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« J’ai eu une journée difficile, je mérite ce chocolat » – Pourquoi avons-nous du mal à entretenir une relation saine avec la nourriture ?

Schuster Borka3 min de lecture
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« J’ai eu une journée difficile, je mérite ce chocolat » – Pourquoi avons-nous du mal à entretenir une relation saine avec la nourriture ? — Mode de vie

« Aujourd’hui, j’ai enchaîné trois réunions et survécu à un conflit avec mon boss – je mérite un chocolat. » « J’ai passé tout le week-end à me détendre devant des séries, alors lundi, ce sera juste une salade pour le déjeuner. » Ça vous parle ? Notre rapport à la nourriture dépasse souvent sa vraie fonction : nourrir notre corps.

On se récompense, on apaise nos peines ou on se punit – comme si la nourriture n’était pas un carburant vital, mais une mesure morale : elle est méritée quand on « l’a gagné », ou refusée quand on « a mal agi ».

Mais la nourriture n’est ni récompense, ni faute, ni compliment, ni châtiment. C’est un nutriment. Le carburant de notre corps, à fournir chaque jour, qu’on ait eu une bonne ou une mauvaise journée, qu’on se sente motivé ou démotivé. Pourtant, notre culture ne voit pas la nourriture ainsi. Des phrases comme « j’ai péché avec une part de gâteau » installent subtilement l’idée que manger est un choix moral. Que nous sommes « bons » ou « mauvais » selon ce que nous mangeons et en quelle quantité.

Cette relation déformée puise ses racines loin, car manger est aussi un événement social. Les déjeuners du dimanche chez grand-mère, le gâteau d’anniversaire avec les bougies, la bûche de Noël – autant de souvenirs et rituels liés à la nourriture. La nourriture est une source de joie. Un lien. Un moment partagé. Et c’est parfaitement normal. Notre corps n’est pas un réservoir stérile à remplir avec la solution la plus économique. Le plaisir des repas partagés, la dégustation des saveurs ne sont ni une faiblesse ni une faute à cacher.

Relation à la nourriture
Source: pexels.com

Le problème, c’est quand on utilise la nourriture uniquement pour gérer ses émotions

Quand on répond à chaque stress par une douceur, quand on compense chaque doute par une pizza ou une journée de jeûne. Manger cesse alors d’être un plaisir pour devenir une fuite. Ou un test de maîtrise de soi, où l’on tente sans cesse de « contrôler » son corps, comme si ce n’était pas nous qui en étions responsables.

Voici l’un des plus grands pièges : croire qu’il faut mériter le plaisir.

Comme si le chocolat n’était permis qu’après avoir souffert. Comme si les pâtes n’étaient « autorisées » qu’après trois jours de salade. Ce troc émotionnel – souffrance contre récompense – déséquilibre durablement notre équilibre, et ce n’est pas que notre corps qui en souffre, mais aussi notre esprit. La culpabilité, la surveillance constante, le besoin de contrôle commencent là où la nourriture perd sa fonction naturelle.

Une relation saine à la nourriture ne signifie pas manger toujours « propre » ou bannir les desserts. C’est apprendre à écouter son corps, respecter la faim et la satiété, sans forcer son rythme naturel par excès ou privation. C’est ne pas avoir honte de savourer, ni croire qu’il faut souffrir pour cela.

La nourriture peut être plaisir. Elle peut être partage. Elle peut être fête. Mais elle ne doit pas mesurer notre estime de soi. Nous ne sommes pas de meilleures personnes en sautant un dîner. Et nous ne sommes pas moins bien en mangeant ce chocolat – même après une journée difficile. Le plaisir est un droit fondamental. Pas une récompense. Comme la nourriture.

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