Quand une longue pause scolaire approche, ou qu’un imprévu nous oblige à rester enfermés avec ma fille, une question me taraude : comment vais-je vraiment l’occuper ?
Heureusement, c’est devenu plus simple qu’avant. Petite, elle demandait une attention constante, et je devais organiser toute ma journée autour d’elle. Aujourd’hui, c’est fini, ce qui est à la fois libérateur et un peu triste – voir cette époque où nous étions le centre de son univers s’éloigner. Mais cette autonomie ouvre aussi de nouvelles portes : je ne suis plus seulement son « service à la demande », j’ai du temps pour mes pensées, un café tranquille ou un livre en suspens, tout en sachant qu’elle construit son propre monde. Ces moments volés pour moi m’aident à revenir vers elle plus patiente et équilibrée, quand elle a de nouveau besoin de moi.
La force de l’ingéniosité née du silence intérieur
Quand ma fille tourne pour la dixième fois autour de moi dans la cuisine avec son classique et épuisé « maman, je m’ennuie », je ne saute plus immédiatement pour sortir une liste d’idées toute prête. Avant, je culpabilisais de ne pas la divertir sans cesse, mais aujourd’hui je sais qu’elle est en fait à l’aube d’un processus créatif intérieur. Petite, elle sortait ses peluches ou ses cubes, mais aujourd’hui la « magie » se manifeste autrement.
Si je ne lui donne pas la solution sur un plateau, et que je la laisse râler une bonne demi-heure, je la vois soudain prendre des notes dans son journal, inventer une nouvelle chorégraphie sur sa musique préférée, ou réorganiser ses étagères en triant ses souvenirs. Cette immersion ne peut naître que si on laisse nos enfants puiser dans leurs ressources intérieures pour affronter le vide. C’est là que leur capacité à résoudre des problèmes et cette attention créative se développent, les aidant à devenir non seulement consommatrices, mais aussi créatrices de leur temps.
Que se passe-t-il sous la surface ? L’ennui n’est pas un état passif, mais la salle de sport la plus importante pour le cerveau.

Quand on prive l’enfant des stimulations toutes faites, son système nerveux bascule en « mode par défaut », terreau fertile pour créativité et introspection. C’est là que la motivation intérieure se met en marche : l’enfant agit non pas sous la contrainte d’une règle extérieure ou d’un écran clignotant, mais parce qu’il découvre ses propres envies et idées. Ce processus pose aussi les bases de la régulation émotionnelle, car celui qui apprend à supporter la tension de l’ennui reste plus résistant et flexible face au stress plus tard.
Résister à la tentation du secours numérique instantané
En tant que parent, c’est le plus difficile à tenir à l’ère des écrans. Pour la génération d’aujourd’hui, téléphone et tablette sont une source immédiate de dopamine, qui fait disparaître l’ennui désagréable en un instant, mais les prive aussi de l’expérience authentique. Je me souviens de la période pandémique où nous travaillions tous les deux à la maison. Tout semblait si chaotique que souvent l’écran était la seule échappatoire pour finir notre travail.
Aujourd’hui, j’essaie plutôt d’impliquer ma fille dans les tâches ménagères, même si cela ne séduit pas toujours son esprit adolescent habitué au confort et aux résultats immédiats. J’ai appris à ne pas attendre d’enthousiasme débordant ni de sourire reconnaissant, car cuisiner ensemble ou étendre le linge n’est pas aussi excitant qu’une vidéo dynamique. Pourtant, je crois que ces moments simples, « analogiques », et la routine silencieuse du travail partagé s’ancreront profondément en elle, et que dans quelques années, ce sont ces bases solides qu’elle se rappellera avec tendresse de son enfance.

Le vide planifié, clé du développement
J’entends souvent les générations plus âgées dire que de leur temps, l’ennui n’existait pas : on était envoyés dehors dès le matin et on devait se débrouiller jusqu’à la tombée de la nuit. Je me souviens pareillement – on attendait avec impatience d’être enfin seuls, sans adultes. Même si le monde a beaucoup changé et que nos semaines sont ultra chargées, je m’efforce d’insérer volontairement des « temps morts » dans l’agenda, sans entraînement ni obligation.
Parfois, c’est dur de ne pas se précipiter pour jouer le rôle de sauveur, mais il faut savoir que l’ennui est le meilleur terreau pour que les racines de l’autonomie s’enracinent. Apprendre à nos enfants à être bien seuls avec eux-mêmes, c’est leur offrir un trésor qui les aidera toute leur vie, dans les moments bruyants comme dans les silences.











