obligée d'apprendre, parce qu'on la contraint à assumer.
« Mais tu ne me l'avais pas dit ! »
Mon excuse préférée — quand je pique une crise parce que l'appartement part en vrille — c'est quand mon mari me répond qu'« il ne savait pas qu'il fallait faire ceci ou cela ».
Il ne voit pas que les jouets sont éparpillés partout ? Que l'évier déborde d'assiettes sales ? Que le panier à linge est plein à craquer ? Je lui ai dit que s'il ne voit pas ce qu'il pourrait faire, il ferait mieux d'aller chez l'ophtalmo, parce que le bazar saute aux yeux.
Cette histoire de « répartition » des tâches en couple mérite qu'on s'y arrête, tant les mêmes excuses reviennent d'un foyer à l'autre.
« Ma tête est pleine de pensées »
Lors d'une dispute, j'ai rappelé une évidence à mon mari : lui rentre du travail et peut se détendre immédiatement, alors que pour moi c'est là que commence la deuxième journée, avec la maison et les enfants. Je ne décroche vraiment qu'au moment où ma tête touche l'oreiller.
Il a eu le culot de me rétorquer qu'il est un homme, que « sa tête est constamment pleine de pensées », et que c'est pour ça que les tâches ménagères lui échappent. J'ai cru exploser. Parce que, si je le suis bien, il s'imagine que dans mon cerveau de femme, il n'y a aucune pensée ?
Je lui ai demandé : tu crois vraiment que je préfère passer l'aspirateur plutôt que de m'asseoir pour lire ? C'est là que j'ai compris que le père de mes enfants me considère, sur le plan cognitif, comme inférieure — moi et le sexe féminin tout entier.
Une forme de domination
Mon compagnon m'a lancé « tu es malade… » quand je lui ai expliqué que le fait de ne jamais aider en rien était un exemple flagrant de domination patriarcale.
Il ne s'est jamais donné de mal à la maison, parce qu'il savait que je m'occuperais de tout. Pourtant, quand nous nous sommes rencontrés, il vivait encore en colocation, et chaque fois que je montais chez eux, l'appartement était impeccable. Il partageait le logement avec un camarade de promo, et ils se répartissaient les tâches : chacun faisait sa vaisselle, chacun sa lessive, et ils alternaient le ménage chaque semaine. Un système qui fonctionnait.
Puis nous avons emménagé ensemble, et il s'est confortablement installé dans son fauteuil. Il m'est arrivé de rentrer et de trouver le pain déballé sur le plan de travail, le couteau à beurre et une assiette sale sur la table basse, des miettes et une serviette sur le canapé. Jamais il ne lui est venu à l'esprit de lancer une machine — il n'allait même pas jusqu'à mettre ses affaires dans le panier à linge. Il balançait tout par terre dans la chambre, en s'attendant à ce que je ramasse.
J'ai tenu deux mois à jouer les bonnes à tout faire, puis je me suis révoltée. Sa réponse ? C'était moi qui avais voulu qu'on emménage ensemble. Je lui ai dit que j'ignorais qu'il se transformerait en colocataire le plus paresseux de la planète, parce que l'homme que j'avais connu jusque-là n'était pas celui-là.
Quand il s'est justifié en disant qu'il me laissait les tâches ménagères parce que je les « faisais mieux », j'en ai eu assez et je suis partie. Je ne serai la femme de ménage de personne.
Pourquoi les hommes disent-ils qu'ils « ne pensent pas comme une femme » ?
Selon ce témoignage, il s'agit surtout d'une excuse commode pour éviter les tâches ménagères. Personne ne naît en sachant tout gérer : les femmes apprennent parce qu'elles y sont contraintes.
Qu'est-ce que la deuxième journée de travail ?
C'est le fait que, pour beaucoup de femmes, la vraie corvée commence en rentrant du travail : maison et enfants. Comme le raconte l'autrice, elle ne se détend vraiment qu'une fois la tête sur l'oreiller.
Que faire quand un partenaire refuse de partager les tâches ?
Dans ce récit, l'autrice a d'abord tenté de le lui faire remarquer et d'en discuter. Face à un refus persistant, elle a fini par prendre la décision radicale de partir.











