Article d'opinion : Barbara Dubois
L'idée a surgi dans mon fil d'actualité, comme souvent les pensées qui finissent par s'installer : et si on accordait à nos amitiés la même attention, la même intention et la même priorité qu'à nos relations amoureuses ? Au premier abord, ça m'a semblé excessif. Puis, plus j'y pensais, moins ça l'était.
Parce que si je suis honnête, mes amitiés ont souvent été les points d'ancrage les plus stables de ma vie — bien plus que certaines relations amoureuses. Une vraie amie traverse avec vous les années, les ruptures, les déménagements, les recommencements. Elle est là quand une histoire se termine, et encore là quand une autre commence. Et pourtant, j'ai tendance à la tenir pour acquise.
Dans une relation amoureuse, on fait des efforts. Dans une amitié, on laisse faire.
Dans une relation amoureuse, on organise des soirées, on fait attention à l'autre, on travaille sur le lien. Quand quelque chose ne va pas, on en parle. Quand on s'éloigne, on cherche à se retrouver. Dans une amitié, ce travail conscient est beaucoup plus rare. On se laisse porter : si on a du temps, on se voit ; sinon, on reporte, encore et encore, sans vraiment s'en rendre compte.
Pourtant, les amitiés ont elles aussi besoin d'être nourries. Peut-être même davantage, justement parce qu'elles ne reposent sur aucune obligation implicite. Une amitié peut s'effacer doucement, sans que personne ne réalise qu'il aurait fallu s'en occuper.
Alors oui, il y a quelque chose dans cette idée qui mérite d'être pris au sérieux. Commencer à traiter nos amis avec plus d'intention. Ne pas leur écrire seulement quand on a cinq minutes à perdre, mais leur consacrer du temps de façon délibérée.
Organiser des moments ensemble — des « rendez-vous » — qui ne sont pas les restes de notre agenda, mais des choix conscients.
Mais en avons-nous vraiment la capacité ?
Il faut être honnête : comme souvent, les réseaux sociaux ont un peu poussé cette idée trop loin. Parce que si on appliquait ce principe à la lettre, une question simple mais inconfortable se pose : en avons-nous vraiment l'énergie ?
Une relation amoureuse demande déjà beaucoup de temps et d'investissement émotionnel. Étendre ce niveau d'attention à toutes nos amitiés reviendrait à prendre un deuxième — voire un troisième — emploi à plein temps. Sans compter le travail, la famille, et cette chose très sous-estimée qu'est le besoin d'être seul, parfois.
Et puis, toutes les amitiés ne se ressemblent pas. Certaines sont profondes, quotidiennes, vitales. D'autres sont plus légères, moins fréquentes, mais tout aussi précieuses. Vouloir toutes les gérer avec la même intensité mènerait probablement davantage à l'épuisement qu'à des liens plus forts.
Le vrai objectif n'est donc peut-être pas de traiter nos amitiés exactement comme nos relations amoureuses. C'est plutôt de changer notre état d'esprit de base. D'y transposer certaines choses : l'attention, la conscience, la volonté de créer du temps plutôt que d'attendre qu'il se libère.
Ne plus tenir nos amis pour acquis
Et surtout : ne plus considérer ces liens comme allant de soi. On a facilement tendance à penser que les amis « seront toujours là ». Mais la réalité, c'est qu'eux aussi sont occupés, eux aussi changent, eux aussi ont besoin qu'on leur montre qu'ils comptent.
Pour moi, cette idée est devenue une sorte de rappel, pas une règle. Il ne s'agit pas d'élever chaque amitié au rang d'une relation amoureuse, mais d'y être un peu plus présent, un peu plus conscient.
La flamme ne s'éteint pas seulement dans les histoires d'amour quand on ne l'entretient pas. Elle s'éteint aussi dans les amitiés. On n'a peut-être pas à les gérer de la même façon — mais elles méritent, sans aucun doute, d'être traitées comme une priorité.











