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« Ça peut toujours servir » : pourquoi c'est si dur de se séparer de nos objets

Szabó Erzsébet6 min de lecture
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« Ça peut toujours servir » : pourquoi c'est si dur de se séparer de nos objets — Mode de vie
Dans cet article

Chaque hiver, c'est la même histoire. J'ai tendance à repousser le grand tri et à tout descendre à la cave en me promettant de m'en occuper « au printemps »… qui devient invariablement l'été. Vous vous reconnaissez ?

Et depuis que je n'ai même plus de date fixe imposée pour l'encombrement, mon « projet annuel » a discrètement glissé vers la fin de l'été, en pleine période de rentrée. Mais une chose est sûre : on peut toujours repousser la date, seulement la vraie raison de cette procrastination n'a rien à voir avec la logistique. Elle est bien plus profonde. Elle touche à la façon dont on s'attache à nos objets.

Quand ce qui est à nous prend soudain une valeur en or

L'économie comportementale connaît bien un phénomène qui explique parfaitement pourquoi votre main se bloque au moment de jeter : l'effet de dotation. Dès qu'un objet vous appartient, vous le percevez instantanément comme plus précieux qu'il ne l'est vraiment.

Un manteau usé et anonyme dans un dépôt-vente vous laisse totalement indifférent. Mais s'il s'agit de votre propre manteau, celui que vous ne portez plus depuis dix ans, sa valeur grimpe soudain dans votre esprit, et l'idée de vous en séparer devient presque physiquement douloureuse.

Personnellement, je trie plutôt facilement. Mes seules faiblesses ? Les bocaux accumulés et les pots de fleurs en trop. Pour les vêtements et les jouets des enfants, je suis intraitable : aucune émotion superflue, et surtout pas cette petite angoisse du « ça pourrait encore servir un jour ».

Bien sûr, il m'arrive aussi, quand une vieille mode revient, de me dire « quel dommage d'avoir jeté ce pantalon ». Puis je réalise vite que même le pantalon de l'année dernière ne me va plus tout à fait comme dans mon souvenir. Et je me persuade aussitôt que j'ai pris la meilleure décision en le laissant partir.

Souvent, on garde des choses cassées ou inutilisables parce qu'on croit rendre service à notre futur nous.

Cette version imaginaire et parfaite de nous-mêmes qui, un jour, réparera forcément ce vélo ou rentrera de nouveau dans ce pantalon. Se séparer d'un objet devient alors difficile parce que cela reviendrait à admettre que cette projection idéale ne se réalisera sans doute jamais.

Quand une partie de notre âme se cache derrière les objets

La situation la plus délicate reste celle où les objets ne sont plus faits de matière, mais deviennent de véritables ancres émotionnelles. Ils symbolisent des souvenirs, des chapitres refermés, ou les êtres qui nous sont chers. On a l'impression qu'en jetant l'objet, on perd aussi le souvenir. Alors que les deux, évidemment, ne se confondent pas.

Je l'ai appris dans ma propre chair l'automne dernier, quand notre famille a dû, à sa plus grande douleur, laisser partir notre petit chien. Je me suis effondrée, moralement mais aussi physiquement : une maladie m'a clouée au lit pendant des mois. Avec, ironie morbide, au moins un « avantage » : même si je l'avais voulu, je n'aurais pas pu ranger ses affaires.

Il m'a fallu neuf mois avant de me résoudre à descendre à la cave ses objets du quotidien, sa boîte de croquettes et sa gamelle, rangés jusque-là sous l'évier. Ce placard, je déteste toujours l'ouvrir. Puis, l'autre jour, en descendant à la cave voir ce qu'il fallait faire emporter, vérifier si j'avais assez de jouets à donner à la crèche et combien de bocaux il me restait pour la confiture, j'ai soudain aperçu cette boîte. Remplie de ses plaids, de sa caisse de transport, de ses médicaments.

C'est là, debout devant elle, que j'ai vraiment compris ce que je ne savais jusqu'alors qu'en théorie : garder certains objets est parfois notre dernier lien avec ce que nous ne pouvons plus atteindre dans cette vie. Voilà pourquoi certaines personnes n'arrivent pas à se défaire de leurs souvenirs. Et pourquoi, moi non plus, je ne peux pas (encore) dire oui à l'idée de porter ce carton à un refuge.

Comment franchir le cap sans s'effondrer intérieurement

D'abord, il vaut la peine de changer la question que vous vous posez pendant le tri. Ne vous demandez pas « est-ce que ça peut encore servir », car notre créativité nous fera presque toujours répondre oui. Demandez plutôt : « l'ai-je utilisé au cours de l'année écoulée ? » ou « est-ce que je le rachèterais aujourd'hui en magasin ? »

Si un objet n'a plus qu'une immense valeur sentimentale mais aucune fonction, appelez à la rescousse la méthode de la photo. Prenez-le en photo : l'image conserve parfaitement le souvenir, tandis que l'objet, lui, peut partir au don, où il servira peut-être encore à quelqu'un. Et pour les décisions plus rationnelles, faites simplement le calcul : si cette babiole remplaçable pour quelques euros devait un jour être rachetée, cela vaut-il vraiment la peine de la contourner pendant des années ?

Ranger, au fond, ne parle jamais de perte, mais bien plus de création. Quand on parvient à lâcher les objets superflus du passé — qu'il s'agisse d'un mauvais achat ou d'un bibelot conservé pour rien —, en même temps que nos étagères, notre quotidien respire un peu mieux.

Pourtant, devant cette boîte à la cave, j'ai aussi compris qu'on n'est pas obligé de tout forcer. Certaines choses n'ont simplement pas encore trouvé leur moment, et c'est parfaitement normal. Alors qu'on jette sans hésiter une chaise de camping cassée ou une pile de vieux bocaux, faire le deuil des souvenirs chers à notre cœur demande du temps — que ce soit neuf mois, ou bien davantage.

Pourquoi a-t-on tant de mal à jeter nos affaires ?

À cause de l'effet de dotation : dès qu'un objet nous appartient, on le juge plus précieux qu'il ne l'est réellement. S'en séparer devient alors presque douloureux, même s'il ne nous sert plus.

Comment se séparer d'un objet chargé de souvenirs ?

La méthode de la photo aide beaucoup : photographiez l'objet pour garder le souvenir, puis donnez-le pour qu'il serve à quelqu'un d'autre. L'image préserve l'émotion sans encombrer votre espace.

Quelle question se poser pendant le tri ?

Plutôt que « est-ce que ça peut encore servir », demandez-vous « l'ai-je utilisé cette année ? » ou « le rachèterais-je aujourd'hui ? ». Ces questions donnent des réponses bien plus honnêtes.

Est-ce normal de ne pas réussir à se débarrasser de certaines choses ?

Oui. Certains objets sont de véritables ancres émotionnelles liées à des êtres chers ou à des chapitres refermés. Faire ce deuil demande du temps, et il n'y a rien de mal à respecter ce rythme.

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