Bien Logo

La thérapie n'est pas un luxe, c'est de l'hygiène émotionnelle — et tout le monde en a besoin

Élise Durand4 min de lecture
Partager:
La thérapie n'est pas un luxe, c'est de l'hygiène émotionnelle — et tout le monde en a besoin — Mode de vie

Mon saboteur intérieur a négocié jusqu'à la dernière seconde. Ce matin-là, j'ai fabriqué des excuses dignes d'un chef-d'œuvre : trop de travail, je suis fatiguée, au fond ce n'est pas si grave, je peux m'en sortir seule — comme j'ai toujours fait, non ?

Avec le recul, je vois clairement ce que c'était : la dernière ligne de défense désespérée de ma zone de confort. Mon ego aurait volontiers replongé dans son marécage tiède plutôt que d'affronter l'inconnu. Parce qu'un marécage tiède, même stagnant, c'est au moins familier. Mais il m'a fallu prendre une grande inspiration et cesser de simplement parler de changement — pour enfin m'asseoir dans ce fameux fauteuil.

J'ai longtemps cru que la connaissance de soi était un hobby intellectuel

Un passe-temps que l'on pratique à distance de sécurité : ateliers en groupe, podcasts bien choisis, livres de psychologie posés sur la table de nuit. Dans notre monde moderne, il est si facile de tomber dans l'illusion de la conscience de soi. On écoute, on lit, et on finit par croire que comprendre équivaut à guérir.

Il y avait toujours un nouveau séminaire, une nouvelle conférence passionnante où j'acquiesçais sagement : « Oui, je comprends parfaitement pourquoi je fais ça, c'est mon schéma d'enfance. » Et pourtant, les années passaient. Ces grandes révélations restaient sagement alignées sur l'étagère, comme des encyclopédies jamais ouvertes. La connaissance était là. Mon comportement, lui, n'avait pas bougé d'un millimètre.

Les expériences collectives m'avaient bien préparé le terrain, c'est vrai. Mais j'ai fini par réaliser qu'elles peuvent aussi servir de paravent. Il est terriblement facile de se cacher derrière les histoires des autres, de hocher la tête avec empathie devant les blocages du voisin, tout en remettant confortablement à plus tard ses propres questions les plus brûlantes.

Pour une vraie percée, il m'a fallu mettre de côté les théories et accepter l'intimité parfois inconfortable — mais profondément transformatrice — d'un suivi individuel. Face à quelqu'un qui n'est ni mon ami ni ma famille, et qui ne me laissera pas continuer à esquiver mes propres limites.

Quand j'ai enfin franchi la porte, la thérapeute m'a accueillie avec un demi-sourire : « Vous devez vraiment aller mal pour vous être finalement décidée après tout ce temps. »

Cette phrase à la fois drôle et bienveillante a fait mouche. Parce qu'on a tendance à croire que la thérapie est une bouée de sauvetage de dernier recours — quelque chose qu'on ne saisit qu'une fois que tout s'est effondré autour de soi.

Pourtant, il n'est pas nécessaire d'être en ruines pour avoir le droit d'aller mieux.

Voyons les choses en face : on ne va pas chez le dentiste uniquement quand la douleur devient insupportable. On fait des bilans, des détartrages, parce qu'on sait que la prévention est bien plus rentable. Prendre soin de son âme relève bien davantage de l'hygiène que du luxe — ou du moins, c'est ce que cela devrait être. Il ne faudrait pas attendre l'effondrement émotionnel total pour commencer à s'occuper de soi. Démêler les blocages, affiner sa compréhension au quotidien : c'est un travail tout aussi précieux que la gestion d'une crise aiguë.

Pas une catastrophe — un miroir

Alors, que s'est-il passé lors de cette première séance ? Commençons par ce qui ne s'est pas passé : aucune catastrophe. Pas de fin du monde, pas de silences gênants ni de justifications embarrassantes. À la place, un soulagement étrange et immense s'est installé en moi. J'ai dit à voix haute des choses que je ne faisais que chuchoter jusqu'alors. J'ai répondu à des questions que je n'osais pas me poser. Et j'ai trouvé de la compassion là où je ne cherchais que de l'aide.

J'ai réalisé à quel point il était épuisant de porter seule tous mes dilemmes intérieurs, de faire semblant de tout contrôler, de me « résoudre » en permanence. Dans ce fauteuil, je n'avais pas besoin d'être forte — juste d'être là. Et ça, c'était énorme.

Dès la première séance, j'ai compris que la thérapie n'est pas un puits sombre où l'on vous jette, mais un miroir net, sans déformation. Bien sûr, j'appréhende chaque nouvelle séance, et même si j'apprécie sincèrement ma thérapeute, je ne cours pas à nos rendez-vous avec enthousiasme. Mais je sais pourquoi : parce qu'elle me montre aussi ce que je préférerais ne pas voir. Et c'est précisément ce regard-là qui rend le chemin possible.

Lectures associées

Quand la petite fille qui s'adaptait refait surface : comment mes traumatismes d'enfance sabotent mes relations adultes — Mode de vie

Quand la petite fille qui s'adaptait refait surface : comment mes traumatismes d'enfance sabotent mes relations adultes

Je croyais que mon passé était une page tournée. Jusqu'au jour où j'ai reconnu, dans mes réactions d'adulte, les peurs silencieuses d'une enfant qui avait appris à survivre.

Élise Durand
3 vérités sur l'âme féminine que j'ai partagées avec mes amis hommes — Mode de vie

3 vérités sur l'âme féminine que j'ai partagées avec mes amis hommes

Ces conversations franches entre amis proches révèlent des dynamiques que l'on n'ose pas toujours nommer. Voici trois leçons que j'ai offertes à mes amis masculins — et qui ont tout changé.

Élise Durand
Mon travail se passe bien, mais je n'y suis plus vraiment : est-ce le début du burnout ? — Mode de vie

Mon travail se passe bien, mais je n'y suis plus vraiment : est-ce le début du burnout ?

Le calendrier est plein, les délais sont tenus, et pourtant quelque chose cloche. Ce sentiment discret mais persistant a un nom — et il mérite qu'on l'écoute.

Élise Durand
Dire non, c'est être égoïste ? Ce que j'ai appris en apprenant enfin à poser mes limites — Mode de vie

Dire non, c'est être égoïste ? Ce que j'ai appris en apprenant enfin à poser mes limites

Pendant longtemps, j'ai cru qu'une bonne personne devait toujours être disponible. Puis j'ai compris que poser des limites, ce n'est pas rejeter l'autre — c'est se protéger soi-même.

Barbara Dubois
Je parle d'expérience : voici les signes que vous n'êtes pas chez le bon psy — Mode de vie

Je parle d'expérience : voici les signes que vous n'êtes pas chez le bon psy

Choisir un psychologue n'est pas simple, et il arrive qu'on en consulte plusieurs avant de trouver le bon. Voici comment reconnaître que ce n'est pas le bon.

Barbara Dubois
Réussir ne veut pas dire aller bien – comment j'ai caché ma dépression derrière mes performances — Santé

Réussir ne veut pas dire aller bien – comment j'ai caché ma dépression derrière mes performances

Pendant longtemps, j'ai cru que le succès extérieur garantissait un équilibre intérieur. Voici comment la performance peut masquer une vraie souffrance.

Barbara Dubois