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Désolée, mais avec des prix pareils, je ne laisserai pas de pourboire en plus

Schuster Borka5 min de lecture
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Désolée, mais avec des prix pareils, je ne laisserai pas de pourboire en plus — Mode de vie
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Billet d'opinion : Schuszter Borka

Je n'ai jamais eu de problème avec le pourboire. Au contraire, pendant longtemps, ça me semblait parfaitement naturel : quand le service est bon, on laisse un petit quelque chose en plus. Pas une grosse somme, sans obligation, plutôt comme un geste.

Mais depuis quelque temps, quelque chose a changé dans toute cette histoire, et je ne pense pas que le problème vienne de moi. J'ai de plus en plus l'impression que le pourboire n'est plus un geste, mais une attente. Parfois même une étape presque automatique du paiement, sur laquelle je n'ai plus vraiment le choix.

Et pendant ce temps, une chose me revient souvent à l'esprit : en France, comme partout en Europe, les serveurs sont payés pour leur travail. Le pourboire n'est pas leur revenu de base, contrairement aux États-Unis, où le système s'est construit tout autrement. Là-bas, le pourboire n'est souvent pas un complément, mais une condition de survie.

Chez nous, en principe, ce n'est pas le cas. Et je trouve que c'est très bien ainsi. Le travail doit être rémunéré par l'employeur, ce n'est pas au client de « compléter » le système à chaque fois.

Le pourboire, chez nous, est censé être un extra. Une catégorie « si le cœur m'en dit ».

Sauf que l'expérience reflète de moins en moins cette idée

De plus en plus souvent, au moment de payer, je vois clignoter sur le terminal l'option pourboire à 10, 15 ou 20 %, alors que les employés ne sont même pas sortis de derrière le comptoir. J'ai commandé là, je récupère mon plat et ma boisson là, et je les porte moi-même jusqu'à ma table. Et c'est exactement ça qui a commencé à me déranger.

Ce n'est pas le fait d'avoir la possibilité de laisser un pourboire. C'est le sentiment croissant que je dois activement dire non à quelque chose que je ne considérais même pas comme obligatoire au départ. Et pendant ce temps, les prix ne cessent de grimper. Un simple repas ou un café représente déjà une dépense bien plus importante qu'il y a quelques années. Et dans ce contexte, le pourboire n'apparaît plus comme un petit geste, mais comme une couche supplémentaire sur une somme qu'il faut déjà réfléchir avant de dépenser.

Honnêtement : avec des prix pareils, je ne trouve pas toujours qu'il reste de la marge pour 10 à 15 % en plus.

Cette idée ne plaira peut-être pas à tout le monde. Mais la réalité, c'est que du côté du consommateur aussi, il y a une limite. Et si cette limite est repoussée en permanence, on arrive à un point où les gens vont tout simplement moins au restaurant, prennent moins souvent un café en chemin et font moins appel aux services.

Non pas parce qu'ils ne reconnaissent pas le travail qui se cache derrière. Mais parce que le coût total ne rentre plus dans le budget. Et c'est là, à mon sens, que le système finit par se contredire lui-même sur le long terme.

La restauration repose sur un équilibre très fragile. Il faut un client qui revient. Il faut du personnel qui fait le travail. Et il faut une tarification capable de relier les deux. Mais si le client développe le sentiment permanent que chaque paiement est une nouvelle « décision imposée », cela ne renforce pas forcément cet équilibre.

Personnellement, mon problème n'est pas que quelqu'un laisse un pourboire. Ni que quelqu'un le fasse avec plaisir. C'est tout à fait compréhensible qu'on exprime ainsi sa gratitude après une belle expérience.

Ce qui m'interroge davantage, c'est où se situe la frontière entre le geste volontaire et l'attente sociale. Et est-il vraiment judicieux de gratter encore une couche sur le client occasionnel, ou vaut-il mieux lui prendre un peu moins aujourd'hui pour qu'il revienne la semaine prochaine ?

Le pourboire est-il obligatoire dans un restaurant ?

Non. En Europe, les serveurs sont rémunérés par leur employeur, et le pourboire reste en principe un geste volontaire, pas une obligation. Il exprime la satisfaction après une bonne expérience.

Pourquoi le pourboire dérange-t-il de plus en plus ?

Parce qu'il glisse peu à peu du statut de geste à celui d'attente. Les terminaux qui proposent 10, 15 ou 20 % au moment du paiement donnent l'impression qu'il faut activement refuser quelque chose que l'on ne jugeait pas obligatoire.

Quel est le rapport entre la hausse des prix et le pourboire ?

Avec des repas et des cafés déjà plus chers qu'avant, le pourboire s'ajoute comme une couche supplémentaire à une dépense qu'on réfléchit déjà. Pour beaucoup, la marge pour donner 10 à 15 % de plus n'y est plus.

En quoi cela peut-il nuire à la restauration ?

Si le coût total devient trop élevé, les clients sortent moins souvent, prennent moins de cafés et font moins appel aux services. À long terme, cela fragilise l'équilibre dont dépend justement le secteur.

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