J’ai longtemps été la plus jeune partout où j’ai travaillé, et c’était un rôle que j’adorais. J’étais douée dans ce que je faisais, alors on me confiait vite des missions que d’autres recevaient des années plus tard. J’aimais voir la surprise sur les visages quand ils réalisaient à quel point j’étais jeune. C’était une sensation agréable et amusante. J’étais la « wonderkid » au boulot, celle à qui tout le monde prédisait un bel avenir.
Ça semblait naturel pendant un moment. Dans la vingtaine, on croit facilement qu’on restera jeune pour toujours.
Puis, comme tout, ça passe
Au début, on remarque juste que plus personne ne demande ton âge. Pas parce que c’est un secret, mais simplement parce que ça n’intéresse plus. Puis arrivent les premiers collègues visiblement plus jeunes que toi. Ensuite, ils sont de plus en plus nombreux, et ce ne sont plus seulement des stagiaires fraîchement arrivés.
Le moment vient où c’est toi qui plaisantes à la cantine sur le fait que un membre talentueux de l’équipe est incroyablement jeune, puis tu clignes des yeux deux fois et on te présente ton nouveau patron, plus jeune que toi. Beaucoup plus jeune.
Je vis ça pour la première fois. Quelqu’un avec qui je travaille occupe un poste plus élevé que moi, et il est plusieurs années plus jeune.
Étrange ? Un peu, comme toute situation nouvelle dans la vie peut l’être. Mais alors, quel sentiment ça provoque ?

Honnêtement ? Ça ne me dérange pas du tout.
En partie parce que j’ai consciemment construit mon parcours. J’ai eu l’occasion de suivre la voie où l’on prend de plus en plus de responsabilités, où le titre sur la carte de visite s’allonge, et où le salaire augmente aussi, mais avec le poids des décisions.
C’est un chemin tout à fait légitime.
Mais je n’ai pas choisi cette voie. Pas par manque d’ambition, mais parce que j’ai réalisé que je me sens mieux dans un autre type de travail. Là où la dimension professionnelle compte, où la réflexion, la création, le contenu et surtout ma liberté personnelle sont au cœur. Pas là où il faut diriger des gens, gérer des questions organisationnelles et évoluer constamment dans une hiérarchie.
Ce n’est ni une meilleure ni une moins bonne carrière. C’est juste différente.

Et quand on accepte ça sincèrement, la question de la hiérarchie perd de son tranchant. Je ne ressens pas qu’il y ait des gens « sous » ou « au-dessus » de moi. Ce sont plutôt des rôles différents dans un travail commun.
Et si ça ne suffisait pas à me réjouir de travailler avec quelqu’un de plus haut placé, mais bien plus jeune, j’ai une autre raison : j’aime vraiment la génération plus jeune.
J’aime leur envie de prouver ce qu’ils valent. Leur énergie, leurs idées, leur curiosité. Leur rapidité à réagir et leur audace à tester de nouvelles solutions.
Mais ils ont aussi quelque chose que les générations précédentes avaient moins : ils ne veulent pas se sacrifier sur l’autel du travail. Leur temps, leur vie, et le fait que ce qu’ils font corresponde à qui ils sont vraiment comptent pour eux.
Et franchement, je respecte ça énormément.
Peut-être aussi parce qu’avec le temps, on réalise à quel point il est facile de se laisser entraîner dans une carrière qu’on n’a pas vraiment choisie. Juste parce qu’il y avait toujours une étape suivante « logique » à franchir.
Travailler avec un patron plus jeune que soi, c’est surtout voir que quelqu’un a choisi un autre chemin. Et qu’il l’a parcouru.
Moi, je suis mon propre chemin.
C’est pourquoi ça ne me dérange absolument pas d’avoir un patron plus jeune. Au contraire. C’est un vrai plaisir de travailler avec quelqu’un qui a de l’énergie, de l’ambition, et qui prend son travail au sérieux.
Au final, c’est ça qui compte. Pas l’âge.











