Bouffées de chaleur, irritabilité, sécheresse vaginale – voilà ce qui nous vient à l’esprit quand on parle de la ménopause. Pourtant, le début du parcours est souvent bien plus subtil. Les symptômes de la périménopause s’installent souvent en douceur : brouillard mental, sécheresse oculaire, démangeaisons aux oreilles, douleurs articulaires, anxiété… Et comme ils ne crient pas « changement hormonal ! », beaucoup de femmes ne font pas le lien avec cette étape de leur vie.
La périménopause est la période de transition avant la ménopause, quand le taux d’œstrogènes commence à baisser – ou à fluctuer de manière imprévisible avant de chuter définitivement. Cela peut débuter jusqu’à 4 à 10 ans avant les dernières règles. Une période assez longue pour ne pas avoir à la traverser « les dents serrées ». Le plus compliqué, c’est que beaucoup de femmes ne savent pas exactement quand elles entrent dans cette phase.
« La périménopause n’a pas de définition aussi claire que la ménopause elle-même », explique le Dr Karen Adams, directrice du programme ménopause et vieillissement sain à Stanford Medicine, dans SELF.
Sans test spécifique, les médecins se basent souvent sur les symptômes, ce qui peut facilement prêter à confusion avec d’autres problèmes.
Pourquoi autant de symptômes bizarres ?
Tout revient à l’œstrogène. Ce hormone a des récepteurs dans le cerveau, la peau, le cœur, les os – presque partout. Quand les ovaires en produisent moins, tout le corps réagit, explique le Dr Fatima Naqvi, gynécologue et responsable santé féminine au Atlantic Health System du New Jersey. C’est pourquoi la périménopause peut provoquer une multitude de symptômes très différents, et de façon très individuelle : certains à peine perceptibles, d’autres plus lourds à porter.
« La périménopause et la ménopause sont uniques pour chaque femme », insiste le Dr Adams. Voici les signes qui montrent que vous êtes dans cette phase.
1. Brouillard mental
Vous cherchez un mot qui vous échappe ? Vous oubliez pourquoi vous êtes allée à la cuisine ? Les troubles de mémoire et de concentration surprennent beaucoup de femmes. Selon le Dr Adams, certaines patientes craignent une démence précoce, alors que jusqu’à 60 % des femmes vivent des changements cognitifs à ce moment-là. L’œstrogène influence les neurotransmetteurs qui régulent la mémoire, l’humeur et le sommeil. Les fluctuations hormonales peuvent provoquer oublis, confusion et pensées désordonnées. Si vous avez aussi des bouffées de chaleur, ce brouillard peut être plus intense, en partie à cause des troubles du sommeil.

2. Troubles du sommeil
Près de la moitié des femmes en périménopause souffrent de mauvais sommeil. Cela peut être des difficultés à s’endormir ou des réveils en pleine nuit – par exemple vers 3 heures du matin, avec anxiété ou une vigilance étrange.
« Beaucoup s’endorment sans problème, puis se réveillent soudainement en pleine forme », explique la psychiatre Dr Karen Horst.
Le déclin de la mélatonine, le stress accru et l’impact de l’œstrogène sur la régulation thermique – qui cause bouffées de chaleur et sueurs nocturnes – jouent un rôle.

3. Anxiété et sautes d’humeur
Irritabilité, impatience, hypersensibilité – beaucoup attribuent cela à leur situation de vie. Et c’est compréhensible : la quarantaine est souvent une période intense. « Travail, enfants, parents âgés, deadlines, crise climatique, politique… on nage dans une soupe de cortisol », résume le Dr Adams. Mais les fluctuations d’œstrogènes peuvent amplifier l’anxiété et même déclencher des troubles de l’humeur.

4. Douleurs articulaires et musculaires
Vous avez mal aux jambes le matin ? Tout tire après le sport ? Vous n’êtes pas seule.
Plus de 70 % des femmes en périménopause ressentent des douleurs musculo-squelettiques, selon les études.
L’œstrogène agit aussi sur le collagène et les articulations. Quand son taux baisse, inflammation, raideur et douleur peuvent apparaître – d’où la fréquence accrue de l’épaule gelée à cette période.

5. Cheveux, peau et yeux secs
« En fait, tout devient sec », explique le Dr Adams. Peau, cheveux, yeux, bouche, vagin – autant de zones dépendantes des œstrogènes. La sécheresse oculaire peut surprendre, pourtant les hormones féminines participent à la formation du film lacrymal protecteur. Pas étonnant que les femmes de plus de 50 ans souffrent presque deux fois plus de sécheresse oculaire que les hommes.

6. Démangeaisons aux oreilles
Oui, vraiment. La peau du conduit auditif est fine et sensible, et la baisse d’œstrogènes la dessèche facilement.
« Les variations d’œstrogènes peuvent aussi modifier le pH de la peau, ce qui augmente les démangeaisons », explique le Dr Sameena Rahman.
Les experts déconseillent fortement les cotons-tiges – quelques gouttes d’huile d’olive ou minérale peuvent aider.

7. Palpitations
L’œstrogène aide à réguler le rythme cardiaque et le cholestérol, donc les fluctuations hormonales peuvent provoquer des palpitations – même chez des femmes en bonne santé. « Beaucoup pensent faire une crise cardiaque ou une attaque de panique », explique le Dr Adams. Ce n’est pas forcément dangereux, mais il vaut mieux consulter.

8. Douleur pendant les rapports sexuels
Le vagin est très sensible aux œstrogènes. Leur baisse le rend plus sec et moins élastique, ce qui peut causer douleur, micro-lésions et même infections urinaires plus fréquentes. Un traitement local à base d’œstrogènes est souvent très efficace.

Que faire ?
Si vous êtes dans la quarantaine et que vous sentez que « quelque chose cloche », parlez-en à un médecin, conseille le Dr Naqvi. Sachez que tous les gynécologues ne sont pas experts en ménopause, il faut parfois chercher un peu pour trouver le bon spécialiste. Après examen, une thérapie hormonale substitutive peut être envisagée, qui, contrairement aux idées reçues, est aujourd’hui considérée comme sûre si commencée avant 60 ans ou dans les 10 ans suivant la ménopause.
Le mode de vie compte aussi beaucoup :
- arrêter de fumer
- bouger régulièrement
- traiter spécifiquement les symptômes (sommeil, sécheresse oculaire, anxiété)
« La périménopause n’est pas quelque chose à craindre », souligne le Dr Adams. « C’est plutôt une occasion de vous recentrer sur vous-même, votre santé et vos besoins. »











