Article d'opinion — Barbara Dubois
Tout a commencé par une conversation anodine entre amis. On parlait de la façon dont chacun aide les personnes à la rue — quelques pièces, un sandwich, un café chaud. Puis le ton a changé. Ce qui semblait être un sujet simple s'est révélé être un vrai dilemme moral.
L'un de nous donne de l'argent sans hésiter, par principe de confiance. Un autre préfère acheter directement de la nourriture, pour être sûr que l'aide « serve à quelque chose ». Et puis il y a eu cette remarque, lancée naturellement par l'un des fumeurs du groupe : lui, ça ne le dérange pas de donner une cigarette quand on lui en demande une. La réaction ne s'est pas fait attendre. Quelqu'un a dit que c'était contraire à l'éthique. Et la discussion a vraiment commencé.
Pourquoi ce serait mal ?
L'argument est connu : le tabac est nocif, il crée une dépendance, et il ne rapproche en rien la personne d'une vie plus stable ou plus saine. Bien au contraire, il entretient une habitude coûteuse et destructrice. Difficile de contester cette logique. Si l'objectif de l'aide est de contribuer au mieux-être d'une personne, une cigarette semble être le dernier outil à sortir de la boîte.
Et pourtant, une autre voix s'est élevée dans le groupe, avec un angle radicalement différent. Quand on donne quelque chose à quelqu'un, on ne cherche pas à l'éduquer. On répond à une demande concrète, dans un moment précis. Et surtout : qui sommes-nous pour décider ce qui est un « bon » ou un « mauvais » choix dans la vie d'un autre adulte — même si cet adulte traverse des épreuves bien plus difficiles que les nôtres ?
Dès l'instant où l'on pose des conditions à notre aide, on installe une hiérarchie silencieuse : nous sommes ceux qui savent mieux.
Et franchement, cette idée me touche. Quelle est la sincérité d'une aide assortie de conditions implicites ? « Je te donne, mais seulement si tu en fais bon usage selon mes propres critères moraux. » D'autant que ces critères ne s'appliquent pas de la même façon à tout le monde. Moi, en tant qu'adulte, je peux librement choisir de fumer ou non. Pourquoi refuserais-je cette même liberté à quelqu'un, simplement parce qu'il est dans une situation plus précaire ?
Mais une cigarette n'est pas un besoin fondamental
Il est difficile de passer outre ce constat : une cigarette n'est pas de la nourriture, ni un vêtement chaud, ni des soins médicaux. C'est quelque chose qui nuit à long terme. Ce qui soulève une autre question : est-ce que toute aide doit nécessairement s'inscrire dans une logique de long terme ?
Parce que, soyons honnêtes, ce n'est pas toujours le long terme qui compte. C'est parfois l'instant. Une cigarette ne résout rien. Elle ne rapproche pas d'un logement, ne facilite pas la recherche d'un emploi, n'améliore pas la santé. Mais elle peut offrir autre chose, dans ces quelques minutes : un soulagement familier, un rituel rassurant, le sentiment que quelqu'un ne remet pas en question votre existence.
C'est peu. Et c'est beaucoup à la fois.
Un équilibre délicat entre empathie et valeurs
Je ne crois pas qu'il existe une seule bonne réponse à cette question. Chaque geste de ce type est un exercice d'équilibre — entre le bon sens, l'empathie et nos propres convictions. Entre ce que l'on juge utile et ce que l'autre ressent comme un signe de respect.
Ce qui est sûr, c'est que la façon dont on aide en dit souvent autant sur nous que sur la personne qu'on aide.
Peut-être que la vraie question n'est pas « est-ce éthique de donner une cigarette ? » mais plutôt : dans quel esprit le faisons-nous ? Avec condescendance, ou avec une humanité simple et sans jugement ? C'est là que se joue, finalement, l'essentiel.











