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« Être présent à l'accouchement serait un plus grand sacrifice que souffrir 18 heures de travail » — Le double standard sur le corps féminin

Angèle Laurent6 min de lecture
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« Être présent à l'accouchement serait un plus grand sacrifice que souffrir 18 heures de travail » — Le double standard sur le corps féminin — Relation
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Les hommes adorent le corps des femmes. Sauf quand il fait ce pour quoi il est fait.

Le double standard, version quotidienne

Des dessins de pénis, des blagues sur le pénis, des photos de pénis, des conversations entières sur le pénis : tout ça, c'est normal, banal, même drôle. Osez prononcer les mots clitoris, menstruation ou vagin, et l'ambiance change du tout au tout. Les regards se détournent, les hommes s'esquivent, et si vous insistez, on vous colle l'étiquette de « coincée ».

Ce double standard n'est pas anodin. Il dit quelque chose de profond sur la façon dont le corps féminin est perçu : désirable quand il est passif, repoussant quand il est vivant.

« Beurk, range ça tout de suite ! »

Je n'avais aucune idée de ce qui se passait quand j'ai entendu mon petit ami crier depuis la salle de bain : « Beurk, range ça immédiatement ! » J'étais en train de faire la vaisselle, je lui ai demandé de quoi il parlait. Sa voix trahissait un dégoût sincère quand il a lâché : « Un tampon. »

Mon cœur s'est arrêté. J'avais oublié un tampon usagé ? Non. C'était la boîte de tampons, simplement laissée ouverte sur le bord du lavabo, qui l'avait mis dans cet état. J'ai pensé : si une boîte le met dans cet état, que fera-t-il le jour où j'accoucherai, ou si j'allaite ? À ce moment-là, j'ai su qu'il ne serait jamais le père de mes enfants.

« Je ne peux pas faire ça »

Mon mari a refusé de m'apporter ma coupe menstruelle dans la salle de bain. Elle était rangée dans une petite pochette en velours — il n'aurait même pas eu à la voir ni à la toucher. Peu importe. La réponse était non.

« On revient quand vous avez fini de parler de trucs de filles »

Nous rendions visite à des amis qui venaient d'avoir un bébé. Nous admirions le nourrisson endormi quand j'ai demandé à la maman si elle avait du lait. Le père s'est levé théâtralement et a lancé : « Allez, on sort, les garçons, pendant qu'elles parlent de leurs affaires de femmes ! » Les hommes sont partis en rigolant.

Je n'arrivais pas à comprendre quel genre de père est incapable d'entendre parler de l'allaitement de son propre fils.

« Ce n'est vraiment pas à moi de faire ça »

Un jour, j'ai demandé à mon petit ami de l'époque — qui allait faire les courses de toute façon — de me ramener un paquet de serviettes hygiéniques. Il a refusé. Mot pour mot : « Je ne peux vraiment pas te demander ça. » À lui. Lui demander ça.

Quand un homme quitte la pièce pour aller vomir

Lors d'un dîner entre amis — tous parents de jeunes enfants —, une femme a mentionné qu'au temps où elle allaitait, il lui suffisait de penser à son bébé dans la journée pour que le lait monte. Tous les hommes présents ont affiché une grimace de dégoût. L'un d'eux s'est levé et s'est dirigé vers les toilettes… pour vomir.

Une fonction naturelle du corps humain, celle qui nourrit un enfant, avait provoqué une nausée réelle chez un adulte.

« Après ça, je ne pourrais plus coucher avec elle »

Un collègue annonce que sa femme est enceinte. Les félicitations fusent. Une collègue lui demande innocemment s'ils envisagent un accouchement avec le père présent. Le gars — que je trouvais sympa jusqu'à cet instant — répond en riant : « Ah non, surtout pas, après je ne serais plus capable de coucher avec elle ! »

Les collègues masculins ont hoché la tête en souriant. Les femmes ont échangé des regards silencieux.

Le vrai sacrifice, selon la famille

Je n'oublierai jamais comment ma famille a traité mon frère en héros parce qu'il était présent à la naissance de son fils. Lui. Le héros. Pendant ce temps, sa femme — qui avait travaillé pendant 18 heures pour mettre au monde un bébé de presque quatre kilos — n'a été célébrée par personne, sauf moi.

Être présent dans la salle d'accouchement serait donc un plus grand sacrifice que d'accoucher. Voilà où on en est.

La grande conférence sur les seins

Lors d'une soirée, j'ai eu le plaisir d'écouter cinq hommes passablement éméchés débattre des seins féminins. Les gros, c'est mieux que les petits. Mais les gros finissent par tomber. On peut les opérer, certes, mais les implants, c'est moins bien que le naturel. Sauf que le naturel, c'est soit trop petit, soit trop grand — et dans ce cas, ça tombera bientôt de toute façon.

Aucune issue. Aucun sein n'était à la hauteur. Et aucun de ces hommes ne semblait voir le moindre problème dans cette conversation.

Le premier rendez-vous révélateur

Un homme m'a expliqué dès le premier rendez-vous qu'il ne pratiquait pas le sexe oral sur les femmes parce que ça ne lui « disait rien ». Je lui ai demandé s'il l'attendait de sa partenaire. Réponse immédiate : oui, à chaque fois.

J'ai gardé mon calme et lui ai posé la question suivante : si tu l'attends mais refuses de le donner, as-tu envisagé que tu pourrais être gay ? Il s'est indigné. Pourtant, la question me semblait parfaitement logique.

La blague qui ne fonctionne que dans un sens

Un homme a sorti cette blague : que dit un aveugle en passant devant le marché aux poissons ? « Bonjour les filles ! » Tous les hommes ont ri. Je lui ai demandé ce qu'il disait en passant devant la fromagerie puante. « Bonjour les garçons ? »

Personne n'a ri. On m'a regardée avec offense.

L'odeur intime des femmes est une source de blagues inépuisable. Celle des hommes, non. Comme si eux sentaient la rose en permanence.

Ce double standard — sur le dégoût, le corps, la sexualité, l'accouchement — n'est pas qu'une question d'humour ou de sensibilité personnelle. C'est le reflet d'une culture qui célèbre le corps féminin comme objet tout en refusant de le reconnaître comme réel, vivant, et pleinement humain.

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