Bien Logo

Votre ex vous a blessé, mais ce n'était probablement pas un « pervers narcissique »

Schuster Borka5 min de lecture
Partager:
Votre ex vous a blessé, mais ce n'était probablement pas un « pervers narcissique » — Mode de vie
Dans cet article

Il y a quelques semaines, j'étais assise dans un bar à vin avec une amie, peu de temps après la fin d'une relation particulièrement douloureuse. Comme souvent dans ces moments-là, les histoires ont défilé : les disputes, les promesses jamais tenues, les messages restés sans réponse, et ces phrases qui font encore mal des mois plus tard.

Tout cela est parfaitement compréhensible, et les amis sont là pour écouter le trop-plein. Pourtant, au bout d'un moment, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer une chose : elle ne parlait plus de son ex comme d'un être humain, mais comme d'un manuel de psychiatrie ambulant. « Il était totalement narcissique. » « Je pense qu'il est aussi borderline. » « Il a sûrement un TDAH. » « En fait, je crois qu'il est carrément sociopathe. »

En l'écoutant, je me disais que oui, ce type ne s'était clairement pas bien comporté avec elle — et que si un jour je tombais sur lui avec une vodka-soda à la main, je prendrais ça pour un signe du ciel de la lui renverser sur la tête. Mais de là à croire que cet homme cumulait quatre ou cinq troubles mentaux différents en même temps… non.

Ces derniers temps, j'ai de plus en plus l'impression que notre façon d'utiliser le vocabulaire de la psychologie a complètement dérapé.

Borderline, narcissique, sociopathe

Il y a quelques années encore, on entendait rarement ces mots dans les conversations du quotidien. Aujourd'hui, il est presque impossible de faire défiler les réseaux sociaux sans tomber sur des « ex narcissiques », des « gens toxiques », des « mères borderline » ou des « chefs qui font du gaslighting ».

La vulgarisation psychologique est en soi une excellente chose. Elle a aidé beaucoup de monde à reconnaître des schémas d'abus, à mieux se comprendre ou à oser demander de l'aide. Le problème commence quand les diagnostics se transforment peu à peu en insultes ou en simples étiquettes.

Aujourd'hui, on ne dit plus qu'une personne a été égoïste, mais qu'elle est narcissique. Plus qu'elle a été imprévisible, mais qu'elle est borderline. Plus qu'elle était distraite ou dispersée, mais qu'elle a un TDAH.

Or, entre ces réalités, il existe un monde de différence.

Les troubles de la personnalité et les états mentaux ne sont pas des défauts de caractère. Ce ne sont pas des synonymes de « quelqu'un m'a blessé, s'est mal comporté ou m'a déçu ». Ce sont de vrais diagnostics, posés par des professionnels après de longs examens, et derrière lesquels se cachent souvent une réelle souffrance, des difficultés profondes et des années de combat.

Quand on colle l'étiquette « narcissique » sur chaque ex désagréable, on banalise en réalité la vie de ceux qui vivent véritablement avec ce trouble.

Autre danger de ces diagnostics faciles : ils simplifient trop nos histoires

Il est tellement plus confortable de dire « mon ex était un narcissique » que « je suis tombée amoureuse de quelqu'un qui, dans certaines situations, s'est comporté de façon égoïste, et je ne l'ai pas remarqué pendant longtemps ». La première phrase explique tout en un seul mot. La seconde est plus nuancée, et soulève parfois des questions inconfortables sur nous-mêmes.

Pourtant, la plupart des gens ne se résument pas à un diagnostic. Ils sont à la fois gentils et égoïstes, attachants et agaçants, matures et puérils. Parfois ils blessent les autres. Parfois ce sont eux qu'on blesse.

L'autre problème, c'est que l'étiquette déshumanise très vite. Traiter quelqu'un de « narcissique », c'est souvent arrêter net de réfléchir à cette personne. On ne parle plus d'un être humain, mais d'une catégorie. D'un panneau d'avertissement.

Pourtant, nul besoin de fabriquer un diagnostic pour affirmer que quelqu'un nous a mal traités.

