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« Je ne laisserais jamais cela lui arriver » : Comment la maternité réveille nos blessures d’enfance

Barbara Dubois4 min de lecture
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« Je ne laisserais jamais cela lui arriver » : Comment la maternité réveille nos blessures d’enfance — Famille
Tribune : Schuszter Borka

Je me souviens très précisément de ce moment. Ma fille avait environ six mois, nous étions à la limite douce et incertaine de l’endormissement, quand soudain une sirène a retenti dans la rue. Elle a sursauté et s’est mise à pleurer. Je l’ai prise dans mes bras, serrée contre moi, et en quelques minutes elle s’est calmée. Elle s’est détendue dans mes bras, puis, lentement, respirant profondément, elle a posé son petit visage contre mon bras et s’est endormie.

Je restais là, à côté d’elle dans le lit, à la regarder respirer, quand une révélation m’a traversée : je suis son refuge, sa sécurité. Je suis ce point dans le monde où elle peut revenir, où tout ira bien. Et ce n’était pas un poids, mais une sensation profonde, chaleureuse. Quel privilège incroyable !

Puis, presque d’un instant à l’autre, quelque chose a basculé. Comme si une vieille porte soigneusement fermée s’était brusquement ouverte dans mon âme. Des souvenirs, des émotions, des peurs sont remontés que j’avais réussi à garder à leur place pendant des années, voire des décennies. Ces expériences d’enfance que je relativisais toujours – « ce n’était pas si grave », « d’autres ont eu bien pire » – ont soudain perdu leur couche douce et protectrice. Elles étaient là, crues, indiscutables.

Et la pensée la plus forte fut : je ne laisserais jamais cela lui arriver. Cette phrase était à la fois protectrice et accusatrice. Elle ne concernait pas seulement le présent, mais aussi le passé. Car si je ne laissais pas cela arriver à mon enfant, alors ce n’était pas juste que cela soit arrivé à l’enfant que j’étais.

Une mère embrasse son bébé

Plus tard, lorsque j’ai consulté un psychologue à propos de cette expérience, il m’a presque immédiatement rassurée : c’est très courant. Beaucoup commencent à vraiment affronter leurs traumatismes d’enfance non résolus quand ils deviennent eux-mêmes parents.

Au premier abord, cela semble étrange, car toute notre attention est tournée vers cette nouvelle vie. Mais c’est précisément ce qui fait remonter l’ancien. La vulnérabilité totale d’un bébé, cette confiance inconditionnelle qu’il nous offre, agit comme un miroir.

On ne voit pas seulement ce dont il a besoin, mais aussi ce dont nous aurions eu besoin.

Devenir mère, c’est aussi retrouver l’enfant que nous étions

Car quand on berce un bébé qui pleure, qu’on le calme, qu’on répond à ses signaux, une comparaison intérieure s’opère. Inconsciemment. Qu’est-ce que j’ai reçu à ce moment-là ? Quelqu’un m’a-t-il prise dans ses bras ? Quelqu’un m’a-t-il vue ? Quelqu’un m’a-t-il offert un sentiment de sécurité ?

Dans ce sens, devenir mère, ce n’est pas seulement un nouveau rôle, c’est aussi un voyage dans le passé. On retrouve l’enfant que nous étions, mais cette fois avec le regard d’un adulte. Et ce changement de perspective est souvent d’une honnêteté brutale.

Petite fille souriante tenant un fouet

Ce qui semblait « normal » devient soudain incertain. Ce qui passait avant ne passe plus. Et ce que nous ne permettrions pas à notre enfant, nous réalisons que nous n’aurions pas dû le vivre non plus.

Mais ce n’est pas seulement douloureux, c’est aussi libérateur. Tant qu’on ne nomme pas ce qui nous blesse, il est difficile d’agir. Mais une fois qu’on dit – même à soi-même – que ce n’était pas acceptable, on a un point de référence. On peut alors faire autrement.

L’arrivée d’un jeune enfant est un défi immense. Manque de sommeil, vigilance constante, nouvelles responsabilités. Il serait facile de dire qu’on n’a pas « le temps » de s’occuper de son passé. Mais la réalité, c’est que c’est à ce moment-là que les blessures frappent le plus fort.

Et ce n’est sans doute pas un hasard. Car même si affronter ces blessures anciennes fait peur, c’est aussi une opportunité. Une chance de ne pas transmettre automatiquement ce que nous avons reçu. D’être des parents plus conscients, plus sensibles. Et peut-être, pour la première fois vraiment, de commencer à prendre soin de nous-mêmes.

On n’a pas à faire ça seul. Souvent, c’est même impossible. Demander de l’aide n’est pas une faiblesse, c’est une responsabilité – envers soi et son enfant.

Et c’est peut-être là le plus beau cadeau de la maternité : non seulement accompagner une nouvelle vie, mais aussi réécrire la nôtre.

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