Chronique : Borka Schuszter
Avant de devenir mère, je croyais avoir à peu près compris comment fonctionne le monde. Et je me disais que, forte de ce savoir, j'apprendrais à mon enfant tout ce qui me semblait important. Je lui montrerais comment être une personne bienveillante, sûre d'elle, fidèle à elle-même. Je l'aiderais à trouver ses repères et, avec un peu de chance, elle éviterait quelques-unes des erreurs que j'ai commises.
Puis ma fille est née, et j'ai vite compris que ce n'était pas un processus à sens unique.
Bien sûr, je lui apprends énormément de choses. On parle des émotions, de la connaissance de soi, de la façon de traiter les autres et de se traiter soi-même. Mais tandis que j'essaie de lui transmettre ces valeurs, je me surprends encore et encore à apprendre moi aussi. Parfois même grâce à elle. Ou avec elle.
Être plus indulgente envers moi-même
C'est peut-être la leçon la plus importante que la maternité ait apportée dans ma vie. Quand ma fille n'arrive pas à faire quelque chose du premier coup, l'idée de la critiquer ne m'effleure même pas. Je ne lui dis pas qu'elle est maladroite, ni qu'elle devrait déjà savoir faire cela depuis longtemps. Je préfère l'encourager et lui rappeler que l'erreur fait naturellement partie de l'apprentissage.
Personne ne naît en sachant tout faire, et c'est souvent de nos échecs que nous apprenons le plus. Et ce n'est pas grave si quelque chose ne réussit pas du premier coup, ni du deuxième, ni même après de très nombreuses tentatives. Aussi décevant que cela puisse être, cela fait aussi partie de la vie : nous ne maîtriserons jamais toutes nos capacités à la perfection, quelle que soit notre envie.
Au bout d'un moment, j'ai été bien obligée de me poser la question : si je le crois sincèrement pour mon enfant, pourquoi ne l'appliquerais-je pas à moi-même ?
Pourquoi est-ce que j'exige de moi la perfection dans des situations où, moi aussi, je ne fais qu'apprendre ? Pourquoi est-ce que je me parle bien plus durement qu'à elle ?
À force de lui répéter que ce n'est pas grave si quelque chose échoue du premier coup, j'ai lentement commencé à y croire moi aussi. Je ne prétends pas réussir à chaque fois à être patiente avec moi-même, mais aujourd'hui je ressens beaucoup moins souvent que la moindre erreur prouve que je ne suis pas assez bien.
Voir les merveilles dans les choses ordinaires
Les adultes ont tendance à perdre cette capacité. On court d'une tâche à l'autre et, au passage, on ne remarque même plus les petites beautés qui nous entourent. Les enfants, eux, fonctionnent tout autrement. Ils sont capables d'observer une fourmi pendant plusieurs minutes, de s'arrêter devant un nuage à la forme étrange, ou de pointer un arc-en-ciel avec un enthousiasme sincère.
Au fil des années passées avec ma fille, j'ai remarqué que moi aussi je me suis mise à observer le monde plus lentement et plus consciemment. Des choses que j'aurais autrefois dépassées sans un mot me sautent de nouveau aux yeux.
Non pas parce que j'ai soudain changé, mais parce que quelqu'un me rappelle chaque jour que le monde est plein de petits détails qu'il serait dommage de laisser filer avec indifférence.
Toutes les émotions n'ont pas besoin d'être réparées
J'essaie consciemment d'élever ma fille pour qu'elle ose parler de ses émotions. Je voudrais qu'elle sache les nommer et qu'elle n'ait pas honte de ce qu'elle ressent. Qu'elle apprenne que ce ne sont pas seulement les émotions joyeuses ou positives qui ont leur place dans nos vies, mais aussi la tristesse, la déception ou même la colère.
En le lui enseignant, j'ai dû admettre que moi-même, je ne fonctionne pas toujours ainsi. Pendant longtemps, j'avais tendance à considérer les émotions désagréables comme un problème à résoudre le plus vite possible. Quand j'étais triste, je voulais aller mieux. Quand j'étais déçue, je voulais que ça passe. Comme si chaque émotion négative était un message d'erreur.
Ma fille, elle, gère cela souvent bien plus simplement. Elle est triste, puis elle reste triste un moment. Elle est en colère, puis elle vit sa colère. Elle ne cherche pas à optimiser ou à analyser ses émotions sur-le-champ.
C'est devenu un rappel précieux pour moi. Les émotions ne sont pas des ennemies, et pas nécessairement des erreurs à réparer. Bien souvent, elles nous montrent simplement que quelque chose compte pour nous.
Que peut nous apprendre notre enfant sur nous-mêmes ?
Beaucoup de choses, en réalité. En observant leur façon d'aborder les erreurs, la curiosité ou les émotions, les parents redécouvrent souvent une manière plus douce et plus consciente de se traiter eux-mêmes.
Pourquoi est-il si difficile d'être indulgent envers soi-même ?
Parce que nous nous parlons souvent bien plus durement qu'à nos proches. Rappeler à un enfant que l'erreur fait partie de l'apprentissage peut nous aider à accepter cette même vérité pour nous-mêmes.
Faut-il vraiment vivre toutes ses émotions, même désagréables ?
Selon cette chronique, oui. Les émotions comme la tristesse ou la colère ne sont pas des problèmes à réparer, mais souvent le signe que quelque chose nous tient à cœur.











