Il se demandait, poursuit l’auteur, quand les politiques prendront des décisions favorisant le modèle traditionnel où le père travaille et la mère élève les enfants à la maison. Selon lui, cela rétablirait la dépendance mutuelle, et l’équilibre familial reviendrait, donc les femmes auraient plus d’enfants.
J’ai senti un frisson me parcourir la nuque. Ce modèle ne rétablirait la « dépendance mutuelle » que dans un seul sens. Il placerait les femmes dans une dépendance financière, où elles auraient plus d’enfants non pas parce qu’elles le souhaitent, mais parce qu’elles n’auraient plus le choix.
Cela pourrait certes augmenter la population, mais à quel prix, et surtout, à qui cela profiterait-il si les enfants naissent par contrainte ?
Cependant, si la baisse démographique devient vraiment un problème, je pense qu’on peut prendre des mesures politiques pour encourager la parentalité, mais jamais la forcer.
Si nous voulons vraiment que les femmes aient plus d’enfants en toute sécurité et avec joie, trois choses fondamentales doivent changer : le partage du travail, le système de santé et la reconnaissance sociale.
Un partage plus équitable du travail à la maison et au travail

Un des plus grands freins pour les femmes à avoir des enfants est l’expérience que l’enfant apporte non seulement de la joie, mais aussi une charge disproportionnée – surtout pour les mères. Il est encore fréquent que les femmes soient responsables principales du ménage et de l’éducation des enfants tout en travaillant à temps plein. Les hommes, même bien intentionnés, « aident » souvent comme s’il ne s’agissait pas d’une responsabilité partagée.
Un vrai changement viendrait si les normes sociales soutenaient que les pères restent aussi naturellement à la maison avec un enfant malade que les mères, ou qu’ils prennent aussi un congé parental prolongé.
Pour cela, il faut changer non seulement la culture du travail, mais aussi sensibiliser dans l’éducation, les médias et le cadre juridique : avoir des enfants est une responsabilité commune. Si une femme voit qu’elle ne sera pas seule dans la logistique quotidienne et qu’elle n’aura pas à se battre pour chaque présence paternelle, elle sera plus encline à avoir plus d’enfants.
Un système de santé fiable et centré sur l’humain

Une autre peur fondamentale qui freine les femmes à avoir des enfants est l’état du système de santé. Avoir un enfant – et l’élever – est un défi, même quand tout se passe bien. Mais quand une simple visite chez le pédiatre nécessite des jours d’appels, d’incertitudes et d’imprévus, ce n’est pas seulement un désagrément – c’est une atteinte à la sécurité parentale.
Sans parler du fait que, souvent, à l’hôpital, ni des soins dignes ni un traitement humain ne sont garantis. Les mères passent souvent leurs nuits assises sur une chaise, les familles doivent souvent apporter elles-mêmes le matériel nécessaire, et le manque d’informations est fréquent.
Si une femme savait que, quoi qu’il arrive à son enfant, elle ne ferait pas face à un système impersonnel et défaillant, mais à une alliance transparente et soutenante, elle déciderait beaucoup plus facilement : oui, je veux un autre enfant.
La reconnaissance sociale des compétences des mères

Peut-être le facteur le moins tangible, mais l’un des plus importants : la valorisation des mères. Dans notre société, la maternité est souvent à la fois idéalisée à l’excès et dévalorisée. On attend de la mère qu’elle soit experte en tout, dévouée, toujours disponible et parfaite – tout en la critiquant constamment sur sa manière de faire. Si elle travaille, on lui reproche de ne pas être avec son enfant. Si elle reste à la maison, on lui reproche de ne pas travailler. Si elle fait dormir l’enfant, on lui reproche de ne pas le laisser pleurer. Si elle le laisse pleurer, on lui reproche de manquer de cœur.
Un vrai changement social viendrait si nous reconnaissions que les mères sont compétentes.
Elles connaissent le mieux leur enfant et sont capables de prendre de bonnes décisions – si on les laisse faire. Notre rôle n’est pas de remettre en question chaque choix, mais de les soutenir et d’accepter que si nous leur confions la génération future, nous devons aussi leur passer le relais. Ne pas interférer dans leurs décisions tout en attendant qu’elles assument la responsabilité à la place des donneurs de leçons.











