Dès que nous avons commencé à annoncer à nos amis et connaissances que nous attendions un bébé, 9 fois sur 10, la réaction était un sourire complice accompagné d’une phrase du genre « alors fini le sommeil ! » ou « tant mieux qu’on se voie maintenant, parce que ça ne sera pas pour tout de suite ». Pourtant, on ne disait pas qu’on allait déménager à Blagovechtchensk en Sibérie, juste qu’on serait un de plus. Pendant un bon moment, on n’aurait même pas eu besoin d’une chaise supplémentaire, alors on ne comprenait pas vraiment ces commentaires alarmistes.
On n’était pas naïfs, on savait que s’occuper d’un enfant n’est pas une promenade de santé. Mais je peux dire que la responsabilité, l’inquiétude et bien sûr le bonheur, on ne les a vraiment découverts qu’en tenant notre fille pour la première fois. Et j’ai le plaisir de dire qu’on a souvent démenti les remarques acides. Par exemple celles-ci :
1/3. « Alors fini les amitiés ! »
Je ne dis pas que c’est aussi simple qu’avant d’organiser une sortie avec mes amies qui ont aussi des enfants. Et oui, c’est vrai qu’on doit caler les rendez-vous comme un code secret, parce que si on dit « on se voit mercredi », on peut être sûr qu’un des enfants sera malade mardi soir. Malgré ça, les vraies amitiés ont tenu bon, et même plus. Les amis, qu’ils aient des enfants ou pas, qui prennent le temps et l’énergie pour que ma fille les connaisse et fasse partie de sa vie, se sont rapprochés de moi.
Et je vous dis un truc fou : on n’a même pas renoncé à notre traditionnelle escapade annuelle entre filles !

C’est vrai qu’on n’est plus trois filles à siroter du rosé sur la terrasse du chalet, et qu’au lieu d’aller dans les petits bars du coin, on passe nos journées au terrain de jeux. Mais entre deux châteaux de sable, on arrive toujours à discuter. Et le soir, quand tous les enfants dorment, on débouche encore une bouteille de rosé…
2/3. « C’est fini la romance ! »
Si la romance, c’est un dîner aux chandelles avec une musique douce et des pétales de rose sur la table, alors c’est vrai qu’on se retrouve plutôt à partager un repas compatible avec bébé, à trois, avec Gryllus Vilmos en fond sonore. Au lieu de roses, il y a des morceaux de patate douce autour de la table. Et oui, le temps passé en tête-à-tête – sauf les soirs où on est tellement fatigués qu’on bave presque tous les deux – a nettement diminué.
Quand on a décidé d’avoir un enfant, ce n’était pas juste pour avoir une bouille adorable sur les photos de famille, mais pour avoir un petit être génial avec qui on veut vraiment passer du temps.
Je ne peux rien imaginer de plus romantique que de voir mon mari montrer les feuilles des arbres à notre fille dans ses bras. Ou quand il fait du théâtre de marionnettes avec un canard en peluche derrière le canapé, ou qu’il nettoie sans sourciller mais avec un regard inquiet les pâtes à la sauce tomate vomies. Je n’ai jamais été aussi amoureuse d’un homme.

3/3. « Alors, un moment, vous ne voyagez plus du tout ! »
Comme tous les grands-parents habitent à deux cents kilomètres, certains au nord, d’autres à l’est, je pense que notre fille de dix-huit mois a déjà plus de kilomètres au compteur qu’une vieille Trabant usée. C’est vrai que les voyages demandent un peu plus de préparation et d’organisation.
C’est aussi vrai que quand on a fini de ranger toutes les affaires de bébé dans deux valises, c’est un vrai casse-tête de caser nos sous-vêtements et brosses à dents.
Pourtant, on est déjà partis en famille en week-end bien-être, on a passé des vacances au lac Balaton, on est allés en randonnée et on a découvert des coins dans notre propre ville où on n’était jamais allés. Alors je dirais plutôt qu’avec un enfant, on ne restera pas en place. Au maximum, jusqu’à la dernière page du livre de contes de la petite souris, parce qu’après, il faut y aller. Il y a tant à voir dans le monde !











