Lors de mon tout premier emploi, j’avais l’impression que tout était en place pour propulser ma carrière à toute vitesse. J’étais jeune, enthousiaste, pleine d’idées et d’énergie. Pendant la première année, je cherchais les défis et voyais chaque nouvelle tâche comme une occasion de prouver que je méritais ma place. La direction a rapidement remarqué cet élan : j’ai reçu de plus en plus de responsabilités et j’ai gravi les échelons rapidement.
Mais au fil des mois, j’ai commencé à remarquer quelque chose. Les nouvelles tâches que je recevais s’éloignaient de ce que je faisais vraiment bien et qui me passionnait. Au lieu de défis créatifs, je me retrouvais souvent avec des travaux monotones, administratifs ou de gestion. Ces tâches étaient importantes pour l’entreprise, certes, mais elles ne m’apportaient pas cette excitation professionnelle qui m’avait poussée à choisir cette voie.
J’avais de plus en plus l’impression que mon énergie servait surtout à combler des manques, plutôt qu’à créer une vraie valeur sur mon propre chemin.
Quand j’en ai parlé à mon chef de l’époque, il m’a encouragée : « Tiens bon, tu as du potentiel. Dans quelques années, tu pourrais même être à ma place ! » Sur le moment, tout est devenu clair, car une pensée m’est venue presque instinctivement : je ne veux pas être à cette place.
Son siège ne représentait pas un objectif pour moi. Son regard fatigué par la course quotidienne, la gestion des urgences et le poids des responsabilités ne m’inspirait pas. Son succès avait un prix : il avait renoncé à la liberté créative que j’avais toujours cherchée. J’ai compris que si je continuais sur cette voie, je pourrais bien me retrouver à sa place dans quelques années, mais au prix de perdre quelque chose d’essentiel pour moi en chemin.
Peu après, j’ai décidé de devenir freelance. Un saut dans l’inconnu, avec ses incertitudes, mais une certitude : enfin, je serais ma propre patronne.
Depuis, j’ai souvent vu mes anciens collègues et camarades d’université filer à toute allure sur l’autoroute de la carrière. Ils occupent aujourd’hui des postes de cadres moyens et supérieurs, prennent des décisions importantes, ont des bureaux impressionnants et portent des titres qui inspirent immédiatement le respect. Sans oublier leurs salaires stables, prévisibles et assez élevés. Parfois, je me demande : si j’étais restée, je pourrais être à leur place aujourd’hui.

Mais je réalise toujours une chose : je ne veux pas être là-bas.
J’ai choisi un autre chemin. Un chemin où le succès conventionnel est moindre, mais où les défis sont plus nombreux et où l’incertitude est souvent présente. Chaque étape m’appartient. Je décide des projets que je prends, de la direction que je prends et des personnes avec qui je travaille. Ce chemin n’est pas plus facile – mais il est mien. Et ça vaut tout l’or du monde.
Je me réjouis sincèrement des succès de mes amis et connaissances. Je suis vraiment heureuse pour eux, car je vois que ce qu’ils ont accompli les rend heureux. C’est ça la clé : eux suivent leur propre voie, moi la mienne. Leurs succès ont de la valeur pour eux, mais ne me procureraient pas la même satisfaction.
Je crois que le succès n’est pas universel. Il ne se mesure pas avec un seul indicateur, ni ne se résume à un poste ou une fourchette de salaire. C’est un succès aussi quand quelqu’un devient leader parce qu’il s’y retrouve. Et c’est un succès aussi quand quelqu’un ose lâcher le sommet de la hiérarchie pour suivre son propre chemin – même si ce chemin est plus difficile et moins visible.











