Vous est-il déjà arrivé de terminer vos phrases par un « parce que » sans vraiment y penser ?
Comme si un simple « non » ou un avis ne suffisait pas, et qu’il fallait immédiatement se justifier devant un tribunal invisible… Cette nécessité d’expliquer n’est pourtant pas toujours un vrai besoin de communiquer, mais plutôt une stratégie de survie qui, insidieusement, érode votre estime de vous-même.
Quand les pensées nous empêchent de dormir
Je parle d’expérience : le « moulinage » mental consomme une énergie folle. Après une discussion difficile entre amis ou une réunion au travail, je ruminais pendant des jours : qu’ai-je dit, comment ai-je paru, que pense-t-on de moi ? Parfois, je me suis même excusée par message, juste parce qu’un doute m’avait traversé l’esprit : ai-je été mal comprise ?
Notre cerveau se met alors en mode alerte, nous convainquant que si on aligne assez d’arguments logiques, on pourra se protéger des critiques ou du jugement. En réalité, c’est souvent l’inverse : en sur-expliquant une décision ou un ressenti légitime, on se trahit soi-même.
Le piège de l’auto-dévalorisation
Il est fascinant de voir comment on affaiblit nos propos dans une conversation avant même d’en venir au cœur du sujet. Des formules comme « peut-être que c’est idiot, mais... » sont en fait des boucliers contre les jugements négatifs.
Au fond, on espère que si nous-mêmes dévalorisons ce qu’on dit, les autres ne le feront pas.
Malheureusement, ce n’est pas ce qui se passe : études et expériences montrent que ce genre d’auto-censure réduit fortement la perception de compétence et le respect qu’on nous porte.
Aujourd’hui, souvent de l’autre côté, je réalise à quel point tout ce stress était inutile : ce que d’autres ont regretté plus tard ne m’a laissé qu’une trace très légère, voire aucune.
Parfois, quelqu’un me contactait des semaines après un « faux pas social » et j’étais surprise, ne comprenant pas du tout de quoi il parlait. Ce qui lui a causé des nuits blanches et des remords m’était passé complètement inaperçu ou j’en étais vite sortie.
J’ai compris que la plupart des gens sont absorbés par leurs propres combats, pas par nos petites phrases lâchées au passage.

J’apprécie vraiment quand quelqu’un est attentif et sait s’excuser, mais quand il sur-explique sa « faute », je ressens parfaitement ce qui se passe en lui. Peu importe combien je le rassure, il continuera à douter de ma sincérité. Même si je dis de tout cœur « tout va vraiment bien, ne t’en fais pas », je vois dans ses yeux ou son style de message qu’il ne me croit pas.
Il s’est déjà construit un acte d’accusation dans sa tête, et ma défense n’est qu’un refus poli, ou pire, un signe de fuite du conflit. Cela crée encore plus de tension : au lieu de se sentir bien, je tente d’apaiser son anxiété, tandis qu’il m’observe avec méfiance.
Un simple sentiment, pas une preuve
Je pensais autrefois devoir « prouver » mes émotions, qu’un simple « ça m’a blessé » ne suffisait pas. Il fallait justifier pourquoi j’avais le droit d’être blessée.
Ce réflexe vient souvent d’un environnement où nos émotions d’enfant ont été balayées par la rationalisation ou le rejet.
On a appris tôt que nos sentiments seuls ne suffisent pas, seuls nos arguments comptent. Mais adulte, il n’est plus nécessaire de rendre tes réactions acceptables aux yeux des autres – il suffit que tu les acceptes toi-même. Dire « je suis déçu(e) » ou « cette situation me stresse » sans t’excuser d’exister, c’est te renforcer régulièrement.
Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il faut devenir insensible. Une excuse sincère a un pouvoir immense et est l’un des plus beaux signes de respect. Mais il y a une grande différence entre une excuse honnête et une auto-flagellation sans fin. Si quelqu’un s’approche de toi avec de bonnes intentions, il comprendra ta peine en une phrase et ne s’attendra pas à ce que tu te punisses.
Garde aussi en tête que ceux qui sont en paix avec eux-mêmes ne cherchent pas à piéger les autres ni à les culpabiliser parce qu’une situation ne s’est pas déroulée comme ils l’auraient voulu. C’est un repère précieux : si tu ressens qu’avec quelqu’un tu ne peux jamais être toi-même et que tu dois peser chacun de tes mots, il vaut mieux garder une certaine distance…











