Il y a quelques années, je suis tombée sur un livre que, à première vue, je pensais éviter : un ouvrage de motivation un peu trop enthousiaste à mon goût. Jen Sincero et son livre Tu es une badass. Finalement, je l’ai lu – et il m’a laissé bien plus que ce à quoi je m’attendais.
Pas parce que je suis devenue une adepte de la manifestation à tout-va, mais parce qu’il posait une question simple, mais dérangeante : qu’appelle-t-on vraiment succès ?
Jusqu’à ce moment, le succès pour moi – comme pour beaucoup d’autres – se définissait presque uniquement par la comparaison. Par les chiffres, la reconnaissance, la place occupée face aux autres. Depuis l’enfance, on nous apprend ça : qui a la meilleure note, qui court le plus vite, qui a le plus de diplômes.
Le succès n’existe que par rapport aux autres, dans des relations comparatives.
Et c’est un terrain où il est presque impossible de gagner. Il y aura toujours quelqu’un qui gagne plus, touche un public plus large, avance plus vite, réussit plus visiblement ce que nous ne faisons pas.
Le livre donnait un exemple qui m’a particulièrement touchée. Jouer dans un groupe qui remplit des stades et tourne dans le monde entier, mais se comparer sans cesse à Metallica, c’est se condamner à ne jamais se sentir réussi. Pourtant, objectivement, on occupe une place que des millions de jeunes musiciens rêvent d’atteindre. Cette idée a résonné longtemps en moi.

Le succès mesuré à l’extérieur
J’ai compris que je définissais presque toujours mes succès par rapport aux autres. Où suis-je dans cette course ? Qui est devant moi ? Qui fait mieux ? Le problème n’est pas que regarder les réussites des autres puisse parfois inspirer, mais que cette mesure change constamment. Si on regarde toujours vers l’extérieur, notre succès ne sera jamais stable. Dans les moments les plus sombres, il ne nous donnera pas forcément la force de continuer, si on ne voit pas que ce qui nous fait avancer, c’est ce en quoi on croyait au départ.
Le vrai tournant est venu quand j’ai commencé à me poser d’autres questions. Pas « suis-je assez bonne ? », mais est-ce que je me sens bien dans ce que je fais ? Est-ce que j’aime mes journées de travail, pas seulement les résultats ? Ai-je dû faire des compromis sur ce qui compte pour moi ? Suis-je restée fidèle à moi-même ou ai-je juste essayé de répondre à une attente extérieure ?

Cela ne veut pas dire que mes doutes ont disparu ou que les chiffres ne comptent plus – je vis aussi d’un salaire, et oui, j’apprécie aussi les « résultats » traditionnels. Mais ces données extérieures ont trouvé leur juste place. Ce ne sont plus elles qui définissent mon estime de moi. Un projet qui ne rapporte pas un succès immédiat et spectaculaire n’est pas un échec. C’est peut-être juste une étape qui construit à l’intérieur, qui apporte de l’expérience, ou qui me rapproche de ce que je veux à long terme. Et parfois, c’est simplement un plaisir – ce qui n’est pas un détail quand on sait que notre temps est limité.
Ce changement de perspective m’a aussi beaucoup aidée dans ma vie privée
Je me compare moins au rythme, aux choix, aux étapes des autres. Je ne ressens pas que j’ai raté quelque chose parce que je suis à un autre endroit. Et c’est sans doute le plus beau cadeau qu’on peut se faire : ne pas se juger chaque jour avec des critères extérieurs.
Pour moi, le succès n’est plus un état à atteindre une fois pour toutes, mais une relation intérieure. Le sentiment de vivre ma propre vie, sans courir après celle de quelqu’un d’autre. Et ce succès-là – aussi cliché que cela puisse paraître – est bien plus durable que n’importe quel chiffre sur un graphique.











