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« Parfois, je ne parle à personne pendant des jours. » – La solitude à l’âge adulte

Angèle Laurent5 min de lecture
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« Parfois, je ne parle à personne pendant des jours. » – La solitude à l’âge adulte — Mode de vie
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Personne ne nous prépare à quel point la vie d’adulte peut être solitaire.

J’avais du mal à m’avouer pourquoi je préfère commander à manger plutôt que cuisiner. J’aime cuisiner, mais quand je commande, je peux au moins échanger quelques mots avec le livreur. Même si c’est juste un « salut, merci » en toute simplicité. Je travaille à la maison et il m’arrive de ne parler à personne pendant plusieurs jours. En tant qu’adulte, j’ai compris que la compagnie est aussi essentielle que la nourriture, l’eau ou l’air.

Surprise

Un vendredi, j’ai eu une crise d’asthme et avec mes dernières forces, j’ai appelé les secours. Ils m’ont emmenée à l’hôpital, où je suis restée jusqu’au lundi après-midi. J’avais laissé mon téléphone à la maison et je pensais y trouver une dizaine de messages et d’appels manqués, mais il n’y en avait que deux : un mail de mon supérieur demandant un rapport pour le lendemain, et une vidéo drôle de chat envoyée par une amie. Personne n’a remarqué que j’avais disparu pendant trois jours, et ça m’a profondément touchée.

Je me suis souvenue de la voisine Enikő, que je plaignais enfant – elle ne sortait jamais et personne ne venait la voir – et j’ai dû admettre qu’à 35 ans, je vis comme elle à 75 ans…

Seule

Au lycée et à l’université, on passait toutes nos soirées ensemble et on faisait la fête chaque week-end. On avait promis de rester proches, mais le groupe de discussion est devenu de plus en plus silencieux et à la trentaine, nous nous sommes complètement éloignés. Pas de dispute, pas d’adieux, juste une disparition progressive du lien. Chacun travaille, élève ses enfants, et n’a plus de temps. Je n’ai plus que des amitiés professionnelles, superficielles. Pas de passé commun, pas de vraie connaissance. On échange quelques mots à la pause déjeuner ou on prend un café après le travail, sans projets communs.

Femme assise seule dans une pièce sombre

Différemment

J’ai grandi fille unique dans un petit appartement d’un immeuble délabré, mais j’ai plein de beaux souvenirs d’enfance. Mes parents invitaient les voisins – ou nous allions chez eux – pour manger ou jouer ensemble. On dansait du rockabilly dans le petit salon. Papa rentrait plus tard après une bière avec ses amis, maman riait avec sa collègue dans la cuisine, ou on allait au parc avec des amis de la famille où je jouais avec leurs enfants.

Maintenant, j’ai la trentaine – comme eux à l’époque – et ma vie est très différente. Je suis mère célibataire et je ne sais même pas qui sont mes voisins. Pas d’amis au travail, j’y vais juste pour travailler. Mes parents sont âgés et ont déménagé à la campagne, on ne les voit qu’aux fêtes avec mon enfant. Je discute un peu avec d’autres mamans de l’école, mais uniquement pour parler des gâteaux à apporter aux fêtes. Je n’ai ni le temps, ni l’énergie, ni l’occasion de me faire des amis, même si j’en ai vraiment envie.

Kodokushi

Il y a quelques années, on a appris qu’une femme était restée morte chez elle pendant des années avant d’être découverte. Sa famille et ses amis ne la cherchaient pas, et ses factures étaient automatiquement prélevées, ce qui a retardé la découverte de son décès. En lisant son histoire, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander quand on remarquerait mon absence si cela m’arrivait. Ma mère est décédée, je parle rarement à mon père. Mes amitiés se sont effacées, elles ont disparu.

Clairement, ce serait mon propriétaire ou mon employeur qui s’en rendrait compte en premier si je mourais, et c’est tellement triste. Ce n’est pas réconfortant non plus de savoir qu’au Japon, ce phénomène est si courant qu’il a un nom depuis les années 80 : kodokushi. Pour le Nouvel An, la solitude était si pesante que je suis allée frapper chez mon voisin pour trinquer avec lui.

Jeune fille recroquevillée au sol, triste

Des étrangers

Récemment, j’ai écrit sur Facebook à mes deux anciennes meilleures amies de fac. Nous avons passé quatre mois à organiser une rencontre. Si je n’avais pas relancé chaque semaine, la conversation serait morte, mais je ne voulais pas lâcher. Finalement, on a réussi à se voir difficilement.

Une fille n’a pu rester qu’une heure, car elle devait rentrer s’occuper de son enfant malade, l’autre est arrivée en retard à cause du travail. Pendant ce court moment, on a juste échangé des infos (où tu habites, ton travail, ton conjoint, la taille des enfants, etc.) et un peu de nostalgie. En partant, on a promis de se voir régulièrement, mais vous pouvez deviner combien de fois on s’est revues depuis : probablement jamais

Loin

Tout le monde m’enviait quand j’ai déménagé au Canada, et moi aussi je pensais que ce serait génial. Aujourd’hui, à 33 ans, je peux dire que si je pouvais revenir en arrière, je ne partirais jamais si loin. Je ne peux pas – ni ne veux – rentrer, car j’ai construit ma carrière ici et tout recommencer à zéro chez moi serait difficile. Ma famille et mes amis se sont habitués à mon absence et on s’écrit rarement sur les réseaux sociaux. Je ne fais plus vraiment partie de leur vie. Je n’ai pas trouvé de vrais amis proches ici et je me sens toujours « invitée » dans ce pays. Je travaille seule, je fais mes courses seule, je dîne seule. J’ai récemment adopté un chat de refuge, car je sentais que la solitude allait me rendre folle.

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