Récemment, Pankotai Lili a déclaré dans une émission que, selon elle, les victimes de violence conjugale ne peuvent pas être considérées comme de véritables victimes, car elles ont la possibilité de demander de l’aide. Cette affirmation a déclenché un vif débat, et ce n’est pas un hasard : ce genre de pensée déforme la réalité et creuse encore plus les blessures que portent déjà les personnes maltraitées.
Cette phrase reflète un récit dangereux, mais malheureusement courant : la victime serait « responsable » de sa situation parce qu’elle ne s’en sort pas à temps, ne demande pas d’aide, ou parce qu’elle « choisit de mauvaises personnes ». Cette façon de penser déforme gravement la réalité. La violence conjugale n’est pas une question de choix. Ce n’est ni une faiblesse, ni un manque de « bon sens ». C’est plutôt un réseau psychologique, émotionnel et social (ou son absence) dont il est très difficile de s’échapper – surtout quand on entend sans cesse qu’on est fautif.
La maltraitance ne commence jamais par une gifle. C’est souvent un processus lent et insidieux où l’agresseur détruit petit à petit la confiance en soi de l’autre, l’isole de ses amis et de sa famille, et lui fait croire qu’il ne vaut rien sans lui. Ce type de manipulation est invisible. Pas toujours de bleus, pas toujours de cris – souvent juste des remarques silencieuses, la peur de l’humeur de l’autre, et cette incertitude constante : « c’est sûrement ma faute ».

Quand on vit cela pendant des mois, des années, voire des décennies, on ne lutte plus seulement contre l’agresseur, mais aussi contre une image de soi déformée – surtout si on vient d’un milieu où personne ne l’a aidé à se construire. Lui dire alors « pourquoi tu ne pars pas ? » revient à crier à une personne qui se noie : « pourquoi tu ne nages pas jusqu’au bord ? »
Pankotai Lili a aussi affirmé que, selon elle, les victimes « cherchent » souvent des partenaires violents. Il est vrai que certaines femmes (et hommes) se retrouvent à plusieurs reprises dans des relations similaires. Mais ce n’est pas un choix. Ces schémas répétitifs sont souvent liés à des traumatismes précoces, des maltraitances ou des négligences durant l’enfance. Si on ne nous a jamais appris enfant ce qu’est une relation sûre et aimante, si l’amour a toujours été associé à la douleur, au contrôle ou à la peur, il est plus difficile à l’âge adulte de reconnaître les signes de maltraitance. Ce sont donc des victimes, pas seulement de leur partenaire violent, mais aussi d’agresseurs passés.
Bien sûr, certaines réussissent à s’en sortir. Elles puisent leur force quelque part, reçoivent de l’aide, ou trouvent un jour le courage. Mais cela ne signifie pas que les autres ne veulent pas s’en sortir. En Hongrie, demander de l’aide n’est pas aussi simple qu’on pourrait l’imaginer depuis un confortable fauteuil de studio télévisé. Une femme ne va pas simplement au commissariat, car on ne la croit souvent pas. Elle ne trouve pas un centre d’urgence du jour au lendemain, car ils sont rares. Et son médecin généraliste ne prescrira pas automatiquement un psychologue ou une protection – le système n’est pas prêt. Peut-être parce qu’on ne le juge pas assez important. Après tout, un récit comme celui de Pankotai Lili suggère que seules certaines victimes méritent d’être aidées...
La responsabilité n’appartient jamais à la victime. C’est elle qui survit. Qui essaie chaque jour de ne pas se briser. Qui a peut-être fini par croire que c’est la norme, et qui tente d’exister entre honte, peur et solitude. Sa situation ne se résout pas avec des « bons conseils » ou des jugements simplistes.
Ce dont elle a surtout besoin, c’est d’empathie, de compréhension et d’un soutien discret. Parce que quand quelqu’un ose enfin dire : « j’ai besoin d’aide », ce n’est pas un jugement qu’il faut, mais la certitude qu’il n’est pas seul.