Nous avons le droit d'être en colère. Nous avons le droit d'être déçus. Nous avons le droit de dire qu'une personne n'a pas été un bon partenaire, qu'elle n'a pas été honnête ou qu'elle ne nous a pas donné ce dont nous avions besoin. Mais nous ne pouvons pas poser des diagnostics à la volée, simplement parce que cela nous arrange sur le moment.

Ces dernières années, nous avons beaucoup appris sur la santé mentale, et c'est une évolution profondément positive. Mais il serait peut-être temps d'apprendre aussi à utiliser ce savoir avec respect — et à nous regarder nous-mêmes avec honnêteté, pas seulement ceux qui nous ont déçus.

Pourquoi ne faut-il pas qualifier son ex de « narcissique » à la légère ?

Parce que le narcissisme est un vrai trouble diagnostiqué par des professionnels, pas un simple synonyme de « personne qui m'a blessé ». Utiliser ce terme à tort banalise la réalité de ceux qui en souffrent véritablement.

Est-ce mal de s'informer sur la santé mentale ?

Pas du tout. La vulgarisation psychologique aide beaucoup de gens à reconnaître des schémas nocifs et à demander de l'aide. Le problème n'est pas le savoir, mais la manière dont on l'utilise contre les autres.

Peut-on dire que quelqu'un nous a mal traités sans poser de diagnostic ?

Oui. On a parfaitement le droit d'être en colère ou déçu, et d'affirmer qu'une personne a été malhonnête ou blessante — sans avoir besoin de lui inventer un trouble mental pour le justifier.

En quoi les étiquettes psychologiques déshumanisent-elles ?

Réduire une personne à une catégorie comme « narcissique » revient souvent à cesser de réfléchir à elle. On ne voit plus un être humain complexe, mais un simple panneau d'avertissement.

Lectures associées

J'étais sur le point d'abandonner la thérapie : une seule phrase a tout changé — Mode de vie

J'étais sur le point d'abandonner la thérapie : une seule phrase a tout changé

Je consultais pour mon anxiété, et mon psy m'avait appris des techniques concrètes. Mais ce n'est pas une technique qui a tout débloqué — c'est une prise de conscience douloureuse et libératrice.

Schuster Borka
Amour ou « limérence » ? Voici comment savoir ce que vous ressentez vraiment — Mode de vie

Amour ou « limérence » ? Voici comment savoir ce que vous ressentez vraiment

Vous pensez être amoureuse, mais si ce n'était qu'une illusion ? Découvrez la différence entre l'amour véritable et la limérence, cette obsession trompeuse.

Farkas Izabella
Dire non, c'est être égoïste ? Ce que j'ai appris en apprenant enfin à poser mes limites — Mode de vie

Dire non, c'est être égoïste ? Ce que j'ai appris en apprenant enfin à poser mes limites

Pendant longtemps, j'ai cru qu'une bonne personne devait toujours être disponible. Puis j'ai compris que poser des limites, ce n'est pas rejeter l'autre — c'est se protéger soi-même.

Schuster Borka
La même angoisse, juste avec un plus beau décor : pourquoi les vacances ne réparent rien — Mode de vie

La même angoisse, juste avec un plus beau décor : pourquoi les vacances ne réparent rien

On croit qu'un paysage de rêve effacera nos blessures. Mais nos fardeaux intérieurs nous suivent partout, même sous les palmiers. Voici ce que j'ai compris.

Szabó Erzsébet
On n'est jamais vraiment prêt : comment j'apprends à vivre avec le syndrome de l'imposteur — Mode de vie

On n'est jamais vraiment prêt : comment j'apprends à vivre avec le syndrome de l'imposteur

Le syndrome de l'imposteur touche bien plus de personnes qu'on ne le croit. Barbara Dubois partage son vécu et les stratégies qui l'ont vraiment aidée à avancer.

Schuster Borka
Pourquoi les adultes ont autant besoin de jouer que les enfants (et personne ne le dit vraiment) — Mode de vie

Pourquoi les adultes ont autant besoin de jouer que les enfants (et personne ne le dit vraiment)

Le jeu n'est pas réservé aux enfants : pour les adultes, c'est un outil puissant contre le stress, l'épuisement et la rigidité mentale. Voici pourquoi il est temps de s'y remettre.

Farkas Margaréta