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Années qui filent et jours qui traînent : Apprivoiser les blessures liées au temps qui passe

Élise Durand6 min de lecture
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Années qui filent et jours qui traînent : Apprivoiser les blessures liées au temps qui passe — Mode de vie
Dans cet article

« Une année de plus déjà ? » En 2025, j’ai travaillé sur mes blessures liées au passage du temps.

Au début de l’année, je me suis surprise à revenir sans cesse au même sujet dans mes conversations, que ce soit dans mon cercle de femmes ou lors d’ateliers familiaux : le temps qui passe. Ce sentiment d’avoir encore dépassé une étape (que je ne voulais pas franchir), de perdre le contrôle, ou que le temps file trop vite, est trop impitoyable, trop définitif. Je ne savais pas encore que cette année m’apporterait non seulement des pertes concrètes, mais aussi une nouvelle façon d’appréhender le temps lors de l’anniversaire suivant.

Quand les années qui s’en vont prennent forme

Mon anxiété face au temps s’est cristallisée dans une situation très précise : la présence de mon petit chien vieillissant et grisonnant. Mois après mois, il avait besoin de plus d’attention, de médicaments, de soins, et je ressentais constamment que « encore un jour de passé », un jour que je ne récupérerai jamais avec lui. Je pouvais presque toucher le temps qui s’enfuyait, chaque instant non pleinement vécu devenait une perte. Je faisais de mon mieux pour être présente, pour garder en mémoire nos promenades de plus en plus rares, nos après-midis calmes, nos gestes familiers.

Je me suis presque entraînée à faire face à la fin.

À tel point que lorsque « ce jour » est arrivé, j’ai pu accueillir la fin comme une vieille connaissance attendue. À la fois prévisible et totalement inattendue. Avec une conscience froide, j’ai accepté les faits, même si tout en moi se brisait. C’est là que j’ai compris que le passage du temps ne fait pas seulement mal au moment de la perte (et longtemps après), mais bien avant aussi : dans l’absence anticipée, dans le deuil du futur.

Vieux teckel reposant

Les traumatismes sont souvent liés à des pertes tangibles, mais le temps qui passe peut aussi amplifier un autre type de manque. Par exemple, quand tu regardes en arrière à ton anniversaire ou en fin d’année et que tu te demandes : « qu’ai-je fait ces 12 derniers mois ? » Si tu ne vois pas de progrès, il est facile de ressentir que ta vie file sans toi, que tu es plutôt spectateur que participant actif capable d’influencer quoi que ce soit.

Pourquoi notre perception du temps se déforme-t-elle ?

Pour comprendre ce qui se passe en moi, j’ai commencé à m’intéresser au fonctionnement de notre perception du temps. J’ai découvert que le terme même de « perception du temps » est trompeur, car notre cerveau ne capte pas le temps directement. Il n’y a pas de « particules de temps » comme pour la lumière ou le son. Le cerveau déduit le temps à partir des changements.

Nous estimons le temps écoulé en comptant ce qui nous est arrivé. Plus il y a de stimulations, d’événements, d’émotions, plus une période semble longue rétrospectivement. C’est pourquoi les témoins d’accidents racontent souvent que le temps s’est ralenti : une attention intense crée des souvenirs « denses » qui, en y repensant, « allongent » le moment vécu. Par exemple, je me souviens encore parfaitement de ma grosse chute de cheval enfant. Je revois la peur, le cheval qui saute sur le côté, et moi qui tombe « lentement » sur le dos, presque palpable, avant de chercher mon souffle pendant plusieurs minutes.

Pourquoi les années filent alors que les jours traînent ?

Il est important de distinguer comment on mesure le temps après coup, et comment on le vit sur le moment. Quand on attend dans une salle d’attente en regardant l’horloge, le temps semble infini. Mais quand on est absorbé par une tâche qui demande de l’attention – pas forcément amusante, juste prenante –, le temps file. Cela explique ce paradoxe étrange que nous ressentons souvent :

Les journées de travail sont interminables, mais les années passent en un clin d’œil.

En plus, enfant, tout est nouveau : la première journée à la maternelle, le premier amour, la première dispute avec des amis, puis le premier emploi. Ces expériences laissent des traces riches dans la mémoire, alors qu’à l’âge adulte, nos journées deviennent souvent routinières. La routine est rassurante pour le cerveau, mais aussi ennuyeuse : le moment ralentit, mais l’habitude laisse moins de traces profondes – et rétrospectivement, les années semblent s’évaporer.

Portrait d’une femme lors d’une froide nuit d’hiver

Peut-on apprivoiser le temps ?

Je ne peux pas encore dire que j’ai complètement fait la paix avec mes blessures liées au temps qui passe, mais je commence à le voir comme un cadre. J’ai le sentiment que le temps – aussi dur qu’il paraisse – est une construction humaine. Ce n’est pas un grand réconfort face aux pertes, mais ça m’aide à changer de regard sur les traumatismes liés à la finitude.

Lors d’une méthode thérapeutique d’introspection, j’ai vécu une expérience particulièrement forte qui m’a aidée dans ce processus. Dans un exercice de groupe, chacun travaillait sur son propre traumatisme, sans savoir ce que les autres projetaient sur nous (et vice versa). Mon « choisi » représentait un proche aimé dont je craignais la perte. Pourtant, où qu’il aille, il veillait sur moi, revenait toujours vers moi. Je commençais à me sentir apaisée, comme si ce sentiment étrange de perte se dissolvait, quand soudain quelqu’un s’est placé droit entre nous, et nous ne pouvions plus nous voir clairement. Pourtant, je savais qu’il était là. Ce moment a été une révélation : nous ne nous verrons pas toujours, nous ne pourrons pas toujours nous toucher physiquement, mais notre lien dépasse les lois humaines et naturelles, il existe au-delà du temps et des circonstances.

Alors mes blessures liées au temps ne sont pas encore parties, mais je ne m’attends plus à ne plus jamais ressentir d’angoisse face à la fin. Aujourd’hui, je lâche prise sur la nécessité de tout résoudre vite, de bien vivre chaque instant. Je laisse la place aux périodes douloureuses, aux manques qui remontent à la surface, et aussi à celles où je sens que les circonstances me soutiennent, ou me portent presque sans que je m’en rende compte – vers l’infini.

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