La solitude peut faire plus mal à deux que célibataire. Et personne ne nous prépare vraiment à ça.
Quand j'étais célibataire, tout le monde me plaignait. Alors qu'il n'y avait aucune raison. En revanche, quand je me débattais depuis des années dans une relation qui me rendait malheureuse, tout le monde m'enviait. Comment aurais-je pu me sentir seule aux côtés d'un fiancé beau et riche ? Voilà ce que personne ne comprend : j'ai été le plus malheureuse au moment précis où plus personne ne s'inquiétait pour moi.
Une solitude à deux
Quand j'étais seule et que je manquais de quelqu'un, je savais quoi faire. Il suffisait de sortir, d'appeler une amie, de vivre.
Mais j'étais complètement désemparée quand la solitude vivait avec moi dans notre « foyer conjugal ». Elle mangeait à la même table que moi. Elle dormait à côté de moi dans le lit. Elle portait une alliance au doigt. De cette solitude-là, il était terriblement difficile de trouver la sortie.
L'étranger
Le plus triste, c'était de regarder mon mari depuis l'autre bout de la pièce. Cet homme qui m'avait vue pleurer tant de fois, avec qui j'avais été jeune, qui connaissait ma famille et mon passé. Et pourtant, c'était devenu un étranger.
On se parlait, oui. Mais en dehors de « qui va chercher les enfants » ou « qui appelle le plombier », on ne se disait plus rien. Celui qui aurait dû me voir mieux que quiconque au monde, celui pour qui j'étais devenue invisible depuis longtemps.
La prise de conscience
Aujourd'hui, je peux le dire : je suis dépendante affective. Mais il m'a fallu de longues années douloureuses passées en couple pour l'admettre.
Ma meilleure amie adore être célibataire. Moi, cette seule idée me terrifie. Elle m'a toujours répété qu'être seule en couple est bien pire qu'être seule tout court. Je ne la croyais pas. J'avais tort.
Mon dernier compagnon me traitait comme si je n'existais pas, comme si j'étais transparente. Chaque journée passée ensemble me faisait mal, mais je n'osais pas partir, par peur de me retrouver seule. Finalement, c'est mon amie qui en a eu assez et qui m'a aidée à déménager. Trois semaines de « solitude » plus tard, je plongeais déjà dans une nouvelle relation. Avec le recul, je vois qu'elle avait raison : être avec mon ex était pire qu'être seule.
C'est pourtant simple
J'ai été seule en tant que célibataire, et j'ai été seule en tant que femme mariée. La seconde solitude était de loin la pire, parce que je cherchais la faute en moi.
La présence qui pèse
Quand je n'avais personne, je travaillais, je faisais du sport, j'allais spontanément boire un café avec des collègues ou faire la fête avec des amis. Chez moi, je me régalais devant mes séries. Bref, je ne manquais de rien. J'étais célibataire, mais je menais une vie riche, excitante, que je savourais.
Aux côtés de mon ex, en revanche, j'étais malheureuse. Le soir, je n'avais pas envie de rentrer, parce que sa seule présence me pesait. Il m'avait coupée de mes amis, et je ne me suis jamais sentie aussi seule de toute ma vie qu'à cette époque. Je ne comprends toujours pas pourquoi je ne suis pas partie plus tôt…
Un simple échange
Quand tu es seule, émotionnellement, tu ne reçois rien, mais tu ne donnes rien non plus.
Quand j'étais mariée, moi, je donnais. Je lavait, je cuisinais, je repassais pour lui. Je donnais de l'attention en écoutant ses plaintes du travail et ses soucis de famille. Je donnais du sexe et de la tendresse. Mais en retour, je ne recevais rien.
À la fin, j'avais l'impression d'avoir tout donné et qu'il ne me restait plus rien à l'intérieur. C'est ce vide qui était bien plus difficile à supporter que la simple solitude.
La batterie à plat
Célibataire, l'amour me manque un peu, mais seulement par petites touches : un baiser, une caresse douce, un câlin le soir sur le canapé.
Et le plus drôle, avec le recul, c'est que même en couple, je n'avais rien de tout ça. Je crois que durant la dernière année, on ne s'est pas embrassés une seule fois, on ne s'est jamais blottis devant la télé. On vivait simplement l'un à côté de l'autre, comme deux colocataires — ou plutôt deux étrangers — et pour une raison que j'ignore, aucun de nous n'arrivait à prononcer le mot « fin ».
Cause et effet
Quand tu n'as personne, tu rentres dans un appartement vide, tu manges seule, tu regardes tes séries seule. En bref, tu sais pourquoi tu te sens seule. La cause, c'est le célibat : on peut la nommer, on peut l'accepter.
Mais personne ne te prépare à ce que c'est que de se sentir seule dans un mariage. En tout cas, personne ne m'avait dit que l'endroit le plus solitaire au monde n'est pas un appartement vide, mais celui où vivent deux personnes qui ne s'aiment plus.
Pourquoi se sentir seule en couple fait-il plus mal que d'être célibataire ?
Parce que la solitude à deux s'accompagne souvent de culpabilité : on cherche la faute en soi. Célibataire, on peut nommer la cause de sa solitude et l'accepter, ce qui la rend plus facile à vivre.
Qu'est-ce que la dépendance affective selon ce témoignage ?
C'est la peur de se retrouver seule au point de rester dans une relation qui rend malheureuse. Dans ce récit, l'autrice est restée par crainte de la solitude, jusqu'à enchaîner les relations sans presque respirer.
Comment reconnaître qu'on est seule dans son couple ?
Quand les échanges se limitent à la logistique du quotidien, quand la tendresse et les gestes affectueux disparaissent, et qu'on se sent devenir invisible pour l'autre. On vit alors comme deux colocataires plutôt que comme un couple.
Vaut-il mieux rester ou partir dans ce cas ?
L'autrice raconte avoir attendu bien trop longtemps par peur de la solitude. Avec le recul, elle réalise qu'être avec son ex était pire que d'être seule, et regrette de ne pas être partie plus tôt.











