J’ai toujours eu beaucoup d’amis garçons, et j’ai naturellement voulu qu’ils me considèrent comme leur égale. Maintenant que j’y pense, c’est triste de réaliser que j’ai dû me battre pour ça !
Adolescente, il était clair que je ne voulais pas être « la fille du groupe », celle à qui on applique des règles différentes. En général, ça marchait : on jouait, on débattait, on sortait ensemble, et on avait tous un avis bien tranché sur tout.
Nous avons grandi, mais nos conversations restent pleines de sous-entendus qui montrent que mes amis jugent souvent les femmes différemment. Ce n’est pas forcément contre moi (ou peut-être que je ne prends pas leurs paroles pour moi), mais plutôt une vision générale des femmes, souvent de leurs partenaires. Même si ces phrases sont souvent dites sur un ton humoristique, je vois clairement les vieux préjugés derrière. Depuis que j’ai lu Les Femmes Qui Souffrent, je remarque mieux ces petites phrases qui ne sont pas forcément malveillantes, mais qui restent très misogynes.
Ce qui me trouble aussi, c’est que je comprends le point de vue des hommes. J’entends souvent combien ils subissent d’attentes : être forts en permanence, gagner plus, ne jamais montrer de faiblesse, ne pas être trop sensibles, rester fiers. Ce sont aussi de vraies pressions pour eux. C’est pourquoi je crois que l’égalité ne concerne pas seulement les femmes, mais aussi les hommes. Ils vivraient mieux dans un monde où leur genre ne dicte pas ce qu’ils doivent ou peuvent faire.
« Pourquoi tant de haine envers les hommes ? »
Je ressens souvent que cette question sert à esquiver le sujet. Comme si défendre l’égalité des femmes était une sorte de revanche. En réalité, il s’agit de liberté pour tous. Les hommes souffrent aussi des attentes sociales : qu’ils doivent toujours être forts, que demander de l’aide est mal vu, ou que leur valeur dépend de leur voiture. Une fois, un ami s’est tu soudainement quand j’ai évoqué que les normes patriarcales oppressent aussi les hommes…
« Le féminisme n’est plus nécessaire »
Cette phrase sonne comme une tape dans le dos : « Bravo les filles, tout va bien maintenant ! » Mais la réalité est différente. Il y a toujours des écarts de salaires, du travail invisible à la maison, des blagues sexistes qui reviennent dans les médias, et peu de femmes en politique ou dans la vie publique.
Pour ne pas rester abstraite : j’ai entendu dire qu’au travail, on attendait automatiquement d’une collègue qu’elle organise les anniversaires ou décore le bureau à Noël, juste parce qu’elle est une femme. Ces petites choses montrent bien que tout n’est pas réglé.
« Crois-moi, les hommes ont aussi leurs problèmes »
C’est vrai, mais ça ne contredit pas ce dont on parle. Personne ne nie que les hommes ont des difficultés. C’est intéressant : on ne débat pas du fait qu’un homme puisse souffrir. Le problème, c’est que dès qu’on parle des problèmes des femmes, on entend souvent : « Tu veux dire que les hommes ont tout facile ? » C’est un exemple parfait de déni. Au lieu de s’écouter, la conversation devient un concours.
« Les hommes ne sont pas faits pour la monogamie »
J’ai souvent entendu cette phrase, souvent sur le ton de la blague, comme si c’était un fait biologique qu’on doit accepter. Les hommes aiment laisser entendre que c’est naturel pour eux de « regarder ailleurs », parce que « c’est dans leur nature ». Mais si une femme vit une vie similaire — avoir plusieurs relations ou aimer sortir avec plusieurs personnes — elle est vite jugée comme facile, peu fiable, ou « pas faite pour être mère ».
Le double standard est clair : ce qui est cool et toléré chez un genre est honteux chez l’autre. Pourtant, la fidélité ou le désir de liberté ne dépendent pas du genre, mais du type de relation, des besoins et des valeurs de chacun.
« Les hommes sont simplement mieux faits pour diriger »
C’est peut-être l’argument le plus difficile à contester pour ceux qui y croient, car on voit effectivement plus d’hommes à des postes de direction. Mais cela ne prouve pas qu’ils sont plus compétents, et plusieurs études montrent le contraire. Le double standard est aussi là : un homme dans cette position est vu comme déterminé et respecté, tandis qu’une femme est jugée froide et carriériste, accusée d’avoir sacrifié sa famille par égoïsme. Un homme est un leader « ferme », une femme est une « harpie » insupportable. Pourtant, les qualités d’un bon leader ne dépendent pas du genre. Voir tant de femmes talentueuses bloquées à des niveaux inférieurs est injuste et une perte pour nous tous.
« Qu’elle soit heureuse avec lui, quel autre homme lui pardonnerait ça ? »
J’ai entendu ça récemment à propos d’une amie. Elle est maman, mais n’a pas renoncé à sa liberté : elle va parfois à des festivals, fait des randonnées, ose même se prévoir des sorties le week-end. Pas parce qu’elle serait une mauvaise mère, mais parce qu’elle sait qu’elle a besoin de ces moments pour se ressourcer. Son mari, plutôt casanier, la soutient pleinement.
Quand on en parlait, un ami a plaisanté : « Qu’elle soit contente d’avoir attrapé un gars comme ça, parce qu’un autre homme ne lui pardonnerait pas. » Cette phrase, même si c’était pour rire, cache une attente : qu’une femme doit toujours s’adapter, rester à la maison, ne pas « dépasser » — alors que les hommes continuent naturellement leur vie comme avant après avoir fondé une famille.
Quand j’entends ces phrases sortir de la bouche de mes amis, je ressens à la fois de la tristesse et de l’espoir. Tristesse de voir combien les vieux préjugés persistent lentement. Et espoir, car chaque débat, chaque phrase dévoilée est une chance de changer leur regard sur le monde, tout en leur faisant comprendre notre point de vue.
Nous ne devons pas nous contenter de ce qui est « assez bien » ! Nous devons cela à nos ancêtres qui ont gagné pour nous des droits essentiels : le droit de vote, d’héritage, de contracter, de divorcer, d’étudier à l’université ou d’accéder à la contraception... Aucun de ces droits n’était acquis il y a seulement 100 ans !











