À chaque arrivée de l’hiver, je remarque un changement net dans mon appétit : il augmente. Je ne mange pas seulement plus, mais mes envies évoluent aussi. Les salades légères du printemps et de l’été laissent place à des plats plus copieux et riches en glucides : gratins, soupes réconfortantes — tout ce qui réchauffe et rassasie.
Des spécialistes dévoilent les raisons derrière cette transformation marquée de nos habitudes alimentaires en hiver — et s’il y a lieu de s’en préoccuper pour notre santé.
Pourquoi a-t-on souvent plus faim en hiver ?
« On observe clairement que par temps froid, l’appétit augmente et les gens préfèrent des plats plus lourds et nourrissants », explique à SELF Thanh Thanh Nguyen, diététicienne chez Mendinground Nutrition.
Il s’agit souvent de plats crémeux ou riches en amidon, comme les pâtes au fromage ou la purée de pommes de terre. Cette idée est aussi ancrée culturellement — ce n’est pas un hasard si on parle de « saison des soupes ». En résumé :
« Avoir plus faim en hiver est tout à fait normal », ajoute Kathleen Moore, diététicienne au Wexner Medical Center de l’Ohio State University.
Selon Moore, la baisse de lumière et la température plus basse jouent un rôle clé, affectant notre appétit et notre humeur — parfois subtilement, parfois très clairement. Janice Dada, diététicienne et conseillère en alimentation intuitive, rappelle que ces variations saisonnières diffèrent d’une personne à l’autre, mais qu’elles sont très fréquentes en raison des effets physiologiques de l’hiver.

Production de chaleur (thermogenèse)
Pour maintenir une température interne idéale d’environ 37 °C, ton corps doit travailler plus dur quand il fait froid.
« Notre métabolisme s’accélère et on utilise un type spécial de graisse, appelée graisse brune, comme carburant pour garder le corps au chaud », explique Dada.
Une étude de 2014 publiée dans Diabetes montre que chez les personnes en bonne santé possédant de la graisse brune, le métabolisme au repos peut augmenter jusqu’à 14 % en réponse au froid, même si la plupart des estimations situent cette hausse entre 5 et 11 %. La graisse brune est unique car elle transforme directement l’énergie en chaleur.
Ton corps peut aussi commencer à trembler — ces contractions musculaires involontaires génèrent de la chaleur, un peu comme lors d’un exercice physique, comme le confirme une étude publiée dans Cell Metabolism. Quel que soit le mécanisme exact, le résultat est le même : tu brûles plus de calories au froid, ce qui stimule naturellement l’appétit.

L’effet thermogénique de la digestion
La digestion augmente aussi le métabolisme et produit de la chaleur, selon Nguyen. La fermentation, c’est-à-dire le processus par lequel les micro-organismes intestinaux décomposent les glucides complexes (comme les fibres), peut générer jusqu’à 60 calories de chaleur par heure.
« Une hypothèse est que nous mangeons plus souvent en hiver parce que manger est lui-même un processus thermogénique qui aide à garder le corps au chaud », ajoute Nguyen.
(Ce n’est pas un hasard si la cryothérapie est souvent appelée « méthode miracle pour brûler les graisses ».)
Baisse du taux de sérotonine
En hiver, on reçoit moins de lumière, ce qui affecte aussi la sérotonine. Ce neurotransmetteur, souvent surnommé « hormone du bonheur », est partiellement produit sous l’effet de la lumière du jour, donc son taux peut diminuer avec les jours plus courts. Cela peut contribuer à la dépression saisonnière (SAD). Une étude de 2014 a montré que les personnes atteintes de SAD avaient 5 % de protéines SERT en plus en hiver, ce qui bloque l’effet de la sérotonine.
La sérotonine régule non seulement l’humeur, mais agit aussi comme un coupe-faim naturel. Son déficit peut donc entraîner des excès alimentaires. Et quand on se sent mal moralement, la nourriture devient facilement un soutien émotionnel.

Pourquoi avons-nous envie de glucides ?
Les aliments riches en glucides répondent à plusieurs besoins à la fois. Ils fournissent de l’énergie rapidement, aidant à compenser l’augmentation du métabolisme, et le cerveau privilégie ces aliments pour calmer la faim rapidement. De plus, la digestion des glucides et des protéines produit plus de chaleur que celle des graisses, et les glucides participent aussi à l’augmentation de la sérotonine, ce qui améliore l’humeur.
Autres facteurs
Le changement d’appétit saisonnier est aussi renforcé par des raisons pratiques, sociales et émotionnelles : en hiver, on trouve d’autres légumes, le stress augmente, les fêtes s’enchaînent, et la légère déshydratation due à l’air froid et sec peut être confondue avec la faim. En plus, on privilégie instinctivement les plats chauds plutôt qu’une salade froide.
Quand faut-il s’inquiéter ?
« Quelques kilos en plus en hiver ne sont généralement pas une source d’inquiétude », souligne Dada. « C’est plutôt le rythme naturel et saisonnier du corps. »
Cependant, si tu as l’impression que manger échappe à ton contrôle ou que tu utilises uniquement la nourriture pour gérer tes émotions, il est important de consulter un professionnel. Le manger excessif ou la culpabilité constante sont des signaux d’alerte.
Le message clé : avoir plus faim en hiver, vouloir des plats riches en glucides et prendre un peu de poids est tout à fait normal. Écoute ton corps, mange équilibré, hydrate-toi, profite du soleil et bouge — mais surtout, sois bienveillant envers toi-même.











