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Pourquoi je ne dirai jamais à ma fille qu'elle peut « devenir tout ce qu'elle veut »

Schuster Borka5 min de lecture
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Pourquoi je ne dirai jamais à ma fille qu'elle peut « devenir tout ce qu'elle veut » — Famille
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Tribune : Schuszter Borka

« Tu peux devenir tout ce que tu veux quand tu seras grand. » C'est sans doute l'une des plus belles phrases que nous héritons de nos parents et que nous répétons ensuite, presque machinalement, à nos propres enfants. On la croit encourageante, lumineuse, capable d'ouvrir grand les portes du monde. Et pourtant, je ne la dis pas à ma fille.

Ce n'est pas que je n'y crois pas. C'est plutôt que, si l'on n'y prête pas attention, cette phrase peut déraper et laisser derrière elle une attente que l'enfant devra porter plus tard. Car « tu peux tout devenir » se transforme très vite en « tu aurais pu tout devenir… et c'est ça que tu as choisi ? ». Comme si la vie était une liste infinie de possibilités où il suffisait de choisir, et de vouloir assez fort.

Or, au fond, nous savons tous que ça ne marche pas comme ça. En tant que mère, je considère que l'une de mes tâches les plus importantes est de croire en ma fille. Qu'elle voie sur mon visage que j'ai confiance en elle, que je la soutiendrai, et que je ne poserai jamais de limites à ce qu'elle essaie. Mais je crois qu'il est tout aussi essentiel de lui apprendre autre chose : tout ne réussit pas du premier coup, et parfois, certaines choses ne réussissent pas du tout.

L'échec n'est pas un accident de parcours, c'est un passage presque inévitable. Et c'est bien plus difficile à transmettre que les belles phrases d'encouragement.

Dire « tu peux tout devenir » ne suffit pas

Les enfants ont aussi besoin de voir que le chemin vers un objectif est souvent lent, épuisant, et jalonné de moments où il faut tout repenser. Parfois, on travaille énormément pour quelque chose sans jamais atteindre le but visé. Parfois, on découvre qu'une chose ne nous convient pas, même si on la désire de tout notre cœur. Et ce n'est pas un drame. C'est simplement la réalité.

Il y a autre chose dont on parle rarement : en vérité, nous ne pouvons pas tout devenir. Cela peut sembler dur au premier abord, mais je pense que, tout en croyant en soi, il n'est pas mauvais de rester lucide. Moi, par exemple, j'aurais eu beau rêver de devenir chanteuse enfant, je ne le serais jamais devenue. Je n'avais ni la voix, ni le talent, ni cette forme de persévérance qu'il aurait fallu pour prendre cette voie au sérieux. Et c'est très bien ainsi.

De la même façon, ce n'est pas grave si quelqu'un ne devient pas graphiste parce qu'il manque de vision dans l'espace, ou mathématicien parce que les chiffres ne s'assemblent tout simplement pas dans sa tête comme chez d'autres. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est une différence.

On a souvent l'impression qu'en disant cela, on limite ses enfants. Pourtant, je crois que c'est exactement l'inverse : si on ne le dit pas, on les laisse s'enfermer dans une attente qui pourra engendrer, plus tard, une insatisfaction permanente.

Car si « je peux tout devenir », alors pourquoi ne suis-je pas QUELQUE CHOSE ? Pourquoi ne suis-je pas le meilleur ? Pourquoi ne suis-je pas exceptionnel ? Pourquoi n'ai-je pas réussi ce que j'ai essayé ?

L'illusion du « tu peux tout devenir »

À force de chérir les rêves, on oublie aussi de rappeler que la vie ne se résume pas aux sommets. La plupart des gens ne deviendront pas célèbres dans le monde entier, ne feront pas la une des journaux et ne révolutionneront pas leur métier. Et pourtant, ils peuvent vivre une vie belle, équilibrée et pleine de sens à leurs propres yeux. Et c'est peut-être même le plus important.

Je veux que ma fille ose rêver, mais qu'elle ne se mesure pas à son degré d'excellence. Plutôt à quel point elle se sent bien dans ce qu'elle fait. À quel point elle reste en paix avec elle-même même lorsque quelque chose ne réussit pas du premier coup, ou lorsqu'elle finit par emprunter un chemin différent de celui qu'elle avait imaginé.

Le but n'est pas qu'elle soit la meilleure en tout. Ni qu'elle brille absolument dans un domaine. Le but, c'est qu'elle trouve ce qui la rend bien. Et si, pour cela, elle doit parfois renoncer à l'illusion de pouvoir tout devenir, ce n'est pas une perte à mes yeux. C'est plutôt une forme de clairvoyance.

Le monde ne rétrécit pas quand on apprend que nous avons des limites. Il devient au contraire plus net, plus précis. On voit mieux dans quelle direction il vaut la peine de s'engager, et ce qui restera au stade du simple désir. Et c'est justement cela que je préfère lui apprendre : ne pas tout vouloir, mais trouver ce qui est vraiment à elle.

Pourquoi ne pas dire à son enfant qu'il peut tout devenir ?

Parce que cette phrase, aussi bien intentionnée soit-elle, peut se transformer en une attente écrasante. Elle laisse croire qu'il suffit de vouloir pour réussir, et peut nourrir plus tard un sentiment d'insatisfaction permanente.

Est-ce que dire à un enfant qu'il ne peut pas tout faire le limite ?

Selon l'autrice, c'est l'inverse. Reconnaître nos différences et nos limites n'est pas un jugement de valeur, mais une forme de lucidité qui aide l'enfant à se diriger vers ce qui lui correspond vraiment.

Quel message vaut-il mieux transmettre à son enfant ?

Qu'il ose rêver, mais qu'il ne se mesure pas à son degré d'excellence. L'important est qu'il se sente bien dans ce qu'il fait et qu'il reste en paix avec lui-même, même en cas d'échec.

Faut-il apprendre à un enfant à accepter l'échec ?

Oui. L'échec n'est pas un accident de parcours mais un passage presque inévitable. L'accepter aide l'enfant à comprendre que tout ne réussit pas du premier coup, et que ce n'est pas un drame.

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