Tout va bien sur le papier. Et pourtant, quelque chose ne va pas.
Depuis quelque temps, j'ai l'impression d'être montée dans un manège que je n'ai pas choisi — où le résultat de mes projets ne semble pas vraiment dépendre de l'énergie que j'y mets. Il y a des semaines où toute une équipe s'investit à fond, avec sincérité et engagement, et pourtant rien ne décolle. Même les personnes bien plus expérimentées que moi restent sans réponse face à cette réalité.
Cette incertitude-là est épuisante. Quand le professionnalisme le plus rigoureux ne suffit pas, quand un grain de sable invisible vient gripper la machine, on finit par se demander si on est simplement en train d'être testée. Est-ce qu'on veut vraiment ça ? Est-ce qu'on le veut assez ? Ces dernières années ne m'ont pas toujours donné la réponse que j'espérais.
Pendant longtemps, ma plus grande fierté a été de tracer ma propre route en tant qu'indépendante — d'avoir les décisions et la responsabilité entre mes mains. Cette autonomie me donnait des ailes. Je jonglais avec quatre ou cinq rôles en parallèle, et j'aimais ça. Je croyais que la variété était une source de joie. Mais j'ai fini par comprendre que quand on doit être présente sur trop de fronts à la fois, l'effervescence se transforme peu à peu en une fatigue de plomb.
Ce que je vivais autrefois comme une aventure inspirante est devenu un labyrinthe dans lequel j'entends à peine ma propre voix, noyée sous le bruit de tout ce qu'il y a à faire.
Des rôles que je n'avais pas demandés
Il y a quelque chose de particulier dans le fait de se retrouver dans des positions qu'on n'a jamais sollicitées. Les propositions flatteuses arrivent, on dit oui — parce que ça fait du bien qu'on ait confiance en vous, et parce que ça apporte une certaine sécurité financière.
Mais avec le temps, ce sont précisément ces missions "tombées du ciel" qui sont devenues les plus lourdes à porter. Il est difficile d'admettre que ce qui réussit en apparence ne nourrit pas forcément de l'intérieur. Et que même les projets les plus séduisants au départ peuvent se terminer de façon décevante — sans qu'on ait vraiment eu prise sur le résultat.
Faire le tri est pourtant effrayant. Lâcher des revenus réguliers, renoncer à une sécurité même illusoire, semble être la seule voie vers un vrai renouveau. Mais la peur est là : et si rien ne vient combler le vide ?
L'envie d'un espace qui n'existe pas encore ici
Une amie m'a parlé récemment d'une connaissance à l'étranger qui avait pris un sabbatique — plusieurs mois de pause délibérée — pour éviter l'épuisement total. Ce concept, encore peu répandu en France, a pour but de permettre à une personne de se déconnecter complètement du quotidien professionnel et de se régénérer mentalement, en profondeur.
Je ne me sens pas complètement à bout. Mais je ressens un besoin fort de cette pause consciente, parce que je suis un peu fatiguée d'être en permanence la source de créativité pour les autres. Il y a des jours où je voudrais simplement me taire, et m'accorder le luxe de ne pas avoir à être utile, inspirante ou productive.
Pour l'instant, je ne vois pas encore clairement où je vais. Certains jours, j'ai l'impression d'avoir perdu la boussole intérieure qui me guidait jusqu'ici. Et cette incertitude ne concerne pas seulement mon travail — d'autres fils de ma vie se sont aussi emmêlés ces derniers temps.
Pourtant, quand je regarde le chemin parcouru, je vois un schéma qui se répète : chacun de mes grands tournants, chaque nouveau chapitre, a été précédé d'un de ces moments qui semblaient sans issue.
Je crois que ce vide d'aujourd'hui n'est pas une destination finale. C'est le silence nécessaire avant le prochain grand élan.











