« Je ne comprends pas pourquoi je suis encore aussi épuisée, alors que je fais tout comme il faut… » Cette phrase, une de mes patientes d'une vingtaine d'années me l'a lancée en me tendant son téléphone.
Une routine self-care parfaitement organisée s'affichait à l'écran. Séduisante, disciplinée, digne d'Instagram. Et pourtant, elle était au bord de l'effondrement. C'est là que le doute s'installe : et si tout ce qu'on nous vend sur le bien-être passait complètement à côté du vrai problème ?
La routine parfaite qui ne change rien
J'ai fait défiler sa fameuse « routine bien-être ». Puis je lui ai rendu son téléphone en soupirant. Oui, c'est louable de commencer chaque matin par « dix minutes de pensées positives et conscientes devant le miroir ».
Mais voilà : toutes les affirmations positives du monde ne changeront rien au fait que l'agence où elle travaille l'essore jusqu'à la dernière goutte. Des semaines de 60 heures en moyenne, jamais le temps de récupérer. Aucune playlist zen ne compense ça.
Pourquoi j'en veux à la culture du bien-être
Je vais être honnête : la culture du bien-être, dans sa forme actuelle, m'agace profondément. Parce que c'est une forme d'arnaque déguisée.
Elle vous martèle un message simple et terriblement rassurant : achetez ce masque hors de prix, ce complément alimentaire, téléchargez cette appli de méditation, marchez tous les jours dans le parc, offrez-vous un week-end détente dans un spa… et tout ira mieux.
Sauf que ces dépenses ne vous soignent pas : elles aggravent votre état. Parce qu'elles vous glissent une idée toxique dans la tête : que votre épuisement n'est pas causé par un système qui vous broie, mais par votre propre échec personnel.
Si l'idée de repenser votre rapport à la consommation vous parle, découvrez aussi ce que peut vous apporter un week-end de détox financière sans dépenser.
Le mythe du journal de gratitude
Une mère célibataire de deux enfants venait me consulter. Elle travaillait beaucoup, depuis chez elle. L'un de ses fils était autiste. Sa propre mère gardait parfois les enfants, tout en la critiquant sans relâche. Et son ex-mari payait à peine la pension alimentaire obligatoire.
Elle, c'était le genre de personne à sauter sur chaque nouvelle tendance bien-être, en attendant que le fameux « zen » l'envahisse enfin. J'ai dû lui expliquer, avec douceur, que la solution ne viendrait ni des smoothies verts ni du journal de gratitude tenu religieusement, tant qu'elle serait épuisée en permanence et que son corps puiserait dans ses toutes dernières réserves.
Il fallait qu'elle comprenne une chose essentielle : cette situation était intenable. Et ce n'était pas sa faute si elle n'avait de temps pour rien.
Un remède en trompe-l'œil
Si votre couple vous rend malheureux, si vos relations familiales sont conflictuelles ou si vous n'avez pas d'amis, télécharger une appli de gestion du temps ou pratiquer la mindfulness tous les jours n'y changera rien.
La pleine conscience est une belle chose. Mais face à nos blessures profondes, elle n'est qu'un pansement posé sur une plaie qui a besoin de bien plus.
« Détends-toi, lâche prise » : le grand malentendu
Le discours du self-care vous répète toujours la même rengaine : vous êtes anxieux parce que vous gérez mal le stress. Vous êtes tendu parce que vous n'avez pas assez pratiqué vos exercices de relaxation. Vous tombez malade parce que vous n'avez pas « optimisé » votre routine bien-être.
Mais regardons les choses en face. Vous êtes stressé parce que vous travaillez de plus en plus, et que vous vivez pourtant de plus en plus difficilement. C'est d'ailleurs un paradoxe qui en dit long : on gagne toujours plus et pourtant l'argent semble disparaître.
Vous êtes anxieux parce qu'une seule dépense imprévue peut vous plonger dans l'insécurité financière. Et vous tombez malade parce que vous vivez dans une ville polluée, où vous vous refilez les microbes au bureau et où le stress a affaibli vos défenses immunitaires. Vous voyez la différence ?
Cause et effet
Une de mes patientes, au lieu d'essayer de digérer ses traumatismes d'enfance, tentait de guérir son âme chaque soir avec un « rituel bain chaud et musique relaxante ».
Évidemment, ça n'a pas marché. C'est pour ça qu'elle a fini par venir me voir. Et je l'ai rassurée : aucune quantité de méditation ou de yoga ne pourra effacer le souvenir d'un père alcoolique qui la frappait.
Ce traumatisme n'a pas persisté parce qu'elle aurait négligé ses « rituels de bien-être » ou parce qu'elle ne se serait pas assez occupée d'elle-même. Il y a des choses que le self-care ne peut tout simplement pas réparer. Et ça ne veut pas dire que vous vous y prenez mal.
Prendre soin de soi est-il inutile ?
Non, pas du tout. Les soins physiques, mentaux et émotionnels comptent vraiment. Le problème, c'est d'en attendre un miracle et de croire qu'ils peuvent régler seuls des problèmes bien plus profonds.
Pourquoi la culture du bien-être est-elle critiquée ici ?
Parce qu'elle laisse entendre que votre épuisement vient d'un échec personnel, et non d'un système qui vous pousse à bout. Elle vous incite à dépenser plutôt qu'à traiter la vraie cause de votre mal-être.
La méditation ou la pleine conscience sont-elles inutiles ?
Non, ce sont de bonnes pratiques. Mais face à des blessures profondes comme un traumatisme ou une relation toxique, elles ne sont qu'un pansement, pas une véritable guérison.
Comment savoir si mon épuisement dépasse le simple manque de repos ?
Si vous « faites tout bien » et restez malgré tout épuisé, c'est souvent le signe que la cause est extérieure : surcharge de travail, insécurité financière ou blessures anciennes. Dans ce cas, un accompagnement professionnel est plus utile qu'une nouvelle routine bien-être.











