Forcer
Nous dînions chez mes grands-parents et ma fille ne voulait pas manger du chou à la tomate. Je lui ai dit que ce n'était pas grave, qu'elle pouvait prendre de la soupe et une boulette. Ça aurait pu s'arrêter là, mais mon père a commencé un monologue sur les privations de son enfance et comment son père l'aurait giflé s'il refusait de manger quelque chose. Je lui ai répondu que le fait qu'un enfant n'aime pas un plat ne justifie pas de le forcer jusqu'à en vomir, et que cela n'a rien à voir avec la pauvreté de son enfance. Je me souviens avoir dû avaler tous les plats que je détestais, et ça ne m'a pas rendu meilleur, juste plus traumatisé. Arrêtons de faire tabou le fait que quelqu'un n'aime pas le gratin de courge.
Obéissance aveugle
Pour eux, l'obéissance inconditionnelle envers les aînés, la police, les traditions et toutes les règles est ancrée dans le sang. Ils ne comprennent pas pourquoi nous, les jeunes, sommes toujours en rébellion.
Travailler sans relâche
Mes parents ont travaillé du lever au coucher du soleil toute leur vie, et ils secouent la tête quand je leur dis que je ne vis pas pour travailler, mais que je travaille pour vivre.

Sonnerie
J’ai dû apprendre à mes parents qu’on n’est pas obligé de répondre au téléphone quoi qu’il arrive. À leur époque, on appelait vraiment que pour une raison importante, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Je peux juste demander une recette ou ma sœur vouloir discuter, on peut rappeler tranquillement. Pas besoin d’interrompre tout ce qu’on fait, même si mon père coupe du bois à la tronçonneuse ou que ma mère nettoie les fenêtres.
Au contraire
Pour eux, si un enfant est timide et réservé, il faut le taquiner encore plus. J’ai dû leur expliquer que c’est contre-productif, car ça pousse l’enfant à se renfermer encore davantage, comme ça m’est arrivé.
Silence
On ne parle pas de ce qui fait mal ou blesse. On peut exprimer la joie, mais la tristesse ou la colère doivent être refoulées, et on doit gérer ça seul, car ils ne veulent même pas en entendre parler. (Après tout, « les jeunes d’aujourd’hui n’ont aucune raison d’être tristes, ils ont tout »).

Vie sociale
Ma mère pense que c’est tout à fait normal qu’un parent n’ait pas d’amis, car ni elle, ni mes grands-parents n’en avaient. Elle a été sincèrement surprise quand je lui ai demandé de garder mon fils pendant que j’allais prendre un café avec mes amies. Pour sa génération, il était naturel que le parent – surtout la mère – se sacrifie entièrement pour ses enfants. Elle trouve encore étrange que je lui parle de l’importance de mes amis.
Franchement
Mes parents croyaient que si un enfant pose une question, il est prêt pour la réponse. C’est pourquoi, avec mes frères et sœurs, nous savions très jeunes qu’il n’y a pas de Père Noël ni de lapin de Pâques, que mamie n’est pas endormie mais morte, et que notre chien n’est pas perdu mais écrasé par une voiture. Moi, je choisis des mots un peu plus doux avec mes enfants…
Arrangement
Mes parents ont 75 ans. Ils se sont rencontrés parce que leurs mères se connaissaient à l’église et pensaient qu’ils iraient bien ensemble. Elles les ont présentés, et en quelques semaines, ils ont organisé leur mariage. Ma mère ne comprend pas pourquoi ça me choque, ni à quel point cela aurait pu mal tourner.
Accumulation
Mes parents ont grandi dans un monde où tout manquait, tout était rare, alors ils gardent tout encore aujourd’hui. Ils ne jettent rien, disant que « ça servira un jour ». Moi, ça me rend folle qu’ils accumulent autant de choses inutiles, et eux ne comprennent pas pourquoi je suis « gaspilleuse » quand je jette un cadre de lit cassé ou des chaussures dont la semelle est décollée.











