Ils ont grandi dans une autre réalité
Pour comprendre pourquoi la génération Z semble plus sensible aux yeux de beaucoup, il faut d’abord reconnaître qu’ils sont nés dans un monde totalement différent de celui des générations précédentes. Internet n’est pas pour eux une innovation technologique, mais un environnement naturel. Chaque jour, ils sont confrontés à une quantité d’informations et de défis que les générations antérieures ont rarement connus. Qu’il s’agisse du changement climatique, de la santé mentale, des injustices sociales ou des conflits armés, rien de tout cela ne leur est étranger.
En d’autres termes, même si on peut penser que les générations ayant vécu des révolutions ou des crises économiques avaient des « vrais » problèmes, la génération plus jeune reçoit en masse des raisons d’être inquiète.
Selon moi, cela ne signifie pas que la génération Z est devenue « susceptible », mais qu’elle voit clairement combien de choses ne vont pas dans le monde. Et elle refuse de faire semblant de ne pas le remarquer. C’est une bonne chose. Leur sensibilité n’est pas une faiblesse, elle vient souvent du fait qu’ils identifient et nomment des problèmes que les générations précédentes ont souvent ignorés, minimisés ou supportés en silence. Mais ce n’est pas avec cette attitude qu’on change les choses. Pour changer, il faudra la sensibilité de la génération Z.

Les limites de l’humour, ici et ailleurs
La génération Z et la culture woke sont souvent critiquées par des humoristes et des stand-uppeurs, accusés de tuer l’humour par leur trop grande sensibilité. Pourtant, les arguments du type « avant, on pouvait plaisanter » défendent souvent des visions insensibles, blessantes, sexistes ou racistes. Ces artistes ne semblent pas réaliser que le public ne rit pas parce qu’il est hypersensible, mais parce que ce qui est dit n’est pas drôle – juste un vieux stéréotype nuisible répété.
Daniel Sloss, maître de l’humour noir, explique dans un de ses spectacles : il n’y a pas de sujets tabous, seulement des sujets difficiles et sensibles, et des personnes qui ne les abordent pas avec respect.
Selon lui, le problème ne vient pas du sujet, mais de ceux qui tentent d’en faire une blague sans comprendre sa complexité, ses nuances, ni l’impact profond qu’un stéréotype peut avoir sur les personnes concernées.
Il affirme que si la blague montre de la compréhension et de la bienveillance envers ceux dont on parle, ce sont eux qui riront le plus fort. Il illustre cela avec un sketch de près de 5 minutes sur la catastrophe atomique d’Hiroshima, qu’il a présenté pour la première fois au Japon. Il pensait que si ceux qui pourraient être blessés par la blague pouvaient en rire, alors il pouvait la raconter ailleurs. Sinon, ce n’est pas à lui, humoriste écossais, de décider si la tragédie des autres est drôle.
Les membres de la génération Z s’engagent souvent plus fermement contre toutes formes de discrimination – sexisme, racisme, homophobie ou stigmatisation des maladies mentales. Leur prise de parole croissante n’est pas une simple sensibilité, mais un sens des responsabilités.
La différence n’est pas une erreur, mais une opportunité
Les différences générationnelles ont toujours créé des tensions. Mais au lieu de blâmer la sensibilité ou la froideur de l’autre, il serait utile de s’écouter. La sensibilité de la génération Z est à la fois un défi et une chance. Une chance de repenser ce qu’est une communication saine, une culture du travail et des relations humaines.
Peut-être que la question n’est pas de savoir qui est responsable que telle génération soit comme elle est, mais plutôt comment nous pouvons nous rapprocher et travailler ensemble pour un monde où chacun se sent en sécurité.











