Cette théorie – développée par Pete et Nikki Uglow – parle de cette faim émotionnelle qui s’installe dans les relations longues, au point qu’on ne la ressent même plus.
Imaginez-vous assis à une table vide avec votre partenaire. Une table où autrefois vous dégustiez ensemble les plats les plus savoureux, dans une vraie ambiance de fine dining, avec des mets délicieux et variés.
Mais aujourd’hui, la table est vide depuis longtemps. Vous êtes tous les deux affamés, le ventre vide. Vous avez tellement pris l’habitude de cette faim que vous avez oublié ce que c’est que d’être rassasiés. Vous êtes faibles, épuisés, et votre esprit ne pense qu’au vide qui vous habite. Seuls les souvenirs de repas et de nourriture tournent dans votre tête, tandis que votre partenaire, en face de vous, souffre tout autant.

Cette table qui, pendant des années, croulait sous les plats délicieux, est aujourd’hui restée vide.
Puis, soudain, vous voyez votre partenaire manger. Mieux, il ou elle engloutit quelque chose. Un menu hamburger bon marché. L’odeur lourde de la viande grasse flotte dans l’air, étouffante. Vous grimacez malgré vous en voyant les frites froides tomber dans sa bouche. Avec un appétit vorace, il ou elle se gave de cette nourriture détestable qu’il ou elle n’aurait jamais envisagé de goûter auparavant.
Vous êtes envahi par la colère : comment ose-t-il ou elle manger une telle cochonnerie devant vous ? Vous ne mettriez jamais ça dans votre corps, même en cas de famine, alors que votre partenaire se gave ? Et au lieu de vous préparer un bon repas, vous préférez faire la grève de la faim en signe de protestation. Votre colère grandit, mais vous respectez ce pacte de la faim dont vous ignoriez même l’existence.
Si votre partenaire vous a trompé, c’est exactement ce qui se passe dans votre relation, sauf que la faim n’est pas physique, mais émotionnelle.
Vous avez faim émotionnellement. Vous et votre partenaire.
Prenons un couple moyen, ensemble depuis vingt ans. Vous vous êtes rencontrés dans la vingtaine ou la trentaine, et êtes tombés amoureux. Les dimanches matins, le sexe était incroyable, et vous partagiez des blagues que personne d’autre ne comprenait. Vous étiez passionnés, pleins de rêves, loin d’être désabusés ou ternes comme vos parents.
Vingt ans plus tard, le stress du travail, le prêt immobilier, et l’appareil dentaire du gamin occupent toutes vos pensées. Vous ne parlez plus que de qui emmène les enfants au sport, qui fait les courses, ou qui appelle le plombier. Malgré vos promesses, vous êtes devenus comme vos parents. Vous ne vous souvenez même plus de la dernière fois où quelqu’un vous a regardé en vous voyant vraiment. Pas la femme qui gère la maison, ni la mère qui sait par cœur les rendez-vous, la date de péremption du lait ou celle de la carte grise.

Le besoin émotionnel est vital
Quand vous êtes-vous sentie désirable et aimée pour la dernière fois ? Qui vous a demandé récemment vos désirs, et pas seulement si vous avez payé la sortie scolaire ? Vos rêves, ceux que vous avez enfouis si profondément que vous ne vous en souvenez même plus.
Personne ne parle du fait que le besoin émotionnel n’est pas optionnel. Ce n’est pas un luxe, c’est aussi essentiel que la nourriture, l’eau ou l’air. La vie ne fonctionne pas en acceptant, adulte, qu’on ne vit pas dans un film romantique et en niant nos désirs. Nous avons besoin de connexion, de compréhension, de reconnaissance, et d’être valorisés par notre partenaire.
Peut-être qu’une collègue a ri à une de ses blagues, ou qu’une ex a envoyé un message. L’essentiel, c’est que votre partenaire n’a plus faim. Ce hamburger bas de gamme ne le nourrit pas vraiment, il le remplit juste un moment. Vous, en revanche, êtes en colère parce qu’il a trahi cette faim partagée. Que vous le criiez ou que vous souffriez en silence, vous restez affamée. La triste vérité, c’est que son infidélité n’est pas le vrai problème, juste un symptôme.
Sa trahison est condamnable, mais si vous ne cherchez que sa faute sans comprendre la cause, vous ne verrez pas la forêt à cause des arbres. Et rien ne changera. Il continuera à aller au fast-food, et vous resterez affamée. Même sans nouvelle infidélité, il y aura rancune, reproches, méfiance et honte.
La métaphore dit qu’il suffirait d’aller en cuisine et de préparer quelque chose de bon. Mais on élève les femmes à nourrir d’abord les autres, et à se contenter des restes. C’est pourquoi on accepte si facilement la faim émotionnelle.
Pourtant, si la femme mange en premier, tout le monde y gagne. C’est pourquoi, en tant qu’épouse et mère, il est important de ne pas se mettre en dernier.
Pour avancer, il faut accepter que l’infidélité de votre partenaire est une façon d’apaiser cette faim intérieure. Ce n’est pas joli qu’il l’ait fait sans vous, mais si vous reconnaissez que vous avez tous les deux faim, vous pouvez décider d’agir. Selon sa capacité à vous nourrir émotionnellement, et la vôtre envers lui, votre couple survivra ou s’arrêtera.
Il faut accepter que la faim émotionnelle n’est pas normale – les deux partenaires doivent agir pour remplir cette table vide – et agir n’est pas de l’égoïsme, c’est un besoin humain fondamental.











