Tribune : Borka Schuster
Quand mon ex-mari et moi avons divorcé, j'avais peur de tout. Peur pour nous, peur de l'avenir, et par-dessus tout, peur pour notre petite fille.
Un divorce n'est jamais facile. Mais lorsqu'il y a un enfant dans l'histoire, on comprend soudain que nos propres émotions ne sont plus les seules à compter. Un couple peut prendre fin, mais la parentalité partagée, elle, ne s'arrête jamais.
Quelques années plus tard, la vie a fait que nous vivons aujourd'hui en famille recomposée. J'élève ma fille avec mon ex-mari en garde partagée, et mon fiancé actuel est entré dans ma vie. Vu de l'extérieur, cette configuration peut sembler compliquée. Il y a des difficultés, bien sûr, mais dans l'ensemble, j'ai le sentiment que ça marche.
Pas parce que tout le monde est toujours d'accord sur tout. Pas parce qu'il n'y a jamais de conflits. Mais parce qu'il existe quelques principes sur lesquels nous ne transigeons pas. Aucun de nous.
Nous ne disons jamais de mal l'un de l'autre
S'il ne fallait retenir qu'une seule règle, ce serait peut-être celle-ci. Nous ne parlons jamais mal l'un de l'autre devant notre enfant. Jamais. Aucune exception.
Non pas parce que nous nous comportons toujours parfaitement. Nous sommes humains, nous aussi. Il y a des malentendus, des désaccords, des chaos d'organisation et des moments où l'on aimerait simplement râler à voix haute.
Mais nous ne le faisons pas devant notre fille. Les difficultés, nous les réglons entre adultes. S'il faut clarifier quelque chose, nous le clarifions. S'il faut changer quelque chose, nous changeons. Mais nous n'étalons pas nos conflits devant l'enfant, qui n'y est pour rien.
C'est important pour moi, car j'ai vite compris une chose après le divorce : pour un enfant, ses parents ne sont pas simplement deux personnes. Il construit sa propre identité à partir de nous deux.
Si l'un des parents critique sans cesse l'autre, l'enfant peut ressentir qu'il doit choisir un camp. Qu'il doit prendre parti. C'est exactement ce que nous voulons éviter à tout prix.
Nous nous voyons comme une équipe. Une équipe un peu inhabituelle, certes, mais une équipe quand même. Et notre objectif commun, c'est d'offrir à notre fille une enfance heureuse et sécurisante.
Chacun a un rôle clair
L'une des questions les plus délicates des familles recomposées, c'est selon moi de savoir qui est qui dans ce nouveau système. Chez nous, la règle est là aussi très simple.
Ma fille a un papa. Et son papa, c'est mon ex-mari. Mon fiancé n'a jamais cherché à prendre ce rôle, et il ne le souhaite pas. Il ne veut pas être un « nouveau papa ». Il ne veut remplacer personne. Il ne veut pas forcer la proximité ni la confiance.
Il est simplement là. Gentil avec elle, attentif, présent, mais il laisse leur relation évoluer à son propre rythme. C'est un point essentiel, à mon sens.
Les enfants sont extrêmement sensibles à ce qu'on leur impose. L'amour, l'attachement ou la confiance ne se forcent pas. C'est ma fille qui décide à quel point elle le laisse s'approcher d'elle. Et cette décision, nous la respectons toujours.
C'est pour cela qu'il n'y a aucune pression, aucune attente, aucune situation où quelqu'un devrait jouer un rôle. Chacun peut être pleinement lui-même.
Quand elle a besoin de nous, nous sommes tous là
Notre troisième règle est peut-être la plus visible. Quand un événement compte pour notre fille, nous sommes présents. Tous.
Les Noëls. Les anniversaires. Les fêtes de l'école. Les spectacles de fin d'année. Les représentations. Tous les moments qui comptent pour elle.
J'entends souvent que les enfants de parents divorcés gèrent ces situations comme de véritables missions diplomatiques. À qui le dire ? Qui inviter ? Qui va se vexer ? Qui va refuser de venir ?
Honnêtement, je trouve toujours cela triste. Un enfant ne devrait jamais avoir à gérer les émotions des adultes.
Notre fille n'a jamais à se demander qui choisir. Si elle veut que nous soyons là, nous y sommes. Tous.
Ce n'est peut-être pas la solution la plus simple. Cela demande parfois de l'organisation, parfois de la souplesse, parfois de mettre notre propre confort de côté. Mais à chaque fois, cela en vaut la peine, quand je vois sur son visage ce naturel avec lequel elle vit tout cela. Car pour elle, ce n'est pas exceptionnel. C'est chaleureux, c'est normal, c'est sa famille.
Je ne crois pas qu'il existe de famille recomposée parfaite. Chez nous non plus, tout ne fonctionne pas sans accroc, et je suis certaine qu'il y aura encore des moments difficiles à l'avenir.
Mais j'ai appris une chose : la réussite d'une famille recomposée ne dépend pas du nombre de personnes qui la composent, ni de l'originalité de la configuration. Elle dépend de la capacité des adultes à mettre leur ego de côté dans l'intérêt d'un enfant.
C'est en tout cas ce vers quoi nous tendons. Et j'ai confiance que cela portera ses fruits.
Qu'est-ce qu'une famille recomposée qui fonctionne ?
Ce n'est pas une famille sans conflit, mais une famille où les adultes s'appuient sur des principes clairs : ne pas se dénigrer, respecter les rôles de chacun et faire passer l'intérêt de l'enfant avant leur ego.
Pourquoi ne faut-il jamais critiquer l'autre parent devant l'enfant ?
Parce que l'enfant construit son identité à partir de ses deux parents. Entendre l'un critiquer l'autre peut lui donner le sentiment qu'il doit choisir un camp, ce qu'il faut absolument éviter.
Quel rôle doit jouer le nouveau conjoint auprès de l'enfant ?
Il n'a pas à remplacer le parent ni à forcer la proximité. Le mieux est d'être présent et bienveillant, en laissant la relation se construire au rythme choisi par l'enfant.
Comment gérer les événements importants dans une famille recomposée ?
En s'assurant que l'enfant n'ait jamais à choisir qui inviter. Quand un moment compte pour lui, tous les adultes concernés font l'effort d'être présents, même si cela demande de l'organisation.











