Je suis seule organisatrice d’événements, poubelle émotionnelle et agenda vivant : quel est le travail émotionnel féminin le plus difficile ? Les femmes portent un poids émotionnel bien plus lourd que les hommes, voyons pourquoi.
Le miroir
Je dois toujours refléter l’humeur de mon mari. S’il est de bonne humeur, je dois l’être aussi, sans laisser place à la tristesse. S’il est en colère, je dois partager son indignation, et s’il est triste, je dois sombrer avec lui dans la mélancolie. Même si j’étais joyeuse et qu’il rentre en me racontant une histoire sur son patron désagréable. Je suis obligée de refléter toutes ses émotions.
Honorée
Mes enfants et mon mari sont adorables de me considérer comme leur confidente principale, mais c’est souvent un fardeau. Par exemple, quand je rentre d’une journée difficile au travail, tout ce dont j’ai envie, c’est d’un bain chaud, du silence et d’un verre de vin pour apaiser mes nerfs – mais je dois mettre tout ça de côté parce que ma petite famille m’attend et chacun veut me confier quelque chose. C’est un honneur qu’ils se confient à moi, mais parfois j’ai l’impression de ne plus avoir de place pour mes propres soucis, car je porte aussi ceux des autres.

Le défi
Je suis l’organisatrice officielle, comme toutes les mamans. C’est à moi de planifier les activités familiales, la tâche la moins reconnue. Un enfant veut partir en randonnée ou faire du sport, un autre préfère le cinéma ou une expo, et le troisième ne s’intéresse qu’aux animaux. (Et je ne parle même pas de mon mari, qui est comme un quatrième enfant et qui veut toujours faire du karting ou du billard.)
Donc, c’est moi qui organise et je cajole celui qui n’est pas content. Je supplie l’enfant du moment de faire bonne figure, car la dernière fois son frère est venu à l’activité qui l’intéressait. Parfois je dois négocier ou offrir une récompense pour maintenir l’unité familiale. Je ne peux pas imposer sans prévenir, sinon tout le monde s’énerve : je dois toujours rester la maman patiente et bienveillante. Au final, tout le monde passe un bon moment, mais je n’ai jamais de merci ni de gratitude. Et personne ne pense à ce que JE voudrais une fois dans ma vie, ça n’intéresse personne.
Le sang-froid
Je dois rester calme et maîtriser mes émotions quand mon petit garçon galère en maths et jette son trousseau en criant contre le mur. Quand mon mari a une mauvaise journée et qu’on ne peut pas lui parler. Quand ma fille fait une crise parce qu’elle ne veut pas dîner, qu’elle fait un régime et qu’elle est devenue végane depuis hier. Je ne peux pas me fâcher – ce n’est pas permis à une maman – et je ne dois jamais pleurer devant eux, sinon ils paniquent.
(Histoire vraie.)

L’itinéraire
Je n’étais pas une fille organisée quand j’étais jeune, mais la maternité m’y a contrainte. C’est à moi de me souvenir de toutes les sorties scolaires, excursions, fêtes, spectacles, compétitions sportives, réunions de parents. Tous les rendez-vous médicaux et dentaires, y compris ceux de mon mari. D’ailleurs, je gère aussi ses événements d’entreprise, fêtes de Noël ou autres, car sans mon rappel, il oublierait sûrement. Quand j’ai eu mon deuxième enfant, à la maternité, entre deux contractions, je lui ai rappelé de sortir les poubelles ce soir-là, mais il a oublié en rentrant. J’ai passé la première semaine à la maison avec le bébé à accumuler les poubelles dans un coin du jardin.
L’inventaire
Je dois savoir quel type et quelle quantité de nourriture il y a à la maison. Je suis responsable de tous les papiers importants : garanties des appareils électroniques, passeport de mon mari, actes de naissance des enfants, diplômes, dossiers médicaux, etc. Je sais où tout se trouve. Seule moi sais dans quel tiroir sont les piles, les bougies, la lampe de poche. Où sont les skis, la tente, la raquette de badminton, la rame. Les médicaments, les pansements, la bétadine. Même les outils comme la pince ou le tournevis, c’est moi qui les gère, pas mon mari.











