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Le phénomène du hate-following : pourquoi tu suis chaque pas de ceux qui t’agacent

Élise Durand5 min de lecture
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Le phénomène du hate-following : pourquoi tu suis chaque pas de ceux qui t’agacent — Mode de vie
Dans cet article

Tu connais ce moment où, après une journée épuisante, tu t’affales enfin sur le canapé, tu fais défiler ton fil d’actualité, et là, paf, cette fameuse personne apparaît ? Tu sais, celle dont le style t’agace tellement…

Et pourtant, tu restes sur sa page. Tu regardes ses stories, tu lis les commentaires, et peut-être même que tu envoies ça à ta meilleure amie en disant « Regarde ce qu’elle fait encore ». Ce comportement s’appelle en psychologie le hate-following, ou suivi par dépit. Même si « haine » est un mot fort, je préfère parler d’une curiosité négative presque compulsive, dont l’impact reste destructeur.

Pourquoi on s’inflige ça, et pourquoi les autres nous le font ?

En tant que femmes, nos journées sont remplies d’attentes, et on vit dans une époque où les réseaux sociaux ne servent plus vraiment à rester en contact. Le monde en ligne est devenu une vitrine digitale où on se compare souvent sans même s’en rendre compte. Le hate-following est en réalité un mécanisme de coping inversé et étrange.

Quand on observe quelqu’un pour trouver ses défauts, on compense en secret nos propres insécurités.

Voir que cette « personne désagréable » lutte aussi, ou fait des choix qu’on juge mauvais, crée l’illusion qu’on est plus forts, plus stables, plus dignes.

Mais ce sentiment de « catharsis » est malheureusement faux. Les études montrent que cette consommation passive de contenu négatif augmente sournoisement notre stress et abîme notre estime de soi. Plus on dépense d’énergie à analyser quelqu’un qu’on n’aime pas, moins on a de temps et d’espace pour ce qui pourrait vraiment nous rendre heureux.

Femme assise sur un rebord de fenêtre en train d’utiliser son téléphone

Quand l’attention naît de la méfiance : l’« effet meilleure amie »

J’ai aussi vécu le fait de devenir cible (et pas toujours par jalousie). Plusieurs fois, des hommes en couple ont commencé à me draguer sur les réseaux. Au début, je ne comprenais pas leurs intentions, et je ne répondais pas souvent, mais je sentais qu’ils voulaient maintenir un « contact ».

Mon meilleur ami d’enfance m’a expliqué que peu importe ma réponse, réagir était déjà une invitation à continuer. J’étais naïve, mais j’ai testé : la seule stratégie qui marche face à ces avances non désirées, c’est l’ignorance totale.

Le plus surprenant, c’est que presque en même temps, les « espionnes » sont apparues : les copines des hommes m’ont ajoutée en quelques semaines.

Je les ai acceptées sans méfiance, n’ayant rien à cacher, et j’ai même raconté ces interactions à mon propre couple. Une de ces histoires m’a tellement appris que je suis devenue plus stricte sur qui j’accepte et à qui je réponds. Au lieu de clarifier la situation avec son partenaire, cette amie a pensé que c’était une bonne idée d’écrire à mon compagnon – nous avons alors bloqué tout le monde, refusant de participer à ce jeu d’un couple étranger.

Une autre fois, j’ai remarqué que cette amie (avec qui j’avais juste un contact poli) était toujours parmi les premières à voir mes stories. J’ai commencé à ressentir de la peine en apprenant que son partenaire avait tenté sa chance avec plusieurs femmes, et j’imaginais son désespoir. Finalement, j’ai fait un grand ménage dans mon fil d’actualité et je me suis séparée d’eux deux. Depuis, c’est calme et paix.

Jeune femme regardant à travers un volet

J’ai déjà été des deux côtés du miroir

J’ai été « espionne » et j’ai ressenti ce que ça fait d’être suivie par des gens dont je savais qu’ils ne m’aimaient pas. La première fois que je me suis surprise à m’énerver régulièrement à cause de quelqu’un, je me suis arrêtée et j’ai demandé : « Pourquoi ça me dérange autant ? » Je crois que quand quelqu’un nous dérange, c’est souvent parce qu’on a un « travail à faire » avec ce qu’il représente, car l’irritation cache souvent des conflits internes non résolus.

Dans mon cas, mon hate-following a révélé un simple fait : nos valeurs ont évolué dans des directions opposées au fil des années. Quand on s’est rencontrés, on avait des points communs, mais depuis, on est devenus très différents. Mon point de vue me convient, le sien aussi – et cette prise de conscience m’a libérée. Après ça, appuyer sur le bouton « se désabonner » n’a plus été douloureux.

Parfois, la technologie (ou le destin ?) a mis fin à la connexion. Une fois, je voulais juste couper le son pour ne plus voir ses posts, mais j’ai accidentellement supprimé cette personne de mes contacts Instagram. Elle pouvait toujours voir mes publications, mais pas moi les siennes. Après un certain temps, elle s’est désabonnée très vite, sans doute sans recevoir de notification. Que ce soit grâce à un ami commun à qui j’ai confié mon erreur, ou parce qu’elle a senti qu’elle en avait assez, ça restera un mystère. Mais l’essentiel est là : on a probablement tous les deux respiré un grand coup.

Au final, retenons ceci : notre attention est aujourd’hui la monnaie la plus précieuse. Tant qu’on s’énerve, d’autres profitent de notre temps irremplaçable. Veux-tu vraiment dépenser cette précieuse devise pour des personnes avec qui tu ne parlerais même pas dans la vraie vie ?

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