Il y a un an, j'étais au plus bas, persuadée que je n’en sortirais jamais. J’ai traversé une période émotionnelle très difficile qui m’a vidée de toute énergie. Même si je n’ai jamais été en surpoids et toujours considérée comme mince, j’ai perdu beaucoup de poids à ce moment-là. Je ne faisais pas de régime ni plus de sport, je n’arrivais tout simplement pas à manger. Mes journées se résumaient à fumer, je dormais à peine la nuit, et le matin, je faisais juste assez d’efforts pour que le monde extérieur pense que je fonctionnais encore d’une certaine manière.
Ce qui m’a frappée, c’est que plusieurs personnes m’ont dit : « Tu as l’air tellement bien ! Quel est ton secret ? » « Merci, hier j’ai passé 8 heures à pleurer, et mon déjeuner était un latte à moitié bu » – j’aurais aimé pouvoir répondre ça.
Mais je suis restée silencieuse. Ce qui était choquant, c’est que les autres ne voyaient que ma minceur extrême, comme si c’était un succès en soi. Personne ne voyait que j’étais brisée à l’intérieur, que chaque bouchée me causait de l’angoisse, et que mon corps fonctionnait avec ses dernières réserves pour survivre. À cette époque, mon IMC était dangereusement bas – pourtant, pour beaucoup, c’était la silhouette « idéale ».
Un an plus tard, je pèse presque 10 kilos de plus. Mon poids est exactement celui que j’ai eu toute ma vie d’adulte, sauf pendant cette période critique. Mon IMC est maintenant parfaitement sain, mon corps est plus fort, et je me sens plus stable. Je peux à nouveau dormir, manger, rire. Et surtout : je me sens enfin moi-même.
Ce n’est pas pour dire que chaque jour est parfait. Et ce qui me fait le plus peur, c’est que parfois, en regardant une vieille photo, je me sens triste que mes jambes ne soient plus aussi fines qu’avant. C’est à quel point la société nous a profondément conditionnés à croire que l’« idéal de beauté » est ce qu’il y a de plus important.
C’est pourquoi je me rappelle consciemment aujourd’hui : ce corps était synonyme de douleur et d’épuisement. Et je ne veux plus jamais revenir à ce que je ressentais alors, quoi qu’il arrive.
La plus grande leçon de cette année et des réactions des autres, c’est que mon corps n’est pas un projet esthétique, mais mon foyer.
Perdre du poids parce qu’on est heureux, actif et en forme, c’est une chose. Mais quand la perte cache douleur, faim et insomnie, alors ce corps ne me sert plus, il travaille contre moi.
Aujourd’hui, je me vois autrement. J’essaie de mesurer mon bien-être non pas en kilos, mais en émotions. Ce qui compte, ce n’est pas ce que dit la balance, mais si je peux manger avec plaisir, retrouver de l’énergie pour voir mes amis, dormir paisiblement, et trouver de la joie dans le quotidien.
Je sais maintenant que le bonheur ne dépend pas de la taille de mon jean. Le vrai succès, c’est d’aller bien mentalement, de pouvoir se connecter aux autres, et de vivre en paix avec son corps. Ces 10 kilos en plus ne sont pas un fardeau : ils prouvent que je me suis reconstruite, que je sais prendre soin de moi, et que j’ai retrouvé l’appétit de la vie – au sens propre comme au figuré.
Alors si je devais choisir entre mon corps actuel, sain et heureux, et celui de l’an dernier, plus mince mais malheureux, le choix est évident.
Nous devons apprendre à placer notre monde émotionnel avant le physique, et mesurer le succès non pas en kilos, mais en santé mentale. Car au final, ce qui compte, ce n’est pas la finesse de nos jambes, mais la force et l’envie de parcourir le chemin qui nous attend.











