Vous vous souvenez du moment où vous avez réalisé que ce n’était pas drôle de boire à toutes les fêtes ? Ces dernières années, de plus en plus de personnes rejoignent le défi Novembre Sec : un mois sans alcool pour voir ce que ça change dans la vie.
L’idée est simple : du 1er au 30 novembre, on ne met aucune forme d’alcool dans notre verre (ni dans notre assiette). Le but n’est pas d’arrêter définitivement, mais de tester comment la sobriété agit sur le corps et l’esprit, et de voir si l’absence d’alcool pose un vrai problème.
Je ne suis pas partisane de l’abstinence forcée, du genre « je me prive » pendant des semaines ou des mois. Je n’en ressens pas le besoin, car je ne ressens pas le besoin de contrôler quoi que ce soit. Parfois, je ne bois pas du tout pendant plusieurs mois, sans défi, simplement parce que ça ne me manque pas. Mais ça n’a pas toujours été le cas.
L’époque où boire était encore cool
Adolescent, puis dans la vingtaine, je travaillais le week-end dans la restauration, où boire faisait partie de la culture du travail. Si tu ne trinques pas avec les autres, on te lance un « Quoi, tu es malade ? » L’alcool était non seulement accepté, mais attendu. « Détends-toi un peu » était le mot d’ordre pour boire sans limite, et c’est facile de se laisser emporter, surtout quand on est jeune et qu’on cherche à appartenir à un groupe.
Mais on finit par remarquer des choses qu’on n’oublie pas. On voit quelqu’un qui ne peut plus s’arrêter, qui ne sait pas s’amuser sobre. Ma perspective a changé en chemin. Peut-être la première fois que j’ai vu quelqu’un sombrer dans l’alcool, ou quand un voisin s’est tellement saoulé qu’il est mort étouffé.

Ce qui était une histoire épique à l’adolescence devient un signe d’alerte passé 30 ans
On connaît tous ce type qui boit à toutes les fêtes, qui commence chaque rencontre rapide en sortant une canette de bière de sa poche. Au début, ça peut sembler drôle, c’est le « clown » du groupe, mais au bout d’un moment, on ne rit plus avec lui.
L’alcool ne fait pas que lever les inhibitions, il brouille aussi le jugement. Il réduit l’attention, déforme les signaux sociaux, la plaisanterie devient blessante, la légèreté devient gênante – pour tout le monde. Et quand on voit des gens de notre âge vivre leurs soirées comme notre moi de 17 ans… on comprend que quelque chose a vraiment dérapé.
En Hongrie, boire n’est malheureusement pas qu’une habitude, c’est une tradition – pas dans le bon sens. L’alcool est une culture, une expérience collective, une échappatoire et une mauvaise habitude à la fois. Il est lié à tout : fêtes, deuils, repas du dimanche, rencontres quotidiennes, cuisine.
Selon les données de l’office statistique hongrois, plus de 80 % des adultes boivent régulièrement, et plusieurs milliers de décès chaque année sont liés directement ou indirectement à l’alcool. Il est donc difficile de grandir ici sans avoir dans sa famille ou son entourage quelqu’un qui a eu ou a un problème avec l’alcool.
Alors qu’on aime se dire « on est juste des buveurs sociaux », en réalité, un pays entier croit que la bonne humeur et l’alcool vont de pair.
Un verre de vin, ça passe – mais pourquoi toujours ?
Bien que l’OMS affirme qu’aucune quantité d’alcool n’est vraiment sûre, j’apprécie parfois un verre de vin au dîner, quelques fois par mois. Je ne bois presque jamais de spiritueux, et quand on sort en voiture, c’est généralement moi qui conduis, surtout parce que je me sens bien sans alcool. Pas de lendemain difficile, pas de maux de tête, pas de malaise. Juste la soirée, telle qu’elle est.
Je ne crois pas que Novembre Sec transforme les gens en un mois, mais il peut offrir un moment de clarté. Un instant pour réfléchir à pourquoi, quand et combien on boit. Car pour beaucoup, la vraie question n’est pas « boit-on ? », mais pourquoi on n’arrive pas à dire non, même quand ça ne fait pas du bien.











