Récemment, je tombe souvent sur des posts où des adultes expliquent en détail à quel point les enfants les dérangent. Les pleurs dans l’avion. Les jérémiades au restaurant. Les courses dans le centre commercial. Sous ces commentaires, un chœur se forme toujours pour confirmer :
oui, les enfants sont agaçants, les parents irresponsables, et le monde insupportable.
Je ne sais pas à quoi s’attendent ces posts. À de la sympathie ? De la compassion ? Pour ma part, ils ne suscitent rien de tout ça. Au contraire : je me dis vite que c’est l’auteur du post que je ne pourrais pas supporter longtemps, par exemple lors d’une conversation.
Je comprends que les pleurs sont bruyants. Qu’après une longue journée de travail, on souhaite du calme. Qu’un dîner au restaurant ne s’accorde pas toujours avec un caprice en pleine crise. Mais c’est là que commence l’âge adulte : reconnaître que le monde n’est pas un service personnalisé.
Un enfant apprend encore à exister
Il découvre comment fonctionne son corps, comment gérer la faim, la fatigue, la déception. Il apprend à réguler ses émotions, à respecter les normes sociales, à savoir quand se taire et quand s’exprimer. Ce n’est pas une mise à jour qu’on télécharge du jour au lendemain. C’est un long processus, plein d’essais et d’erreurs. Trial and error. Beaucoup d’erreurs.
Les pleurs font partie de cet apprentissage. Ce sont des émotions débordantes, un contrôle de soi encore en construction. Ce n’est pas de la manipulation, ni une provocation délibérée, mais un stade de développement. Ce n’est pas un défaut, c’est un état.
Ce que je trouve plus difficile à comprendre, c’est quand un adulte estime avoir le droit d’exiger que l’espace public serve toujours et en toutes circonstances son confort. Comme si le café, l’avion, le parc ou le restaurant étaient une bulle insonorisée et stérile où seules ses envies comptent.

L’espace public est par définition commun. Le « commun » signifie que d’autres sont là aussi. Dans des situations de vie différentes, avec des systèmes nerveux différents, des priorités différentes. Des personnes âgées, des ados, des touristes, des bébés.
L’espace collectif n’est pas un luxe, c’est une pratique de vie ensemble.
Je trouve ironique quand quelqu’un écrit longuement et avec colère combien il est scandaleux qu’un enfant de trois ans ne puisse pas rester silencieux pendant quarante minutes. Puis ce même adulte ne supporte pas dix minutes d’inconfort sans ressentir le besoin de se plaindre en ligne.
Si quelqu’un pense vraiment que le monde doit s’adapter à sa zone de confort, pour moi, il ressemble bien plus à un enfant capricieux qu’à un enfant qui apprend à ne pas l’être.
On peut ne pas aimer le brouhaha des enfants. On peut choisir consciemment une vie sans enfants. On peut chercher des lieux calmes, des restaurants, hôtels, cinémas réservés aux adultes. Ce sont des choix légitimes. Mais on ne peut pas réorganiser toute la société parce que quelqu’un est dérangé par une phase de développement.
Les enfants ne sont pas des invités dans ce monde
Ils ne sont pas des perturbateurs temporaires à garder entre quatre murs jusqu’à ce qu’ils deviennent « prêts ». Ils font partie de la communauté, comme tout le monde. Leur présence est parfois bruyante, parfois chaotique, mais toujours légitime.
Ainsi, à ceux qui écrivent régulièrement qu’ils ne supportent pas les enfants qui pleurent, je dirais simplement : peut-être faudrait-il réfléchir à qui se comporte vraiment de manière immature. Si un léger inconfort vous déstabilise autant, ce n’est pas le problème de l’enfant.
Et si quelqu’un devient aussi capricieux parce qu’il y a d’autres personnes autour de lui, peut-être devrait-il suivre son propre conseil et rester chez lui. Car si un adulte ne peut pas accepter que le monde ne tourne pas autour de lui, ce n’est pas aux enfants de pleurer plus doucement, mais à lui de grandir un peu.











