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Le mouvement américain dont les femmes actives chez nous auraient aussi besoin – avant de craquer complètement

Barbara Dubois4 min de lecture
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Le mouvement américain dont les femmes actives chez nous auraient aussi besoin – avant de craquer complètement — Famille
Tribune : Schuszter Borka

Ces derniers temps, je croise de plus en plus une initiative qui a commencé à se répandre aux États-Unis sous le nom « Out of Office for Care ». Le principe est simple, mais étonnamment radical : les salarié·es – surtout les femmes – annoncent ouvertement à leur travail et à leurs collègues quand ils ont des responsabilités de soin.

Au lieu des réponses automatiques habituelles et polies, leurs e-mails d’absence affichent des phrases comme « je ne suis pas disponible car j’ai accouché, mais à cause du système de prise en charge, je reviendrai probablement avant d’être prête » ou « je ne lis pas mes mails car je suis à l’hôpital avec ma mère, mais je répondrai ce week-end car je ne peux pas me permettre de m’absenter plusieurs semaines ».

Ce mouvement vise à rendre visible ce travail souvent caché lié à l’éducation des enfants, aux soins aux personnes âgées ou simplement à l’organisation de la vie familiale.

Au premier abord, on pourrait penser que c’est un problème typiquement américain. Là-bas, où le congé maternité payé n’est pas toujours garanti, l’impact d’une absence au travail est bien différent. Depuis la Hongrie, on peut se dire que c’est au moins réglé ici. Et en effet, le système garantit que les parents – surtout les mères – peuvent rester à la maison après la naissance de leur enfant.

Une mère essaie de travailler de chez elle, sa petite fille sur les genoux

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Au contraire, c’est peut-être là que tout commence vraiment.

Quand on retourne au travail, on fait face à un autre défi, moins visible. Les maladies des enfants, l’adaptation à la crèche, la logistique, l’organisation constante – ce sont des tâches qui retombent souvent sur les mères. Les arrêts maladie, la coordination des rendez-vous, la question « qui va le chercher aujourd’hui » ne sont pas répartis équitablement, même si la responsabilité est officiellement partagée.

Et pendant qu’on gère tout ça, une autre mission, peut-être encore plus lourde, nous pèse : faire ses preuves. Prouver qu’on peut être aussi performant·e. Qu’on ne représente pas un risque. Qu’on est fiable. Parce que sinon, on peut vite être exclu·e des projets importants, manquer des opportunités, et disparaître discrètement en arrière-plan.

C’est pourquoi beaucoup préfèrent ne rien dire. On gère. On s’adapte. On organise. On se lève un peu plus tôt, on se couche un peu plus tard. On jongle discrètement entre deux – voire trois – « postes ». Et on fait comme si ce n’était pas si lourd.

Récemment, j’ai eu une réunion pour un potentiel travail. On a commencé à parler des délais et des réunions en présentiel. Tout le monde semblait très flexible – du moins sur le papier. « On s’adaptera », « on verra », « selon les besoins ». Et en écoutant ça, j’ai senti la tension monter en moi.

Femme active prenant son petit-déjeuner, buvant un café et se maquillant devant le miroir avant de partir travailler

Parce que je savais exactement ce que cela signifiait dans la réalité.

J’ai fini par dire : ça ne va pas marcher pour moi comme ça. J’ai un enfant. Je dois pouvoir être là pour lui. Ses besoins ne sont pas « flexibles ». Si je ne connais pas mon planning à l’avance, je ne peux gérer cela qu’avec un énorme stress et une charge mentale constante. Et je ne veux pas.

L’équipe a finalement promis de travailler avec des rendez-vous planifiés à l’avance, sans changements de dernière minute. Je ne sais pas encore si ce sera vraiment le cas. Mais je sais que cette phrase – « ça ne va pas marcher pour moi comme ça » – a déclenché quelque chose d’important en moi.

C’est peut-être exactement ce dont on aurait besoin ici aussi. Pas forcément un mouvement, mais cette forme d’honnêteté que porte « Out of Office for Care ».

Dire clairement : le soin est un travail. Du temps, de l’énergie, de l’organisation. Ce n’est pas quelque chose qu’on doit gérer en coulisses, invisiblement.

Tant qu’on ne le dira pas, rien ne changera. Et nous continuerons à porter seuls un poids qui ne devrait pas l’être.

Il est peut-être temps d’exiger que ce ne soit plus pris à la légère par les autres. Après tout, c’est un pays qui se dit « famille-friendly » – du moins on aime le dire. Il est temps de donner un vrai sens à ces mots.

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