J’ai longtemps cru que le mal de dos était un simple effet secondaire du travail sédentaire, un souci désagréable mais gérable. Un truc qu’on peut (littéralement) soulager avec une crème, récupérer en un week-end, ou « prendre au sérieux seulement si vraiment nécessaire ».
Mais quand ni la crème, ni les étirements doux, ni l’idée de « moins rester assise devant l’écran aujourd’hui » n’ont aidé, la situation a dégénéré. J’avais déjà eu deux blocages lombaires. Une fois en vacances, réglée en deux jours de repos et anti-inflammatoires. Une autre fois, il y a environ six ans, où j’ai dû recevoir une injection pour pouvoir bouger, suivie d’une semaine alitée. Je pensais que c’était fini, juste un pincement nerveux, la vie continuait.
Cette fois, la douleur ne venait pas du bas du dos, mais des fessiers et de l’arrière de la cuisse. La position assise me faisait mal, alors j’ai commencé à travailler debout, j’ai arrêté le sport, essayé de m’adapter « intelligemment » et, bien sûr, j’ai fait mon auto-diagnostic : c’était mon nerf sciatique qui posait problème. En partie vrai, mais ce que je ne savais pas, c’est que cette douleur n’était que le symptôme d’une hernie discale importante.
Je n’ai demandé une prescription pour de la kinésithérapie que lorsque tout avait vraiment empiré… et j’étais déjà en retard. Malgré les encouragements à améliorer la situation en quelques mois, juste après avoir commencé la physio, ma hernie a éclaté et j’ai dû être transportée aux urgences en ambulance. Quatre semaines alitée, une semaine de perfusions, puis l’attente de la chirurgie, après quoi j’ai aussi dû limiter mes mouvements pendant des mois.

Avant de penser que c’est un problème « de personnes âgées » comme moi, sache que mon compagnon de chambre à l’hôpital avait 26 ans, et qu’il ne faisait même pas un travail sédentaire. Il était le plus jeune, mais des adolescents sont aussi régulièrement opérés dans ce service. C’est là que j’ai compris que ce n’était pas qu’une question de malchance génétique :
Les hernies qui apparaissent de plus en plus tôt reflètent un vrai problème de société.
Le « héros du travail » ne gagne pas sur le long terme
Avec du recul, je vois clairement où j’ai failli : trop d’heures devant l’écran, trop peu de vraie récupération, et encore moins de renforcement musculaire ciblé. Les muscles profonds du tronc ne sont pas une question d’esthétique : ce sont eux, abdominaux et dorsaux, qui soutiennent la colonne vertébrale. Quand ils s’affaiblissent à force d’être assis (ou autre), ce sont les vertèbres et les disques qui prennent toute la charge.
J’avais déjà l’habitude de bouger pendant le travail, interrompant le télétravail par la cuisine, le linge, ou de courtes pauses, mais ce n’était clairement pas suffisant. Tout a commencé avec une vieille blessure à la cheville qui m’a fait adopter une mauvaise posture sans m’en rendre compte — ce que les images de ma colonne ont confirmé. Il est évident que si j’avais passé une IRM dès le premier pincement et commencé la kiné à ce moment-là, je n’en serais pas là aujourd’hui.
Ma plus grosse erreur a été de penser longtemps que je devais tout gérer seule. Quand j’ai passé des mois presque alitée et très dépendante, j’ai réalisé que la famille ne s’effondre pas sans moi. Tout le monde a aidé, a tenu la maison, et ma fille s’est révélée bien plus autonome que je ne le pensais. Cela a renforcé nos liens et changé quelque chose en moi.
Ce que j’ai appris sur mon corps après la chirurgie
Après l’opération, ma relation au travail et à mon corps a changé radicalement. J’ai compris que ce n’est pas la chaise la plus chère qui compte, mais éviter de rester toute la journée dans la même position. J’utilise déjà un coussin de rééducation et de coordination, et même si je suis bien au-delà de la chirurgie, je passe encore beaucoup de temps allongée sur le côté, un coussin entre les genoux. J’ai aussi décidé de varier mes postures de travail : je ne travaille plus seulement assise, mais aussi debout et allongée.

La kinésithérapie est devenue une habitude quotidienne. Pas parce que « je dois », mais parce que je ressens ses bienfaits. Trente à quarante-cinq minutes, je peux faire ça devant la télé ou en écoutant un livre audio, et après, j’ai vraiment l’impression d’avoir été rechargée. En plus, dans le cadre de ma rééducation, je fais trois à cinq séances individuelles par semaine, pour finir par des exercices de renforcement puis d’entretien que je pourrai continuer à vie pour préserver ma colonne.
J’ai abandonné les entraînements intensifs depuis longtemps. Pas parce que je ne voulais pas continuer, mais parce que j’ai compris que notre corps change et qu’il faut s’adapter. Pour l’instant, je préfère le sport à la maison, les promenades, les mouvements du quotidien. Ces activités prennent tout leur sens quand on ne peut même pas marcher pendant des semaines ! Si je retourne un jour en salle, ce sera avec beaucoup de conscience, toujours accompagnée d’un coach, à l’écoute de mon corps.
Ce que je te conseille d’adopter avant qu’il ne soit trop tard
La leçon la plus importante pour moi, c’est que la douleur n’est pas un ennemi, mais un signal. Si ton dos te fait mal, ce n’est pas une faiblesse, c’est un appel à l’aide. Peu savent aussi que l’hydratation des disques intervertébraux est cruciale : boire de l’eau n’est pas qu’une bonne habitude, c’est essentiel pour la santé musculo-squelettique.
On emmène notre voiture au garage dès qu’un voyant s’allume, mais avec notre corps, on attend souvent qu’il tombe en panne complète.
Après l’opération, je sais maintenant que ce n’est pas cher de prévenir — que ce soit en temps, en argent ou en attention. Le vrai coût, c’est la douleur, la dépendance, le temps perdu et la longue rééducation inévitable.











